Karine Lacombe, cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine à Paris, était l’invitée de Radio Classique ce mardi. Elle évoque la question de la grippe aviaire en France et celle des risques de virus émergents à cause du réchauffement climatique. L’infectiologue revient également sur l’épidémie d’Ebola en République démocratique du Congo, la plus meurtrière de l’histoire du pays. Selon l’estimation d’un responsable humanitaire des Nations-Unies, actuellement, une personne succombe au virus toutes les trente minutes. Plus de 2 300 personnes sont décédées et quasiment 5 000 cas ont été déclarés depuis mi-mai.
Alors que le virus circulait depuis plusieurs mois, cette 17e épidémie d’Ebola en RDC a été déclarée tardivement, ce qui la rend « vraiment dramatique » déplore Karine Lacombe. L’infectiologue liste les raisons d’un tel retard : le pays est en proie à des conflits militaires et économiques, ce virus est une nouvelle souche de l’Ebola, l’institut qui l’a diagnostiqué est très éloigné des zones touchées, il n’existe ni traitement ni vaccin, il est difficile d’accéder aux malades et il y a une défiance de la population vis-à-vis des services de santé et envers le gouvernement, qui a peu d’emprise locale.
L’invitée de Charles Bonnaire affirme également que « le manque d’argent dû au retrait brutal des États-Unis dans la coopération multilatérale a un impact et une responsabilité majeurs dans la diffusion de l’épidémie ». À cela s’ajoutent les difficultés de l’OMS, qui n’a pas pu développer les moyens nécessaires car elle se trouve dans une mauvaise situation financière.
Tous ces éléments concourent à rendre « plus difficile le contrôle d’une épidémie » qui, aujourd’hui, représente 50 % de létalité. Même si l’Ouganda, pays voisin, a fermé ses frontières, cette mesure « est assez illusoire parce que les frontières restent malgré tout assez poreuses », selon l’infectiologue.
Une surveillance mondiale autour de la grippe aviaire
Karine Lacombe a également évoqué le médecin humanitaire touché par Ebola et arrivé en France en juin dernier : il n’y a pas eu d’autres cas en France depuis celui-ci, et un patient identifié en Allemagne est désormais guéri. Elle explique également que depuis le Covid-19, l’Union européenne a beaucoup investi « pour mettre en place des systèmes de surveillance bien plus élaborés sur le plan microbiologique, virologique, bactériologique », rendant les réponses thérapeutiques et préventives plus rapides. Par conséquent, si l’on découvrait un nouveau foyer d’un virus, « il faut espérer qu’on va tirer les leçons de ce qu’on a appris pendant le Covid ».
Concernant la grippe aviaire, la cheffe du service des maladies infectieuses à l’hôpital Saint-Antoine souligne que la France bénéficie de systèmes de surveillance, notamment dans les élevages du sud-ouest, pour détecter et observer d’éventuelles mutations qui pourraient la rendre hautement pathogène pour l’homme. En effet, si elle est transmissible d’animal à homme, bien que « très difficilement », elle ne l’est pas encore d’homme à homme. « Il y a une surveillance mondiale des souches de grippe aviaire qui circulent », affirme-t-elle.
Les changements de l’administration Trump : une réelle inquiétude pour les experts
Karine Lacombe mentionne toutefois le cas d’un homme infecté et décédé l’an dernier aux États-Unis. L’infectiologue reste inquiète car beaucoup de changements ont eu lieu dans l’administration Trump ces dernières années. On a assisté au recul des vaccins, à la baisse des dépenses liées à la recherche, à l’arrêt de grands essais internationaux dans le domaine des maladies infectieuses et au scepticisme sur les mesures de confinement. Pour elle, « la surveillance aux États-Unis des virus de grippe aviaire est plutôt opaque ». C’est une réelle inquiétude pour les experts, car elle n’est pas certaine que l’on sera en mesure de diagnostiquer tôt ce type de souche qui deviendrait pathogène pour l’homme.
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L’infectiologue fait le point sur la recherche concernant les virus emprisonnés dans les zones gelées, et qui peuvent ressurgir à cause du réchauffement climatique. Mis à part le cas d’un enfant tué en 2016 par une bactérie réémergente, Karine Lacombe affirme que, pour l’instant, il n’y a pas d’exemples de bactéries ou de virus réémergents qui seraient pathogènes pour l’homme.
Elle met en avant l’existence de consortiums internationaux qui surveillent l’apparition de ces agents pathogènes et qui évaluent le pouvoir et le potentiel pathogène de ces bactéries ou de ces virus.
Maeva Mellado
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