Toussaint : Itinéraire dans les cimetières de Paris à la recherche des tombes célèbres de compositeurs

Paul Brown / Rex Featur/REX/SIPA

A l’occasion de la fête de la Toussaint et du Jour des morts, Radio Classique vous a concocté un itinéraire parisien, de cimetière en cimetière, pour rendre visite aux plus grands compositeurs de musique classique.

Hector Berlioz repose auprès de ses deux épouses au cimetière de Montmartre

Le cimetière Montmartre dédie une avenue entière à Hector Berlioz : impossible de le rater ! Le père de La Damnation de Faust gît ici depuis 1869. « Tout ce que Paris compte de compositeurs et de musiciens » était présent le jour de son enterrement, selon Le Figaro du 13 mars 1869. Un hommage logique à celui qui révolutionna la symphonie et la musique vocale au début de la période romantique. En 1866, la mort coup sur coup de sa première femme Marie et de son fils unique Louis, capitaine de frégate à la Havane, le plonge dans une profonde tristesse. Il meurt le 8 mars 1869 après une chute et repose à Montmartre auprès de ses deux épouses, Harriet Smithson et Marie Recio.

 

Jacques Offenbach, naturalisé français, a eu droit à des funérailles d’Etat

Dans l’Avenue des Anglais, vous trouverez moins facilement la tombe de Jacques Offenbach, plus discrète. Des funérailles d’Etat furent pourtant données à l’inventeur de l’opéra-bouffe en 1880, un exploit sous une Troisième République où le sentiment antigermanique s’est généralisé. Il a d’ailleurs nui à la carrière du musicien allemand naturalisé français en 1860, surnommé « L’oiseau de malheur du Second Empire ». Il a même été contraint de s’exiler quelques temps. L’auteur d’Orphée aux Enfers meurt en 1880 à cause d’une insuffisance cardiaque et laisse inachevé Les Contes d’Hoffman, son opéra monté de manière posthume.

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Gioacchino Rossini, enterré au Père-Lachaise, vivra encore 39 ans après sa retraite de compositeur

Plus grand cimetière de Paris, riche de 3 millions de visiteurs annuels, le Père-Lachaise comporte aussi son lot de compositeurs stars. Commencez par l’Avenue Principale, où repose l’Italien Gioacchino Rossini au n°43, enterré un an avant Berlioz. Arrivé en France à 29 ans après plusieurs succès en Italie, il y représente Guillaume Tell en 1829, son 40ème et dernier opéra. A 37 ans, il prend sa retraite de la scène, sans doute par soucis de santé et par confort financier : « si vous aimez à travailler autant que j’aime à ne rien faire, vous irez loin », avait-il coutume de dire aux musiciens en herbe. Le père du Barbier de Séville a vécu encore une quarantaine d’années entre Bologne et Paris avant de décéder d’une crise de catarrhe (une inflammation des muqueuses) à 76 ans à Passy. Son corps a été transporté à la Basilique de Santa Croce à Florence mais sa tombe demeure dans la Ville Lumière.

 

 

Le cœur de Frédéric Chopin est conservé en Pologne, à 1.500 kilomètres de son corps

Si elle se situe dans un petit chemin au milieu des arbres, la tombe n°11, celle de Frédéric Chopin, reste incontournable. Elle est régulièrement fleurie et ornée de drapeaux polonais. Euterpe, la muse de la musique, est représentée sur le marbre. Chose étrange, le cœur du prodige est à 1.500 kilomètres de son corps, conservé dans du cognac dans l’église de la Sainte-Croix à Varsovie ! Le compositeur romantique souhaitait reproduire la tradition capétienne de la « bipartition du corps ». Il élit domicile à Paris en 1831, à l’âge de 21 ans, sans savoir qu’il ne reverra jamais sa patrie, dont la révolution fut durement réprimée par les troupes russes. Souffrant d’une tuberculose depuis ses 26 ans, l’auteur des célèbres nocturnes et mazurkas a eu une santé fragile toute sa vie. Sa compagne George Sand l’appelait même « mon cher cadavre » ! Epuisé par une de ses rares tournées en 1848, Frédéric Chopin s’éteint à l’âge de 38 ans Place Vendôme. Les chercheurs continuent de s’arracher les cheveux sur la cause de sa disparition, hésitant entre tuberculose ou mucoviscidose.

