Visiter un lieu d’exception et avoir le privilège de regarder par le trou de la serrure : les Journées du Patrimoine, ce week-end, permettront, comme tous les ans, à des milliers de visiteurs de franchir le seuil de lieux habituellement fermés au public. Le choix de la rédaction vous emmène en Suisse. Radio Classique a visité une grande maison horlogère, La Fabrique du Temps. C’est le nom des ateliers des montres Louis Vuitton, véritable temple d’un savoir-faire centenaire.
On entre à l’atelier comme dans un laboratoire, la blouse est obligatoire. Celle d’Alexis, horloger complication à La Fabrique du Temps, est antistatique. Un cheveu ou une poussière pourrait gripper le mécanisme.
« Vous avez aux mains des petits doigtiers ? »
« Exact. C’est pour ne pas mettre nos traces de doigts sur les composants, qui sont en acier, etc., pour éviter la transpiration. Et ça nous donne aussi un petit maintien, un peu de grip. C’est pour ne pas du tout mettre de poussière ni de traces de doigts sur les têtes de montres. »
La concentration est palpable dans toutes les pièces.
Alexis le confie : « Lorsqu’on règle le balancier d’un mouvement simple, […] c’est comme si on avait fait un effort physique. »
La minutie et la rigueur, indispensables lorsque les 600 composants font quelques millimètres
Les montres les plus élaborées peuvent nécessiter deux ans de labeur — et d’excellents yeux. Sébastien Dahbere est horloger depuis 22 ans.
« On a des vis qui font 3 dixièmes de millimètre, par exemple, pour les plus petites. La plupart sont entre 5 et 8 dixièmes de millimètre. Après, vous allez assembler 500 ou 600 composants […] vous voyez la taille d’une montre, ce n’est quand même pas très gros. Il faut être minutieux, avoir de la rigueur. On récompense nos meilleurs artisans dans différents domaines. Je suis Virtuose 2022 sur la partie horlogerie Louis Vuitton. »
Dans un atelier avec vue sur les montagnes genevoises, 220 personnes travaillent pour à peine plus de 2 000 montres par an.
« L’horlogerie, c’est vraiment un métier d’expérience et d’expertise. On travaille sur des produits de plus en plus compliqués, de plus en plus intéressants, avec des finitions et d’autres métiers qu’on vient intégrer à la montre, comme l’émail, comme la gravure. Et c’est vrai qu’à la fin, on arrive à obtenir des pièces qui sont plus des objets d’art, je pense, que des montres proprement dites. Et je trouve que c’est vraiment passionnant. »
Le travail se fait dans un silence absolu
Ici, sur le cadran, à chaque heure, une petite animation : Albert Einstein qui tire la langue ou un serpent qui ondule. L’imaginaire est sans borne.
« J’ai fait une montre qui s’appelle Amazonie et c’était assez incroyable d’avoir tous ces éléments qui bougeaient : un petit singe qui [remue] une feuille, une barque qui avance avec des malles Louis Vuitton qui s’ouvrent pour laisser apparaître les fleurs Monogram. »
Mieux vaut retenir son souffle. Anasse se doit de travailler dans un silence absolu.
« C’est important parce que, quand on fait nos décors, il faut qu’on soit concentrés. »
On appelle cela le guillochage : la confection, à l’aide d’un petit burin, de minuscules gravures qui vont donner toute la lumière, le reflet au cadran. Gare à la main qui tremble.
« Et ce que j’aime, c’est remplir un cadran, puis faire ressortir un éclat de beauté, directement sur de l’or. »
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Pour fabriquer cet éclat de beauté, la machine utilisée date de 1850 : l’homme n’a rien conçu de mieux depuis. Ces montres d’exception ont un prix qui peut dépasser le million d’euros, pour un travail d’une minutie prodigieuse.
Victoire Faure
Retrouvez les métiers d’excellence des maisons LVMH à l’occasion des Journées Particulières, du 16 au 18 octobre 2026.
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