La France a du mal à se remettre de son classement PISA peu glorieux, préoccupée par l’impact délétère de l’intelligence artificielle sur ses étudiants. La philosophe Monique Canto-Sperber, dans son dernier ouvrage La Fin de la culture française paru chez Albin Michel, appelle le pays à une prise de conscience.
Pour Monique Canto-Sperber, la culture devrait rester un socle de références communes – l’éducation, la langue, le goût du débat et le non-conformisme – qui participe au sentiment d’être français : « Il n’y a qu’à ouvrir les yeux sur le monde d’aujourd’hui. Ce qui faisait la culture française, c’était une culture partagée par toutes les classes sociales et tous les âges ».
Selon elle, la baisse de niveau s’est amorcée bien avant l’IA. Dès les années 80, le système scolaire a été noyé sous l’afflux de nouvelles générations. La philosophe déplore que la France n’ait pas su s’adapter à ce public plus nombreux et hétérogène : « le défi aurait été de maintenir des ambitions de formation au même niveau qu’auparavant » .
Elle attribue également la fragmentation de la société à l’émergence d’un souci du particularisme : « sous prétexte d’avoir telle origine, on devait avoir telle vision du monde et ne discuter qu’avec certaines personnes. Cette fracturation sociale a mis à mal l’idée même de culture et de transmission, qui permet de reconnaître la grandeur du passé pour réinventer le présent. »
L’IA, le coup de grâce pour la culture écrite
Il y a aujourd’hui une perte de sens autour du travail fourni par nombre d’étudiants secondés par l’intelligence artificielle. Toutefois, Monique Canto-Sperber a à cœur de rétablir l’exigence au sein de l’institution scolaire. « Pessimisme dans le constat et le diagnostic, mais optimisme résolu dans l’action ! » déclare-t-elle avec aplomb, convaincue que sa génération, qui a laissé à la dérive l’éducation, devra rendre des comptes.
De 2005 à 2012, alors à la tête de l’École Normale Supérieure, Monique Canto-Sperber était intervenue pour contrer un certain particularisme, au nom des valeurs de la culture française : « Il s’agissait d’un appel au boycott d’Israël, interdit par la loi à ce moment-là. L’université n’est pas le lieu de la propagande, mais de la discussion raisonnée et argumentée. » rappelle-t-elle.
« Nous devons restaurer des exigences de formation ambitieuses au sein de l’institution scolaire. Il faut convaincre les jeunes (ou réguler par la loi) de ne pas passer leur temps sur les réseaux sociaux, et contrôler l’usage de l’intelligence artificielle dans les institutions pour qu’elle ne se substitue pas à la culture écrite. » suggère Monique Canto-Sperber.
L’importance de l’éducation et de l’instruction
La perte de la culture écrite entraîne à son tour celle de l’esprit critique : « beaucoup de jeunes parents extrêmement conscients de ce problème, protègent leurs enfants des écrans. Il faut trouver ce qui peut constituer la base d’une coexistence pacifique entre les êtres humains. La culture joue ce rôle. »
Quelle différence entre ces deux notions fondamentales à notre système républicains ? « L’instruction, c’est l’absorption des connaissances. L’éducation, c’est aussi la formation intérieure et l’apprentissage des normes collectives. Ces normes (égalité devant la loi, absence de privilèges ou de discriminations) s’opposent à tout identitarisme triomphant.
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La culture est ce qui sert à se transformer soi-même, à approfondir sa vision et son rapport au monde. La culture à la carte que nous connaissons aujourd’hui n’a plus cette vertu formatrice. »
Pauline Adad
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