 

 

Georges Bizet succombe à un infarctus après une baignade, à seulement 36 ans

Lui a disparu plus jeune encore : Georges Bizet, dont la pierre tombale n°3 se situe à l’ouest du cimetière du Père-Lachaise. L’auteur des Pêcheurs de perles, mort à 36 ans, a été en avance sur beaucoup de choses : admiré par Franz Liszt dès ses 12 ans, il obtient le prix de Rome à 19 ans. Malgré ce succès précoce, sa carrière peine à décoller. Même Carmen – son œuvre majeure créée en 1875, 3 mois avant sa mort – est mal reçue par le public, ce dont il ne se relèvera pas. Après une baignade dans l’eau glacée, Georges Bizet meurt à Bougival d’un infarctus.

Francis Poulenc repose dans une chapelle à l’est du Père-Lachaise

Continuez à grimper vers l’est pour arriver devant le n°39 : une petite chapelle dédiée à Francis Poulenc. Membre du Groupe des 6, le compositeur de Dialogues des Carmélites se fait connaître dans l’entre-deux guerre et côtoie pléthore d’artistes. Il s’appuie sur les textes d’écrivains de son entourage – Paul Eluard, Guillaume Apollinaire, Jean Cocteau, … – qu’il adapte en opéra ou en œuvre instrumentale. Il décède le 30 janvier 1963 d’une crise cardiaque à son domicile, à l’âge de 64 ans.

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Camille Saint-Saëns, qui gît au cimetière du Montparnasse, a continué à diriger après 80 ans

La rive nord s’impose en nombre de compositeurs défunts, mais vous aurez aussi de bonnes surprises en vous baladant plus au sud, dans les allées du cimetière Montparnasse. C’est là que vous trouverez le caveau de Camille Saint-Saëns, qui a vécu jusque 86 ans. Il n’a pourtant jamais cessé d’écrire et de se produire à l’étranger, de Windsor devant la reine Victoria à l’Egypte en passant par Chicago. Le compositeur de la Danse Macabre était également réputé pour son anti-germanisme assumé jusqu’au domaine musical. Sa Société Nationale de Musique défendait la supériorité de la musique française après la défaite de 1870. Concerto, musique de chambre, musique de film… la palette du compositeur du Carnaval des Animaux est infiniment vaste. Mort en Algérie, on lui prête ces mots avant de rendre son dernier souffle : « cette fois, je crois que c’est vraiment la fin ».

 

 

La tombe de César Franck est parée d’un buste taillé par Gustave Rodin

Dans l’avenue Thierry, la tombe de César Franck est particulièrement élégante, avec un buste taillé par Gustave Rodin lui-même mais remplacé par une copie après un vol en 1995. Contrairement aux envies de son père tyrannique qui le rêvait virtuose, César Franck devient compositeur et écrit un grand nombre d’œuvres dans la seconde moitié du 19ème siècle. Organiste liturgique surdoué, il a souffert de son image de dévot. En juillet 1890, l’auteur du Quintette pour piano et cordes subit un traumatisme crânien après une collision entre un omnibus et son fiacre. Son état de santé empire et il disparaît 4 mois plus tard à 68 ans.

 

 

Maurice Ravel, enterré à Levallois-Perret, est décédé des suites d’un accident de la route

Les plus curieux pourront poursuivre cette balade nécrologique en périphérie de la capitale, plus particulièrement au cimetière de Levallois-Perret, où réside la tombe très sobre de Maurice Ravel. Son jeu et ses compositions audacieuses au début du 20ème siècle – Miroirs, Rhapsodie espagnole, Ma mère l’Oye – lui valent aussi bien louanges que critiques. Il participe à la bataille de Verdun en 1916 en tant que … conducteur de camion sanitaire. C’est en 1928 qu’il compose son « tube » absolu – le Boléro, resté à la première place du classement mondial des droits d’auteurs jusqu’en 1994. En 1932, le compositeur qui a refusé la Légion d’Honneur subit un accident de la route étrangement similaire à celui de César Franck. Un choc à la tête aurait dégénéré en maladie cérébrale et neuro-dégénérative qui l’empêche progressivement de parler et de bouger. 5 ans plus tard, après une opération chirurgicale qu’on croyait réussie, Maurice Ravel meurt et est enterré avec son père et sa mère au terme d’une grande cérémonie.

