Tour du France 1964 : La prophétie du mage Belline qui a déstabilisé Anquetil face à Poulidor

Photosport/REX/SIPA

C’est l’une des éditions mythiques du Tour de France, celle de 1964, qui a vu s’affronter Poulidor et Anquetil. Jean-Paul Ollivier, « Polo-la-science », y revient dans son ouvrage : La grande boucle de mes souvenirs. Il raconte notamment la prophétie d’un mage et ses conséquences sur la course. 

Ecoutez l’épisode des Grands dossiers de l’Histoire en intégralité :

 

France Soir, le grand journal populaire de l’époque, a publié une prophétie d’un mage, Belline, qui annonce la disparition de Jacques Anquetil en Andorre lors de l’étape dans les Pyrénées. Cette prédiction inquiétante va être très importante pour l’issue du tour.

Le 5 juillet 1964 à Andorre, c’est le jour de repos sur le tour. Comme c’est le cas depuis le début de l’évènement sportif, la chanteuse Dalida interprète ses grands succès. Elle parcourt le Tour dans une espèce d’élan populaire assez extraordinaire. Les coureurs ont besoin de repos puisque le lendemain, ils vont attaquer les Pyrénées, une étape de 186 km entre Andorre et Toulouse. Et au classement général, c’est un Français, Georges Groussard, qui est maillot jaune pour le moment.

Anquetil et Poulidor : une France séparée en deux

Jacques Anquetil et Raymond Poulidor sont pour l’instant 2e et 3e, et aucun n’arrive à distancer l’autre. Poulidor a pris de l’avance dans les Alpes, mais lors d’une étape entre Briançon et Monaco, il commet une erreur fatale. Il croit qu’il a gagné alors qu’il lui reste un tour entier à parcourir. Anquetil lui est passé devant et a remporté sa première étape sur le sur ce tour.

La presse se délecte, évidemment, et les Français se passionnent pour tout ça. En 1964, on regarde très peu le Tour de France à la télévision. D’ailleurs, il y a juste un reportage télévisé par jour qui n’est pas long. En revanche, on suit tout ça à la radio, il faut imaginer tout le monde l’oreille collée au transistor et discuter à l’infini. Il y a des Anquetilistes et des Poulidoristes : la France est, comme d’habitude, séparée en deux camps.

Pendant ce jour de repos, Anquetil n’est pas très en forme, parce qu’il se souvient de cette prophétie du mage Belline dans France Soir, la veille du départ de Rennes. Il prédisait une chute, un abandon d’Anquetil aux alentours d’Andorre. Et Anquetil, superstitieux, y croit plus ou moins. Alors, pour le distraire, le directeur sportif Raphaël Geminiani, un homme assez étonnant qui aime bien la bagarre, va l’entraîner dans un méchoui organisé par Radio Andorre. C’est la grande époque de triomphe des radios périphériques.

Anquetil fait la fête, Poulidor se repose

Certains disent que ce jour-là, Jacques Anquetil était sobre et qu’il a fait semblant de dévorer un gigot pour faire plaisir aux photographes. Mais d’autres assurent que ce n’était pas du tout du cinéma, que Jacques Anquetil n’a pas arrêté de manger et de boire. Avec son directeur sportif, il s’est livré à un concours de boissons, une baignoire a même été remplie de sangria !

Pendant ce temps, Poulidor récupère, se repose, fait du vélo. Antonin Magne, son entraîneur, est à l’inverse de Geminiani :  c’est un homme très sérieux qui prescrit des tisanes à ses coureurs. Le lendemain, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor sont sur la ligne de départ, et tout le monde parle des excès que le premier a commis la veille.

A lire aussi

 

 

Dans les premiers lacets du col d’Envalira, à 2400 m d’altitude, Anquetil n’avance pas. Il pense s’arrêter. À ce moment-là arrive Louis Rostollan, excellent grimpeur, qui fait partie de l’équipe d’Anquetil. Il dira plus tard : « j’ai secoué Jacques, harangué, insulté, traité de tous les noms d’oiseaux, et Dieu sait que j’ai un sacré vocabulaire ! ». Il faut croire que ça a marché. Louis Rostollan va aider son coéquipier, peut-être un peu trop puisqu’il le pousse, se met devant lui, lui prend la main et le tire au maximum avant de lâcher. Il passe également son coude gauche sous le bras droit d’Anquetil, au risque d’être disqualifié. « Je ne triche pas, Monsieur, puisque j’ai les deux bras posés sur le guidon comme le veut le règlement », argue Rostollan.

Anquetil arrive finalement au sommet du col, mais avec plus de 4 min de retard. Il écope de 15 secondes de pénalisation pour avoir été aidé par son coéquipier. Germiniani, le directeur sportif d’Anquetil, lui donne un gobelet de champagne et lui dit « Jacques, si tu dois mourir, je t’en supplie, meurs en tête, pas devant la voiture balai. »

Franck Ferrand

 

Retrouvez Le meilleur des Grands Dossiers de l’Histoire