6 juin 1944 : derrière le Débarquement, le mensonge planifié des Alliés pour tromper Hitler et l’armée nazie

TRIPPETT/SIPA

Si le Débarquement en Normandie a été une surprise pour les nazis, c’est parce que tous les services secrets alliés se donnèrent la main pour brouiller les pistes. C’est ce que l’on appelle l’opération Fortitude, la plus vaste entreprise d’intoxication jamais menée dans l’histoire militaire.

 

 

Dès 1942, les Alliés avaient pris soin de camoufler leur débarquement en Afrique du Nord sous un rideau de fumée, destiné à faire croire aux Allemands à une opération en Norvège — soit une toute autre direction. Cette logique de déception allait atteindre son apogée avec la préparation de l’opération Overlord.

De leur côté, les Allemands hésitaient. Le débarquement allié pourrait-il avoir lieu en Norvège, en Italie, dans les Balkans, dans le nord de la France ? Pendant longtemps, toutes les hypothèses devaient être maintenues ouvertes. Or, on ne le dira jamais assez : le succès d’Overlord fut d’abord le succès des services secrets. Le mensonge était général, planifié, distillé avec un luxe considérable de moyens.

La stratégie des Alliés a entraîné la mobilisation de plusieurs centaines de milliers de soldats allemands en Norvège

Il faut rappeler qu’Hitler disposait alors de 60 divisions en France, en Belgique et aux Pays-Bas, de 16 divisions en Norvège et au Danemark, et de 46 divisions réparties entre l’Italie et les Balkans — de quoi rendre toute tentative de débarquement a priori impossible. L’objectif des Alliés était donc double : accréditer l’hypothèse d’un front principal en Italie afin d’immobiliser le maximum de divisions allemandes en Méditerranée, tout en jouant sur la menace norvégienne pour en écarter d’autres des côtes françaises. La stratégie porta ses fruits : en juin 1944, près de 500 000 Allemands étaient encore stationnés en Norvège — où ils resteraient d’ailleurs jusqu’à la chute de Berlin.

Mais le tour de force majeur de Fortitude fut de convaincre Hitler que le véritable coup de force allié interviendrait dans le Pas-de-Calais. Le Führer en était convaincu, sans l’ombre d’un doute. La marine allemande avait quant à elle écarté la côte du Calvados, la jugeant trop rocheuse pour un débarquement. La Luftwaffe, pour sa part, privilégiait également l’hypothèse du Nord-Pas-de-Calais, en raison des contraintes d’autonomie de vol de ses appareils. Bref, chacun se trompait de direction.

Le célèbre « mur de l’Atlantique » érigé par les Allemands, un instrument de propagande ?

Paradoxalement, les Allemands croyaient disposer d’une parade efficace face à la perspective d’un débarquement : le célèbre mur de l’Atlantique, le Westwall. En réalité, cet ouvrage était autant un instrument de propagande qu’un véritable système défensif. Il s’agissait avant tout de rassurer les populations du Grand Reich, en leur faisant croire qu’elles étaient hors d’atteinte des Anglo-Américains derrière ce rempart supposé infranchissable.

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La réalité était bien plus fragile : sur les 15 000 points bétonnés prévus pour le 1er mai 1943, un tiers seulement avait pu être réalisé au 1er mai 1944. Des 547 canons initialement programmés le long de la côte, il n’y en eut jamais que 229 effectivement déployés. Autant dire que le rempart présentait des fragilités bien réelles, notamment sur la côte normande — précisément là où les Alliés allaient frapper…

Franck Ferrand

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