Violences faites aux soignants : Les propositions du gouvernement, un « délire ministériel » selon JP Hamon

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Ce jeudi, le ministère de la Santé reçoit un rapport sur les pistes pour améliorer la sécurité des soignants. 400 propositions sont présentées dans ce plan dont le lancement est prévu cet été. Sur les ondes de Radio Classique, Jean-Paul Hamon, président d’honneur de la Fédération des médecins de France, a pointé du doigt « le manque de moyens de la santé ».

« La violence, on la constate au quotidien. » Jean-Paul Hamon n’a pas caché sa frustration devant la recrudescence des agressions verbales et physiques en France : 1.244 violences ont été remontées par les médecins en 2022, deux fois plus qu’il y a 20 ans.

Au-delà des propositions du gouvernement qui lui semblent être surtout de « l’agitation ministérielle », le médecin généraliste a tenu à rappeler les problèmes inhérents au monde de la santé, en particulier pour les soignants allant au domicile des patients. « Comment assurer la sécurité des infirmiers qui ne connaissent pas la famille des patients ? », s’est alors interrogé Jean-Paul Hamon.

« On ne valorise absolument pas l’exercice de la profession »

Solidaire de ses collègues soignants, il a surtout mis en garde contre la potentielle inefficacité de telles propositions, dépourvues de mesures réalisables sur le terrain. « Ce n’est pas de la communication qu’il faut, assène-t-il. La seule façon d’éviter les agressions des médecins, c’est qu’ils puissent travailler avec davantage de personnel et dans des locaux corrects. »

En effet, de graves pénuries de personnel affectent l’offre de soins en France : 336,5 soignants pour 10 000 habitants (en-deçà de la moyenne européenne fixée à 407 selon une étude du Lancet). Le recrutement pose problème depuis de nombreuses années, mais touche inégalement l’Hexagone où des déserts médicaux subsistent : « L’année dernière, on a perdu 250 médecins généralistes en Île-de-France ».

Parmi les dispositifs envisagés, des dépôts de plainte accélérés en cas d’agressions verbales et physiques pour les personnels de santé grâce des conventions collectives avec la police territoriale, une « formation des soignants à une meilleure gestion de l’agressivité » et une « meilleure sécurisation des hôpitaux ».

Un gouvernement loin des réalités du terrain ?

« Que vont réellement changer ces propositions ? » questionne Jean-Paul Hamon, qui y voit une déconnexion « totale » entre des « députés qui continuent de voter des lois coercitives » et une situation des soignants qui ne cesse de se dégrader : « on ne met aucun moyen pour travailler dans de meilleures conditions ».

« C’est du délire ministériel. Une fois que vous avez un couteau dans le dos, vous ne pourrez plus déposer plainte. » Parlant de son expérience personnelle et rappelant un épisode où il avait dû soigner une personne « dans une cité sensible », le généraliste avait senti la fragilité de son statut, pourtant essentiel.

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Tout en confirmant que la société était devenue « sans doute » plus violente, il a également tenté de justifier ces agressions en jetant la responsabilité sur l’exécutif : « quand vous avez un patient irrité d’avoir mis cinq jours à obtenir un rendez-vous et, qu’en plus de cela, vous le faites attendre une heure dans votre cabinet, vous créez les conditions de l’agressivité ».

Oscar Korbosli

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