A Passy, il y a Claude Debussy, décédé sous les bombardements allemands en 1918

Claude Debussy, grand rival du précédent, est enterré au cimetière de Passy. Après avoir décroché le premier prix de Rome à seulement 22 ans, Debussy rend son style célèbre à travers l’Europe grâce au Prélude à l’Après-midi d’un Faune en 1894. Il s’inspire de la pièce de Maeterlinck pour composer Pelléas et Mélisande, son unique opéra créé à l’Opéra-Comique en 1902. En 1910, le compositeur du Clair de Lune souffre le martyr à cause d’un cancer du rectum. Après une tournée épuisante en Russie en 1913, Debussy se décrit comme un « mort ambulant » et s’enferme chez lui. Il meurt à l’âge de 56 ans sous les bombardements allemands du 16ème arrondissement de la capitale en 1918, une disparition passée relativement inaperçue alors.

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Gabriel Fauré est enterré non loin de sa maîtresse Emma Bardac, l’épouse de… Debussy

Gabriel Fauré, qui gît non loin de là, connaissait bien Debussy, du moins son épouse Emma Bardac dont il a été l’amant pendant un temps. Elève de Saint-Saëns, il se consacre longtemps à la musique sacrée. Son Requiem, une œuvre paisible de « confiance dans le repos éternel » écrit en 1888 après la mort de ses parents, lui vaut un grand succès à 43 ans. Tour à tour inspecteur, directeur de conservatoire et professeur de composition, Gabriel Fauré est frappé de surdité à partir de 1903 – un handicap qui l’amène à devenir critique au Figaro. Grand amateur de tabac, sa santé se détériore tardivement et il ne survit pas à une pneumonie en novembre 1924 à l’âge de 79 ans. Des funérailles nationales furent organisées en son honneur à l’église de la Madeleine.

Charles Gounod, mort pendant une représentation au piano de son Requiem, repose à Auteuil

A quelques stations de métro de là, le caveau de Charles Gounod est dressé au milieu du cimetière d’Auteuil. Le compositeur célèbre pour ses opéras et ses airs a vécu jusqu’à 75 ans. Son Faust, créé en 1859 d’après le drame de Goethe, incarne le renouveau de l’art lyrique français et est représenté 70 fois lors de sa première année. 8 ans plus tard, c’est le triomphe avec son opéra Roméo et Juliette. Il ne faut pas oublier qu’il a aussi écrit un grand nombre de messes. Charles Gounod s’éteint sur scène le 18 octobre 1893, alors qu’il exécutait son dernier Requiem au piano à Saint-Cloud.

 

 

Jean-Baptiste Lully dispose d’un monument dans la basilique Notre-Dame-des-Victoires

La scène fut tout aussi fatale pour Jean-Baptiste Lully, dont la mort absurde fait encore parler d’elle quatre siècles plus tard. Il est enterré dans la basilique parisienne Notre-Dame-des-Victoires. Après avoir servi dans les cuisines de l’hôtel d’Orléans, parti de rien, Lully apprend la musique grâce à la cousine de Louis XIV. Il devient très vite le premier compositeur de la cour puis surintendant de la musique royale, profitant d’une excellente relation avec le Roi Soleil. Avec Molière, Lully invente la comédie-ballet – genre devenu célèbre avec le Bourgeois Gentilhomme – avant de se consacrer aux opéras avec Philippe Quinault. A partir de 1673, Lully compose une « tragédie lyrique » par année, dont son chef d’œuvre Armide. Lors de la représentation du fameux Te Deum en 1687, fêtant la guérison du Roi Soleil, le compositeur de 55 ans plante par mégarde son bâton de direction dans son gros orteil. Refusant de se faire amputer pour son amour de la danse, Lully voit sa plaie se gangréner et meurt peu après, le 22 mars.

 

 

Clément Kasser

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