Excentrique, habitué aux déceptions amoureuses, Beethoven a mené une vie personnelle faite de contrariétés et d’exaltation, à l’image de sa vie de créateur. On le sait peu, mais il a mené une bataille judiciaire pour s’occuper du fils de son frère décédé.
En novembre 1815, la mort de son petit frère à l’âge de 41 ans porte à Beethoven un coup terrible. Pendant quelque temps, il ne peut même plus composer. Il est nommé tuteur de son neveu Karl, alors âgé de 9 ans seulement. Charge qu’il partage avec la mère du garçon, Johanna.
Il prend cette responsabilité très au sérieux, convaincu que la mère de l’enfant n’est pas à la hauteur. La jugeant immorale, il engage sans tarder une action en justice pour obtenir qu’elle soit déchue de son autorité maternelle.
Beethoven se lance dans un long procès contre sa belle-sœur
Le procès est extrêmement pénible et interminable. Johanna n’épargne pas Beethoven : elle l’agonit d’injures, le qualifiant de « pauvre fou célibataire et sourd ». Le compositeur en tombe malade à plusieurs reprises. Ce n’est qu’en 1820, soit cinq ans après le début de cette bataille judiciaire, qu’il obtient finalement la garde de Karl.

À l’automne 1826, Beethoven emmène son neveu en vacances en Basse-Autriche. Un domestique de la maison nous laisse un portrait saisissant du génie à l’œuvre sur son dernier quatuor à cordes :
« Dès 5h30 du matin, il était devant sa table de travail, battant la mesure avec ses mains et ses pieds, tout en fredonnant et en écrivant. Sitôt après la première collation, il sortait se promener à travers champs avec force éclats de voix et gesticulations, marchant tantôt d’un pas mesuré, tantôt à grandes enjambées, s’arrêtant parfois tout net pour griffonner une idée sur son calepin. »
Le retour fatal de Beethoven à Vienne
Il regagne Vienne au début du mois de décembre, toujours accompagné de Karl. C’est à ce moment-là qu’il contracte une pneumonie. Son rétablissement semble d’abord assuré, mais l’embellie est de courte durée : il retombe malade, cette fois terrassé par une cirrhose du foie, compliquée d’une hydropisie. Son état devient alarmant. Nous sommes au début du mois de mars 1827.

Ses amis se relaient à son chevet. Parmi eux, son fidèle compagnon de toujours, Stephan, venu avec sa famille, et Franz Schubert. Un témoin rapporte les dernières heures vécues, le 26 mars 1827 :
« Les yeux du maître s’ouvrirent et pendant un long moment, il garda sa main droite fermée, levée en l’air, une expression grave, menaçante sur son visage. Lorsque sa main retomba, ses paupières se refermèrent à moitié, ses lèvres se turent, son cœur avait cessé de battre. »
L’adieu grandiose à Beethoven
Trois jours plus tard, le 29 mars 1827, à 15 heures, une foule immense se rassemble sur la place qui fait face à la Schwarzspanierhaus, dernière résidence de Beethoven. Pas moins de 20 000 personnes sont présentes — parmi elles, Franz Schubert. Des dizaines de porteurs de flambeaux ainsi qu’une chorale, accompagnée par le son grave des trombones, rendent au grand maître un ultime hommage.
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En 1888, les restes de Beethoven sont transférés à Vienne, où il repose désormais aux côtés de Schubert. Sa gloire posthume, à ce moment-là, ne fait que commencer.
Franck Ferrand
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