Été 1936 : pour la première fois de leur vie, des millions de Français découvrent la mer. Les sorties d’usine en liesse, les trains bondés, les plages, le maillot, le camping… ces heures qui n’appartiennent plus à personne, à condition de pouvoir partir…
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Au début de l’été 1936, un nouveau paysage va s’ouvrir pour les Français : le silence d’une plage, la campagne, la montagne. Ceux qui jusqu’alors avaient surtout connu les murs des usines et les ruelles des quartiers ouvriers vont, du jour au lendemain, découvrir à quoi peut ressembler un beau loisir dans un beau lieu.
Tout ça à condition de pouvoir partir. Avoir 2 semaines de congés payés, c’est une chose, mais avoir les moyens de les utiliser, c’en est une autre. À la fin de juillet 36, l’État va s’en mêler puisque le jeune sous-secrétaire d’État aux sports et aux loisirs, le fameux Léo Lagrange, négocie avec les compagnies ferroviaires la création d’un billet spécial.
Le tarif est réduit de 60 %, à condition de parcourir au moins 200 kilomètres. Le prix d’un aller-retour à la mer devient quelque chose d’abordable. C’est presque à la portée d’un salaire ouvrier, de certains en tout cas. Et c’est vrai que cet été-là, quelques 600 000 billets vont être vendus. Et l’année suivante, ce sera trois fois plus, pas loin de 2 millions.
À l’été 36, le succès des guinguettes du bord de Marne
Vous imaginez les trains bondés qui filent vers la Normandie ou vers la pointe bretonne, des vélos, des tandems chargés de bagages sur les routes de campagne. Cette image n’est pas fausse, elle symbolise l’été 36 dans l’inconscient collectif. Mais elle ne dit pas tout puisque la grande majorité des ouvriers vont beaucoup moins loin que ça.
Énormément de gens vont rester aux portes des villes. Les gens qui habitent Paris se rendent plutôt dans les guinguettes du bord de Marne, là où on peut se baigner, danser, boire un verre à l’ombre sans dépenser un mois de salaire. Parce que les gens n’ont pas tous les moyens de partir en vacances ! Pour beaucoup, la mer reste encore un rêve, un horizon lointain.
Aider aux moissons, le loisir de certains Français en 1936
Une chose est peu évoquée lorsqu’on parle des vacances de 1936, c’est le retour des ouvriers vers la campagne. Il y a eu un exode rural, et l’été 36 marque une sorte de chemin inverse. Il y a beaucoup de gens qui s’en vont tout simplement à la ferme, chez leurs parents ou grands-parents, qui sont restés paysans. Beaucoup de ces travailleurs des usines ont encore une famille à la ferme. Ils ont des champs qui les attendent, alors ils vont profiter des fameux congés pour aller aider aux moissons, pour retrouver aussi leur maison d’enfance, et pour changer d’atmosphère.
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Ce qui frappe au fond, ce n’est pas tant la destination que le mouvement lui-même, qu’on aille à la mer, au bord de la Marne ou à la ferme familiale. Ce qui est certain, c’est que pour la première fois de leur existence, des millions de Français vont changer de périmètre. Ces employés, ces ouvriers, ces familles qui ne sortaient pas de leurs villes et de leurs quartiers, parfois même de leurs rues, vont découvrir autre chose. Des choses qu’ils n’avaient vues généralement qu’en photographie. Ce n’est pas seulement une loi sociale qui vient de changer le calendrier des Français. C’est la première fois à cette échelle que la France peut se regarder elle-même.
Franck Ferrand
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