Maria Callas : en 1953, la soprano légendaire entreprend un régime spectaculaire et met sa voix en danger

MARY EVANS/SIPA

Maria Callas n’aimait pas qu’on l’appelle « La Diva », ni « La Divina » : elle trouvait que cela faisait trop superficiel, trop capricieux. La cantatrice leur préférait le terme de Prima donna, autrement dit la première dans un groupe de chanteurs et de chanteuses. Elle a poussé loin cet engagement dans un art collectif, au point de se transformer physiquement à la demande du réalisateur Luchino Visconti. 

 

En 1953, Maria Callas entreprend un régime spectaculaire qui va transformer son apparence de façon radicale, suivant le modèle de l’actrice Audrey Hepburn pour la beauté. C’est Luchino Visconti qui lui aurait demandé de maigrir pour La Vestale, qu’elle doit chanter en décembre de cette année-là. Elle n’a plus un atome de graisse — au point que Toscanini, venu assister aux répétitions, ne la reconnaît même pas.

Maria Callas et son père à New York, en 1949 / SAMA/SIPA

 

Cette transformation physique se comprend lorsqu’on connaît l’exigence artistique qui est, chez Callas, absolument constitutive. Quelques années plus tôt, dans une lettre adressée à son mari Battista Meneghini au sujet de Norma, elle écrivait déjà :

« Je voudrais donner tellement plus dans toutes les choses que je fais. Dans le chant, je voudrais faire que ma voix obéisse toujours comme je le veux. Mais il semble que je veuille trop et l’organe vocal est ingrat et ne te rend pas tout. Je dirais qu’il est rebelle et ne veut pas être commandé. Il veut toujours s’échapper et j’en souffre, au point que si je continue à ce rythme, tu auras une neurasthénique sur les bras. Serafin (le chef d’orchestre Tullio Serafin NDR) dit qu’il est très content de ma Norma, mais moi, malheureusement, je ne le suis pas du tout. Je suis convaincue de pouvoir faire cent fois mieux. »

La voix de Maria Callas est fragilisée

C’est cette même exigence qui préside à la métamorphose physique de 1953. Mais la perte de poids, si elle libère une silhouette nouvelle, fragilise irrémédiablement la voix.

Maria Callas en 1957 / SAMA/SIPA

 

 

Avec cette perte de poids importante (trente kilos) et trop brusque, son corps ne lui permet plus, faute de muscles appropriés de substitution, de soutenir ses sons. Elle va pallier ce qui devient un véritable handicap par une pression sur le diaphragme, et très souvent, on la verra chanter en serrant ses deux bras autour de la base de sa poitrine, sa façon d’aider le son à sortir.

 

Et pourtant, sur scène, le miracle continue d’opérer. Hector Bianciotti, qui assiste à la Traviata donnée à Milan en 1955 sous l’égide de Visconti, en rend compte dans un hommage publié au moment de la mort de la cantatrice en 1977 dans Le Nouvel Observateur :

« Maria Callas éludait tout geste superflu, synthétisant ses mouvements, définissant son personnage par quelques attitudes. Elle en traçait l’épure en projetant sa silhouette jusqu’au fond de la salle. Elle commença à chanter et le miracle eut lieu. La voix de Callas, infiniment plastique, semblait être toujours en quête d’une autre voix avant de se cristalliser dans le paroxysme du sentiment. »

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Cette métamorphose physique ne tarde pas, par ailleurs, à alimenter les rumeurs les plus incongrues. Une marque de pâtes de régime, Pantanella, qui fournit d’ailleurs le Vatican, prétend que c’est un régime à base de ses produits qui serait à l’origine de la perte de poids de la cantatrice.

Une plaisanterie de mauvais goût que la Prima Donna ne supporte pas : elle intente un procès qu’elle gagnera au bout de quatre ans. Meneghini racontera dans ses mémoires que le pape Pie XII aurait reçu le couple en audience pontificale et les aurait assurés de son soutien dans cette affaire.

Franck Ferrand

 

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