On sait peu de choses de la vie sentimentale d’Erik Satie. Ce que l’on sait, c’est qu’il eut une idylle avec Suzanne Valadon, qui dura de janvier à juin 1893, six mois à peine.
Suzanne Valadon est petite, mince, sourit peu, que ce soit sur les photographies conservées d’elle ou sur les toiles qu’elle a inspirées en tant que modèle. Elle séduit Erik Satie, mais c’est sans compter sur un trait fondamental de sa personnalité : Suzanne est libre, et elle le revendique haut et fort.

Une exigence que Satie supporte mal. Dans une lettre adressée à son frère Conrad en juin 1893, il confesse avec humilité : « Je viens de rompre définitivement avec Suzanne. J’aurai bien du mal à reprendre possession de moi-même. Aimant cette petite comme je l’aimais depuis ton départ, elle avait su me prendre en entier. Le temps fera ce que je ne puis faire en ce moment. »
Les Vexations de Satie, un même motif répété 840 fois de suite
Satie s’expliquera sur sa situation de célibataire dans une autre lettre, adressée cette fois à la femme de son frère Conrad, vingt ans plus tard : « Vous vouliez savoir pourquoi je ne me suis pas marié ? La peur d’être horriblement cocu, tout simplement. Je suis un homme que les femmes ne comprennent pas. »
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La rupture avec Suzanne Valadon allait engendrer une œuvre au titre on ne peut plus explicite : Les Vexations. Le principe en est radical — il faut répéter le même motif avec obstination 840 fois de suite, pour une exécution intégrale devant s’effectuer en vingt-quatre heures. Une démarche qui préfigure, avec une décennie d’avance, les audaces du surréalisme.
Franck Ferrand
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