Clara Haskil, pianiste de génie : enfant prodige, santé fragile et mort tragique — 5 choses à savoir

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À seulement 65 ans, la pianiste roumaine Clara Haskil s’éteint dans des circonstances tragiques le 7 décembre 1960 à Bruxelles. Surnommée « Clarissima » par ses proches, cette virtuose du piano a connu une carrière hors du commun, marquée par des hauts et des bas, entre reconnaissance tardive et épreuves douloureuses.

1. L’enfance de Clara Haskil : une musicienne prodige élevée dans la rigueur

Clara Haskil est née le 7 janvier 1895 à Bucarest dans une famille de commerçants passionnés de musique. Sa mère joue régulièrement sur le Bösendorfer du salon. Clara est la cadette de trois sœurs : Lili, l’aînée, sera professeur de piano ; Jeanne, la benjamine, sera l’un des premiers violons de l’Orchestre National de la Radio Française. Quant à la petite Clara, elle porte le prénom d’une tante pianiste confirmée, morte à seulement 20 ans.

Très vite, elle révèle ses dons pour la musique — autant pour le piano que pour le violon, instrument qu’elle devra abandonner à cause de sa scoliose. En avril 1902, un oncle maternel, fasciné par son talent, persuade sa sœur de lui confier l’enfant pour l’emmener à Vienne, afin qu’elle y suive une formation plus poussée. Clara quitte le foyer familial — elle n’a que 7 ans — et commence une vie itinérante sous la tutelle de cet oncle célibataire endurci et austère. Il lui donne certes une éducation remarquable et veille sur sa santé fragile, mais la rigueur qu’il fait régner va priver Clara d’enfance. On pourrait dire que cette jeune fille n’aura pas eu de jeunesse.

2. Clara Haskil échappe au pire pendant la Seconde Guerre mondiale

Clara Haskil est juive et roumaine. Dès janvier 1940, ses enregistrements sont interdits dans la France occupée. Elle parvient à passer en zone libre grâce à l’aide de la princesse de Polignac, dont on ne dira jamais assez le rôle joué auprès de tant de musiciens. Le chef Désiré-Émile Inghelbrecht la fait officiellement figurer parmi les membres de l’Orchestre National — un prétexte destiné à la protéger.

Assignée à résidence à Cannes, elle est recueillie en 1941 par la comtesse Pastré, dans sa propriété de Montredon, près de Marseille, où elle donne de petits concerts privés. Mais des maux de tête terribles signalent alors une tumeur affectant le nerf optique, qui nécessite une trépanation. L’opération a lieu avec succès le 29 mai 1942, sous anesthésie locale. Pendant l’intervention, on la voit pianotant sur la table d’opération.

Elle se remet si bien qu’elle donne un concert de résurrection dès le 25 août. Mais la guerre la rattrape : elle est bientôt prise dans une rafle, et ne doit sa libération qu’à une nouvelle intervention de Lili Pastré. Une chaîne d’amitiés lui permet alors de rejoindre la Suisse juste au moment de la fermeture des frontières. Elle ne rentrera à Paris qu’en octobre 1946.

3. Scoliose, tumeur et congestion pulmonaire, la santé de Clara Haskil a toujours été fragile

La fragilité physique de Clara Haskil est un fil rouge douloureux qui traverse toute son existence. Enfant, une scoliose l’amène à abandonner le violon et la conduit à suivre un traitement à Berck-sur-Mer pendant les quatre terribles années de la Première Guerre mondiale — son corps comprimé dans un corset de plâtre, des souffrances terribles à endurer. C’est grâce à la bienveillance du docteur Calvé qu’elle peut continuer à jouer un peu de piano à partir de 1917, avec un corset allégé en celluloïd.

Ce corps voûté par la scoliose contraste de façon saisissante avec la grandeur de ses mains — d’une envergure inhabituelle pour une pianiste —, qui lui permettent de maîtriser des œuvres aussi exigeantes que le 2e Concerto pour piano de Rachmaninov, son premier grand cheval de bataille.

