Peu de musiciens auront été aussi admirés et adulés qu’Arthur Rubinstein, qui fit de la quête du bonheur une règle de vie. Découvrez ces anecdotes sur ce pianiste charismatique, doté d’une sensibilité hors du commun.
1. Arthur Rubinstein a joué 9 heures sur un bateau en pleine tempête
Lors de sa première tournée aux États-Unis en 1906, le bateau qui traverse l’Atlantique essuie une tempête terrible. Tandis que les passagers retiennent leur souffle, Arthur Rubinstein y voit une opportunité. Surmontant ses propres craintes, il se dirige vers le piano du navire et, malgré le tangage, s’en remet à sa mémoire : ses doigts balaient l’étendue du clavier sans discontinuer pendant neuf heures.
Il en oublie de manger. Les voyageurs sont hypnotisés. À son arrivée à New York, la foule l’accueille en liesse, la presse ayant largement relayé l’épisode.
2. Après une tentative de suicide, Rubinstein change de vision du monde
En 1908, Rubinstein traverse une période noire : seul, ruiné, il est à Berlin dans une chambre d’hôtel et décide de mettre fin à ses jours. Il se passe littéralement la corde au cou, mais la corde casse. Il se retrouve à terre, pleurant et riant à la fois.
Sa décision est alors prise : puisque le malheur ne veut pas de lui, il sera heureux. Il s’imposera le bonheur et la gaieté comme une règle de vie — presque une hygiène de vie — et ne faillira jamais à cette mission, jusqu’à sa mort à 95 ans, le 20 décembre 1982.
3. Rubinstein contre Horowitz : le musicien contre le pianiste
Arthur Rubinstein et Vladimir Horowitz forment l’un des grands couples rivaux de l’histoire du piano. Rubinstein n’a jamais caché ce qu’il pensait de leur différence : « Meilleur pianiste, dit-il en parlant d’Horowitz, mais moi j’étais meilleur musicien. » Une formule qui résume à elle seule la singularité de Rubinstein : là où Horowitz fascine par sa virtuosité stupéfiante, Rubinstein convainc par sa profondeur musicale et sa capacité à transmettre des émotions.
Sviatoslav Richter, pourtant réputé pour sa sévérité envers ses confrères, note dans ses carnets en 1977 : « C’est un homme positif, heureux, simple, plein d’humour et de charme. Les mazurkas dans son interprétation sont jouées dans la bonne vieille tradition concertante, sans une trace de mollesse souffreteuse. J’ai trouvé ça très convaincant. »
4. Rubinstein associé pour l’éternité à Chopin, vouait une passion à Mozart
Si Rubinstein est unanimement associé à Chopin, c’est Mozart qui lui inspire le plus grand respect et la plus grande humilité. « Je suis très timide pour jouer Mozart, confie-t-il. Je le ressens comme je ressens Chopin. Pour moi, c’est un musicien chaleureux, assuré, pas un compositeur baroque. J’hésite un peu à chaque fois que je dois l’interpréter. Je ne voudrais pas que le public se dise : « Oh, il pense qu’il joue du Chopin. » » Rubinstein avait d’ailleurs le même exigeant principe avec l’ensemble de son répertoire : il ne jouait jamais une œuvre si elle ne le touchait pas personnellement.
5. Rubinstein et les femmes, le parfum et l’art de vivre
Rubinstein cultivait une réputation de séducteur aussi célèbre que son jeu pianistique. À 91 ans, il quitte son épouse pour une femme plus jeune, Annabelle, qui a le tiers de son âge. Teresa Berganza, la grande mezzo-soprano, raconte qu’à la fin de sa vie, presque centenaire et totalement aveugle, il s’émoustillait encore de la présence d’une femme, capable, de loin, de percevoir son parfum.

Son sens de la formule ne le quittait pas davantage : « Une femme, vous savez, c’est comme un cigare : il faut parfois la rallumer. »
6. Arthur Rubinstein transforme le drame en plaisanterie
Frappé par la cécité dans ses dernières années, Rubinstein transformait même ce drame en matière à plaisanterie. Dans sa dernière apparition au Grand Échiquier de Jacques Chancel, il déclare avec un sourire : « J’ai décidé de ne plus jouer du piano. Ce n’est pas que je ne trouve plus les touches, c’est que je ne trouve plus le piano. »
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L’opéra Le Barbier de Séville de Rossini est le dernier enregistrement qu’il écoute avant de mourir. Rubinstein avait voulu partir comme il avait vécu : dans la grâce, la légèreté et la vivacité.
Franck Ferrand
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