Août 1944 : Von Choltitz a-t-il vraiment sauvé Paris ? Les raisons complexes qui l’ont amené à refuser l’ordre d’Hitler

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En août 1944, Dietrich Von Choltitz est envoyé à Paris par Hitler, qui le somme de « maintenir l’ordre dans la ville », avant d’exiger la destruction des 62 ponts de Paris et de sa banlieue. Qu’est-ce qui l’a conduit à se soustraire à cette injonction ? L’histoire est plus complexe qu’on la présente.

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Le 15 août 1944, Choltitz reçoit par radio un ordre du Führer : il faut détruire les 62 ponts de Paris et de sa banlieue. Hitler veut faire de Paris une place retranchée puisqu’il a appris l’avancée des troupes alliées.

Mais Choltitz a vu l’état d’Hitler, puisqu’il l’a rencontré quelques jours plus tôt, et écrira plus tard : « Plus de doute, je me trouvais en face d’un fou ». Il se méfie beaucoup du commandant en chef et accueille cet ordre avec réticence. Dans ses mémoires, annotées par l’historien Jean-Charles Foucrier aux éditions Perrin, Choltitz écrit : « J’avais besoin des ponts pour les mouvements de troupes au sein de la ville ». Choltitz veut surtout préserver la possibilité pour son armée de quitter éventuellement la zone s’il le fallait.

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Très vite, il reçoit le renfort de plusieurs compagnies de génie civil et d’artificiers. Il les avait réclamées pour gagner du temps, mais il les a obtenues tout de suite. Il ne peut pas donner le change bien longtemps.

Des explosifs installés au Sénat, au ministère de la Marine, et au pont de Saint-Cloud

Alors, Choltitz demande aux artificiers d’étudier le dynamitage de la Chambre des députés, du Sénat, du ministère de la Marine, le pont de Saint-Cloud et la gare du Bourget. Des quantités d’explosifs seront effectivement déposés dans tous ces lieux.

On n’en met cependant pas sous la tour Eiffel, ni sous l’Arc de Triomphe, ni au Louvre, ni aux Invalides. Plus étonnant, nous dit Jean-Charles Foucrier, « les inspections quotidiennes de l’administration des ponts et chaussées n’ont relevé aucune pose d’explosifs sous les ponts parisiens ».

Hitler ordonne de transformer Paris en un monceau de ruines

 Le 22 août, Choltitz reçoit un nouvel ordre du Führer : Paris est à transformer en un monceau de ruines. Choltitz refuse d’ordonner la retraite, malgré la pression des officiers. Une retraite désorganisée signifierait la mort de nombreux soldats, argumentet-il.

Le matin du 25 août 1944, les premiers chars alliés entrent dans Paris et des combats s’engagent. Dans l’après-midi, le général von Choltitz ordonne de cesser les combats. Il a tenu à maintenir jusqu’au bout les apparences d’un combat acharné, dos au mur, dans l’espoir de sauver sa famille des représailles, car sa femme, notamment, est restée en Allemagne. 

Des regrets sincères de Von Choltitz ?

Il est intéressant de se demander s’il a ou non sauvé Paris. Il n’a en effet pas détruit Paris, pour préserver la vie de ses soldats et celle des Parisiens, dit-il dans ses mémoires. Jean Charles Foucrier avance deux raisons supplémentaires. D’abord, il était totalement convaincu de la défaite du IIIe Reich et avait constaté à quel point Hitler était devenu fou. D’autre part, il ne souhaitait pas être exécuté par les alliés.

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La villa de Trent Park, près de Londres, où il est détenu avec un certain nombre d’autres officiers allemands, est truffée de micros et à son insu, on va entendre Choltitz confier ceci à ses codétenus : « La pire tâche que j’ai jamais effectuée fut la liquidation des Juifs. 36000 Juifs de Sébastopol ont été exécutés. Nous avons coopéré et presque pris les nazis au sérieux. Je me sens complètement honteux ».

Von Choltitz sera renvoyé en Allemagne en 1947, puis relâché, et il aura tout le loisir d’écrire ses mémoires et de donner sa version de l’histoire, puisqu’il ne mourra à BadenBaden qu’à l’âge de 72 ans.

Franck Ferrand

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