Ce mardi, dans un entretien accordé au Parisien, le ministre de la Santé François Braun a dévoilé une liste de 450 molécules thérapeutiques essentielles afin de sécuriser leur approvisionnement. Les stocks de médicaments seront étroitement surveillés mais la situation est alarmante selon l’oncologue David Khayat, invité de Radio Classique.
« Amoxicilline, vaccins antigrippe, curare pour les anesthésies, anticancéreux mais aussi paracétamol. » La liste dévoilée par le ministre de la Santé François Braun est pléthorique : 450 médicaments ont été placés sous haute surveillance.
Depuis plusieurs années, la France fait face à des ruptures de stock sur plusieurs traitements, « autrefois dit de confort », explique David Khayat. Mais, ces périodes s’accélèrent et touchent désormais des médicaments destinés au grand public. « La situation devient alarmante avec la pénurie d’anticancéreux », a déploré le professeur en médecine.
David Khayat : « On touche au cœur de l’humanité et à l’humain »
Élaborée de concert avec des spécialistes de la médecine, la liste divulguée par le gouvernement est « dramatique » pour l’avenir de la santé en France, constate l’invité de Guillaume Durand. « S’il n’y a pas d’amoxicilline, on peut donner un autre antibiotique, rappelle-t-il. Mais, maintenant, on commence à manquer d’anticancéreux : on parle de malades parfois proches de la mort ».
Depuis la crise de la Covid, qui a mis en lumière les manquements structurels de la santé en France, les pénuries ont connu une hausse inédite : quelque 3.700 médicaments ont manqué à l’appel cet hiver, un chiffre qui a triplé en l’espace de 3 ans (89 en 2010) selon l’ANSM.
L’inaccessibilité de certaines molécules en pharmacie est devenue une rengaine. Faisant analogie aux difficultés d’approvisionnement dans d’autres secteurs, l’automobile notamment, l’oncologue a rappelé que les pénuries de médicament ne devaient pas être sous-évaluées : « là, on touche au cœur de l’humanité ». Cette industrie est stratégique.
La pénurie de médicaments touche tous les pays occidentaux
Espérant que le gouvernement Macron ait « enfin » pris à bras-le-corps cette question, le fondateur de l’Institut national du cancer a évoqué la situation tout autant dramatique de l’autre côté de l’Atlantique : « Cette situation n’est pas propre à la France. Aux Etats-Unis, ils en sont presque à tirer au sort ceux qui vont bénéficier du traitement en chimiothérapie ».
« Comment en sommes-nous arrivés là ? », s’interroge Guillaume Durand. La faute à l’augmentation de la demande avec la triple épidémie virulente de Covid, de grippe et de bronchiolite cet hiver, aux tensions sur le marché du médicament (en 30 ans, la production de 80 % des principes actifs a été délocalisée en Asie), et aux hausses du prix des matières premières « liées à la guerre en Ukraine« .
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Surtout, David Khayat a incriminé les laboratoires pharmaceutiques et leur constante recherche de profits : « Le point commun entre tous ces médicaments est qu’ils sont très peu rentables. Ce sont des vieux médicaments pour lesquels il existe de nombreux génériques ».
Plus qu’une nécessité, l’annonce d’un plan pour relocaliser les médicaments essentiels par le président Emmanuel Macron lors de son déplacement en Ardèche, est « vitale ».
Oscar Korbosli