L’ancêtre des Rothschild : 5 choses à savoir sur Mayer Amschel, à l’origine de la fortune de la dynastie bancaire

MARY EVANS/SIPA

Au XVIIIe siècle, Mayer Amschel, orphelin du ghetto de Francfort, fait fortune. C’est le premier de la famille Rothschild à réussir socialement et financièrement. Voici ce qu’il faut savoir sur cet homme aux qualités uniques et à l’intelligence très vive.

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1. Rothschild, né dans le ghetto juif de Francfort, n’a jamais quitté le quartier

Mayer Amschel Rothschild naît en 1744 dans la Judengasse — littéralement « la rue des Juifs » — le ghetto juif de Francfort. Il ne quittera d’ailleurs jamais ce quartier, à l’époque l’un des plus anciens, des plus stricts et des plus misérables d’Allemagne.

Large d’à peine trois mètres, sombre et humide, la rue est constituée d’un enchevêtrement de maisons qui, faute de terrain, ont poussé en hauteur, où s’entassent jusqu’à cinq familles. Ses habitants n’ont pas le droit d’en sortir les dimanches et jours fériés. Exclus des métiers agricoles, du commerce des armes et des matières premières, les Juifs de Francfort sont pour la plupart prêteurs sur gages, changeurs, fripiers ou brocanteurs. C’est dans cet environnement que naît la vocation du futur banquier.

Son nom de famille, Rothschild, vient d’ailleurs de l’enseigne de la maison familiale : Zum rothen Schild, soit « à l’écusson rouge ».

2. Mayer Amschel Rothschild est orphelin à douze ans, mais déjà doué pour les affaires

Le destin de Mayer Amschel bascule très tôt. Son père, Amschel Moses Rothschild, modeste changeur faisant également commerce de soieries, meurt prématurément en 1755, laissant le jeune Mayer — alors âgé de onze ans — avec sept frères et sœurs. L’année suivante, en mars 1756, leur mère décède à son tour, laissant les huit enfants totalement orphelins.

Pourtant, écrit l’historien Tristan Gaston-Breton, auteur de La Saga des Rothschild, aux éditions Tallandier, « dès avant son douzième anniversaire, Mayer est déjà capable, d’un seul coup d’œil, de reconnaître une pièce de monnaie, d’en déterminer son origine et son poids ». Ce don précoce pour la numismatique sera à l’origine de sa fortune.

Il est alors placé en apprentissage dans la compagnie bancaire de Wolf Jacob Oppenheim à Hanovre, à plus de 250 kilomètres de Francfort, où il découvre pour la première fois une ville sans ghetto, dans laquelle les Juifs peuvent circuler librement, de jour comme de nuit.

3. La stratégie du jeune Rothschild : séduire les princes collectionneurs

À Hanovre, Mayer Amschel comprend rapidement que sa voie vers la fortune passe par la confiance des puissants. Comme le rapporte Derek Wilson dans son ouvrage Les Rothschild : « L’enfant du ghetto sut observer ces magnats aux splendides calèches, aux perruques soignées, aux vêtements brodés, et il comprit que pour accéder à la fortune et au luxe, il devait servir ces hommes et gagner leur confiance […] Les grands-ducs, archevêques et princes de l’Allemagne morcelée du XVIIIe siècle accumulent statues antiques, tableaux de la Renaissance, bijoux, monnaies et bronzes ».

A seulement 19 ans, Mayer devient spécialiste des médailles anciennes. « Vers 1760, il commence à fournir des monnaies au jeune Guillaume de Hesse, comte de Hanau et héritier de la principauté de Hesse-Cassel, parfois à un prix inférieur au prix d’achat. Le profit immédiat ne l’intéresse pas : il bâtissait une relation » poursuit Derek Wilson. En 1769, le prince lui accorde le titre de fournisseur officiel de la Cour de Hesse, faisant de Mayer un facteur de cour, un titre alors très envié.

4. Rothschild, banquier des princes : l’art de prêter sans se nommer

Dans les années 1780, lorsque Guillaume devient Guillaume IX de Hesse après la mort de son père en 1785, il hérite d’une fortune colossale. Mais pour un prince, prêter de l’argent à intérêt est contraire aux préceptes de l’Église : cela rapporte, certes, mais nuit à la réputation.

C’est là qu’entre en scène Mayer Amschel Rothschild : il effectue les prêts en son propre nom, pour le compte du prince, permettant à Guillaume de s’enrichir grâce à des taux très avantageux, tout en préservant son image.

Cette symbiose profite également à Rothschild, qui perçoit des commissions et se forge une réputation dans toute l’Europe. Comme le note Tristan Gaston-Breton : « Les princes apprécient sa grande discrétion, son savoir-faire à toute épreuve et l’assurance avec laquelle, sans se tromper, il jongle avec les thalers. » (la monnaie des pays germaniques)

5. Rothschild a 10 enfants, et bâtit son empire familial sur cinq pays

Pour consolider son empire, Mayer Amschel déploie ses fils à travers l’Europe comme autant de relais bancaires : Nathan à Londres, James à Paris, Carl à Naples. Un contrat d’association est signé en 1810, acte de naissance de la compagnie Mayer Rothschild et fils, ancêtre de toutes les entreprises de la famille.

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Ce projet dynastique réserve aux seuls fils la propriété des parts, qu’ils ne peuvent librement céder. Fidèle jusqu’au bout au prince Guillaume, Mayer n’hésite pas, lorsque les troupes napoléoniennes envahissent la principauté en 1806, à cacher le trésor de son protecteur dans les caves de sa maison de la Judengasse, continuant même à faire fructifier son argent en son absence.

Par ailleurs, son influence est telle qu’il parvient à négocier, dès 1796, la fin du ghetto de Francfort, obtenant la liberté de circulation pour l’ensemble des Juifs qui y résidaient. Mayer Amschel Rothschild meurt en septembre 1812, à l’âge de 68 ans, sans jamais voir les fruits les plus spectaculaires de son œuvre.

Franck Ferrand

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