Jacques Attali : « on croit trop que la réussite est liée au milieu social ou au QI, mais c’est la volonté qui compte »

Jeanne Accorsini/SIPA

Et si la niaque était le moteur fondamental de la réussite et le meilleur remède pour se relever de ses échecs ? Jacques Attali s’est exprimé sur Radio Classique dans la matinale de David Abiker, au sujet de son nouveau livre, La Niaque : comment devenir plus que soi, publié aux éditions Flammarion, et nous en dit davantage sur ses ressorts et les enseignements individuels qui peuvent permettre de comprendre les renoncements et les sursauts collectifs.

 

Comment définir la niaque ?

« La niaque, c’est l’énergie mentale. Il y a trois sortes d’énergie : celle qu’on trouve sous la terre, dans le vent ou dans le soleil ; l’électrique, qui s’exprime de différentes façons ; et puis le mental. Cette énergie mentale est très importante. D’ailleurs, elle consomme très peu des autres énergies et elle est essentielle, parce qu’elle permet véritablement de donner corps à ce que nous sommes. » détaille Jacques Attali avant d’ajouter :

« La niaque c’est le projet ou la peur d’échouer, c’est l’un ou l’autre ».

L’économiste déplore un certain défaitisme dans l’hexagone. Pour y remédier, il attire l’attention sur le fait que la niaque s’acquiert et se transmet.

« J’ai écrit ce livre pour montrer que nous sommes dans un univers où, dans certains pays comme le nôtre, il existe une forme de résignation, de soumission, et que c’est la garantie du déclin. Alors que dans d’autres, il y a une volonté collective et une volonté individuelle. 

En France, beaucoup de gens ont la niaque. Mais c’est quelque chose qu’on n’explore pas assez. On croit trop que la réussite est liée au milieu social ou au QI. Moi, je n’ai jamais cru que le QI avait la moindre importance : c’est la volonté qui compte. »

Pour Jacques Attali, la volonté ne serait pas innée

Jacques Attali assure détenir le secret pour prévenir tout fatalisme inutile : « On peut apprendre à avoir de la niaque. On peut apprendre à trouver du plaisir à répéter, la clef c’est trouver du plaisir à répéter en faisant légèrement mieux à chaque fois. C’est la niaque de l’étudiant qui s’aperçoit que, s’il travaille, il s’améliore, et du musicien qui, à force de répétition, progresse. »

Il suffirait en somme d’en comprendre les mécanismes. « Ce secret démontre qu’à peu près n’importe qui peut arriver à peu près à n’importe quoi ».

Et Jacques Attali en est le parfait exemple, lui qui revêt également la casquette de chef d’orchestre : « Je n’ai aucun don particulier pour la direction d’orchestre, je n’ai pas l’oreille absolue, je suis relativement maladroit, et pourtant je dirige des orchestres symphoniques dans le monde entier parce que j’ai beaucoup travaillé. »

Cette force mentale qu’il évoque, existe pourtant dans le sport tricolore, mais visiblement pas à l’école, eu égard aux tristes résultats du classement PISA.

Quand l’IA nuit à la niaque

À ce titre, David Abiker sollicite l’expertise de Jacques Attali pour expliquer ce contraste entre la faillite éducationnelle tandis que la France s’est reconciliée avec « la gagne » en sport.

« Cela tient à la capacité à déclencher le désir d’un projet. Quand vous regardez des footballeurs, vous êtes admiratif, vous voulez faire comme eux. Même chose si vous voyez un champion olympique. Dès qu’il y a une image mentale qui crée un projet, quelqu’un qu’on a envie d’imiter, cela devient un projet et cela pousse à faire les efforts nécessaires pour y arriver. » a-t-il constaté.

Il y a une grande tendance en France — mais pas seulement en France, aussi aux États-Unis et dans beaucoup de pays — au renoncement : « C’est trop difficile, je n’y arriverai pas, ce n’est pas pour moi. » Et l’IA, j’en parle aussi longuement dans le livre, ajoute une dimension supplémentaire : « L’IA va faire l’effort pour moi, pourquoi en ferais-je ? ». C’est d’ailleurs vrai de tout temps : chaque fois que la machine a permis de réduire un effort humain, on s’est dit : « Ce n’est plus la peine de faire des efforts, donc ce n’est plus la peine d’avoir de la niaque, puisque la machine va le faire à ma place. » observe Jacques Attali.

François Mitterrand a pu dépasser sa maladie pour atteindre ses buts

David Abiker est aussi revenu sur les liens de Jacques Attali avec François Mitterrand dont il a été le principal conseiller. Comment l’ancien Président qui se savait condamné par la maladie, trouvait-il la ressource pour diriger un pays ?

« Il faut avoir un projet, une mission. Il faut se dire : « Je suis là pour faire quelque chose de grand. » Cela vaut pour tous les métiers ; Si l’on a quelque chose de grand à faire, tout passe. »

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L’ancien sherpa de François Mitterrand souligne à quel point permettre l’alternance en France et rendre un espoir à la classe ouvrière constituait un engagement personnel. « Cela l’habitait profondément, au point de dépasser toutes les difficultés particulières », confie-t-il.

Pauline Adad

 

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