En 1957, alors qu’elle est au faîte de sa reconnaissance, une congestion pulmonaire la terrasse à l’hôtel Cayré, boulevard Raspail à Paris, où sa chambre est reconvertie en chambre d’hôpital. Elle tient malgré tout à honorer un concert prévu au Théâtre des Champs-Élysées, au profit de l’œuvre de son ami le professeur Hamburger. Elle y frôle l’infarctus : « J’ai cru mourir en scène. Si ça n’avait pas été au profit d’une œuvre médicale, j’aurais vraiment abandonné à l’entracte. »

4. Une reconnaissance tardive pour Clara Haskil

Le paradoxe de Clara Haskil est là, entier : elle n’est véritablement reconnue que dans les quinze dernières années de sa vie. Pourtant, dès 1923, le critique lausannois Charles Koëlla écrit : « Elle réunit toutes les qualités qui font le grand musicien, plus une qui est unique et aussi mystérieuse que rare : le génie. » Mais ce génie met du temps à s’imposer, en partie parce que Clara refuse de céder aux effets de mode qui vont à l’encontre de son approche naturelle et fluide, de son respect absolu de la partition. « Je joue ce qui est écrit, et c’est tout », dit-elle.

Sa discographie peut donner l’impression qu’elle est une spécialiste quasi exclusive de Mozart, Beethoven, Schubert et Schumann. Son répertoire est en réalité bien plus large, comme en témoigne cette anecdote : en 1937, à Paris, elle ne dispose que de huit jours pour préparer le 2e Concerto pour piano de Brahms — une œuvre qu’elle n’a jamais abordée. Elle l’assimile en deux jours, le joue par cœur de façon éblouissante, et s’attire dans la foulée une bonne vingtaine d’engagements.

Sa véritable renaissance arrive après-guerre grâce aux succès de concerts aux Pays-Bas, puis avec le Festival de Prades en 1950, où Pablo Casals l’invite à célébrer le tricentenaire de Bach. Elle écrit le 28 juin : « Les semaines à Prades m’ont presque rendue malade à force d’être émouvantes. Ce fut d’une beauté inimaginable. Il faut les avoir vécues pour savoir à quel point l’atmosphère de tout ce festival a été une chose unique. » C’est là qu’elle rencontre le violoniste belge Arthur Grumiaux : coup de foudre musical. Leur duo devient rapidement la référence pour les sonates pour violon et piano de Mozart et de Beethoven. En 1957, elle est nommée chevalier de la Légion d’honneur. Son voisin de Vevey, Charlie Chaplin, résume à sa façon : « J’ai rencontré trois génies dans ma vie : le professeur Einstein, sir Winston Churchill et Clara Haskil. »

5. La mort tragique de Clara Haskil en 1960

Le 1er décembre 1960, Clara Haskil retrouve Arthur Grumiaux pour un récital aux Champs-Élysées. Le silence et le recueillement dans la salle relèvent de l’extase, malgré une salle archicomble — avant que n’éclate l’orage d’une ovation frénétique.

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Le 6, elle prend le train pour Bruxelles, où Grumiaux l’attend pour un nouveau récital prévu le lendemain. Ce récital n’aura pas lieu. À sa descente du train, à la gare du Midi, Clara Haskil chute dans les grands escaliers. Sa tête heurte une marche de béton ; elle perd connaissance. Une opération de la dernière chance est tentée, en vain. Clara Haskil s’éteint aux premières heures du 7 décembre 1960. Elle avait 65 ans.

Le chef Ferenc Fricsay, l’un de ses partenaires privilégiés, lui rend cet hommage : « Avec la mort de Clara Haskil, nous sommes devenus plus pauvres — mais notre existence a été enrichie par sa vie. »

Franck Ferrand

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