Charles VII : au-delà de son lien avec Jeanne d’Arc, la destinée inouïe d’un prince fragile devenu le « Victorieux »

MARY EVANS/SIPA

Au cœur d’un royaume de France meurtri par la guerre de Cent Ans, un jeune prince fragile, bousculé par l’Histoire, va accomplir l’un des plus spectaculaires retournements de situation de la monarchie française. Entre intrigues familiales, trahisons, épopée militaire et rencontres providentielles, la trajectoire de Charles VII, d’abord moqué et rejeté, finit par s’imposer comme une aventure hors du commun. Retour sur le destin inattendu de celui que l’on surnomma le Victorieux.

Le 22 février 1403, dans l’hôtel Saint-Paul à Paris, Charles vient au monde, onzième enfant de Charles VI et d’Isabeau de Bavière. Rien ne prédestine ce cadet à la couronne, si ce n’est une succession de drames familiaux et de bouleversements politiques. Son enfance s’écoule à l’abri des fastes royaux, entre nourrices, médecins et précepteurs, dans une atmosphère alourdie par la folie de son père et la froideur de sa mère. L’assassinat de son oncle Louis d’Orléans par Jean sans Peur, duc de Bourgogne, en 1407, précipite la France dans le chaos, alors que Charles n’est encore qu’un enfant.

À dix ans, il est fiancé à Marie d’Anjou, sous la protection de la puissante Yolande d’Aragon, sa belle-mère, qui le soustrait à Paris pour l’élever dans sa cour. Mais le destin s’en mêle : la noblesse française est décimée à Azincourt, les Anglais gagnent du terrain, et la mort prématurée de ses frères fait de Charles, à 14 ans, le dauphin de France. Dès lors, l’adolescent se retrouve plongé au cœur de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons, tiraillé entre les ambitions rivales et les trahisons.

La rencontre décisive avec Jeanne d’Arc

L’année 1419 marque un tournant dramatique. Lors d’une rencontre diplomatique sur le pont de Montereau, le duc de Bourgogne est assassiné. Charles, bien que clamant son innocence, se retrouve isolé : Philippe le Bon, nouveau duc de Bourgogne, se rapproche des Anglais. En 1420, le traité de Troyes le déshérite officiellement au profit du roi d’Angleterre. Humilié, rejeté, Charles se replie à Bourges, réduit à un roi sans couronne, surnommé avec ironie le « petit roi de Bourges ».

Les défaites s’accumulent, la légitimité du dauphin vacille, la France aussi. Pourtant, alors que tout semble perdu, une jeune fille surgit des marches de Lorraine : Jeanne d’Arc. Animée par des voix célestes, la Pucelle rallie Charles, le convainc de sa destinée et le pousse à reprendre la lutte. Grâce à Jeanne, Orléans est libérée en 1429, la confiance renaît, les victoires s’enchaînent. L’épopée atteint son apogée avec le sacre de Charles à Reims, le 17 juillet 1429, sous le regard ému de Jeanne. Pour le peuple, l’onction sacrée efface les doutes : Charles VII devient, aux yeux de tous, le véritable roi de France.

Jacques Cœur et Agnès Sorel : les alliés inattendus du roi Charles VII

Le sacre n’est pourtant qu’une étape. Jeanne d’Arc, après avoir échoué à reprendre Paris, est capturée et brûlée à Rouen, sans que Charles n’intervienne. Mais la graine de la reconquête est semée. Pour restaurer l’unité du royaume, une réconciliation s’impose avec le duc de Bourgogne. En 1435, le traité d’Arras scelle la paix et permet la reprise de Paris l’année suivante. Charles VII, désormais plus assuré, s’entoure de nouveaux alliés, dont le célèbre argentier Jacques Cœur, qui réorganise les finances du royaume et soutient la modernisation de l’armée.

Un autre soutien inattendu va jouer un rôle décisif : Agnès Sorel. Première favorite officielle de l’histoire de France, elle insuffle au roi une énergie nouvelle, le pousse à reprendre la guerre contre l’Angleterre. Selon la légende, un astrologue habilement convoqué par Agnès aurait piqué l’orgueil royal, précipitant la reprise des hostilités. Dès 1449, Charles VII lance la reconquête : la Normandie puis la Guyenne sont libérées, ne laissant aux Anglais que Calais.

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Au crépuscule de sa vie, Charles VII peut contempler le chemin parcouru. De prince fragile, évincé et moqué, il s’est imposé comme le sauveur du royaume, réconciliant la France avec elle-même. Surnommé le Victorieux, il n’oublie pas celle qui lui avait rendu foi en sa mission : Jeanne d’Arc, dont il encouragera la réhabilitation.

Franck Ferrand

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