Henri Rousseau, longtemps affublé du surnom « Le Douanier », fait l’objet d’une exposition au musée de l’Orangerie à Paris jusqu’au 20 juillet. Peintre autodidacte, il a su créer, mieux qu’un style et beaucoup plus qu’une école, tout un univers.
1. Un écrivain est à l’origine de son surnom du Douanier Rousseau
Henri Rousseau était employé à l’octroi, un des postes de péage situés aux entrées de Paris où l’on contrôlait les marchandises et percevait des taxes sur le sel, le vin, le lait, les céréales ou encore l’huile.
Rousseau passait ses journées à dessiner en secret dans le pavillon administratif, pendant que ses collègues travaillaient dehors. C’est son ami Alfred Jarry, célèbre auteur d’Ubu roi, qui, le premier, l’appellera « le Douanier ». Le surnom restera, et avec lui, l’une des figures les plus singulières de l’histoire de la peinture.
2. La mort de la femme d’Henri Rousseau, une bascule décisive vers la peinture
Jusqu’en 1885, Henri Rousseau mène une double vie : employé municipal le jour, peintre autodidacte le soir. La mort de sa femme Clémence, couturière qu’il avait épousée jeune, marque un tournant radical. À 41 ans, il confie ses deux enfants à de la famille à Angers et se consacre entièrement à son art.
Dès 1886, il présente ses premières œuvres au Salon des Indépendants — une exposition sans jury, sans comité de sélection — dont un tableau intitulé Un soir de Carnaval, représentant Pierrot et Colombine de la commedia dell’arte, sur fond de nuit de pleine lune à l’orée d’un bois. En 1893, à 49 ans, il prend sa retraite de l’octroi et décide de vivre, coûte que coûte, de sa peinture.
3. Rousseau déploie tous les moyens pour vivre de son art… y compris la politique
Pour s’imposer comme peintre officiel, Rousseau tente de répondre aux appels à commandes publiques.

Il envoie au Salon des Indépendants de grands formats à caractère politique, comme Les représentants des puissances étrangères venant saluer la République, où l’on reconnaît le président Fallières entouré d’émissaires du monde entier, sous l’égide d’une Marianne en rouge. L’artiste essuie pourtant refus sur refus.
4. Henri Rousseau était aussi musicien
Fils de ferblantier, il fut obligé de suivre tout d’abord une autre carrière que celle où ses goûts artistiques l’appelaient. Henri Rousseau n’a pas pu achever ses études secondaires, mais à 16 ans, il a quand même décroché un prix de dessin et un prix de musique.
Plus tard dans sa vie, pour subsister, il enseigne le violon et donne des cours de dessin à l’Association Philotechnique. Il compose même une valse qu’il intitule Clémence, en hommage à son épouse disparue. Il écrit également des pièces de théâtre, dont La Vengeance d’une orpheline russe.
5. Henri Rousseau et l’improbable tentative d’arnaque à la Banque de France
Quand on a froid et faim, les tentations peuvent être grandes. C’est ainsi que Rousseau accepte de s’associer à un certain Louis Sauvaget, 28 ans, comptable et clarinettiste de son état, qui avait imaginé une arnaque aux chèques sans provision visant la Banque de France.
L’affaire tourne court : les deux complices sont arrêtés, incarcérés à la prison de la Santé, puis jugés en cour d’assises pour escroquerie aggravée. L’avocat de Rousseau plaide la naïveté et la crédulité de son client — et va jusqu’à présenter au jury une de ses toiles représentant de petits singes jonglant avec des oranges sur fond de jungle. L’argument fait mouche : Rousseau s’en tire avec du sursis et peut retourner à ses pinceaux.
6. Une mort précoce, une gloire posthume pour Rousseau
Henri Rousseau s’éteint en septembre 1910 à l’hôpital Necker, à l’âge de 66 ans, des suites d’une gangrène. Une fin discrète pour un homme qui, toute sa vie, avait essuyé les railleries de ses contemporains avec une sérénité que Guillaume Apollinaire interprétera ainsi : « Peu d’artistes ont été plus moqués durant leur vie que le Douanier, et peu d’hommes opposèrent un front plus calme aux railleries. Cette sérénité n’était que de l’orgueil. Le Douanier avait conscience de sa force. »
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Sa gloire viendra après sa mort : La Bohémienne endormie, peinte en 1897 et longtemps perdue de vue, est redécouverte dans les années 1920 chez un vendeur de charbon avant d’entrer au Museum of Modern Art de New York en 1939. Le MoMA lui consacrera la première exposition monographique internationale en 1942. André Malraux contribuera, lui, à faire entrer définitivement Rousseau dans la cohorte des grands artistes.
Franck Ferrand
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