Après le Palais idéal, le Facteur Cheval a patiemment construit son tombeau pendant 8 ans

Mario FOURMY/SIPA

De 1879 à 1912, un simple employé des postes, Ferdinand Cheval, construit tout seul à Hauterives, dans la Drôme, son « palais idéal ». Décidé à y reposer avec son épouse après sa mort, le refus des autorités ne l’empêchera pas de fabriquer son tombeau.

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Il existe au cœur de la Drôme, à Hauterives, un lieu pour les elfes comme sorti d’un conte presque hors du temps. C’est un palais sans âge, sans style bien défini, qui tient du palais oriental et du château médiéval, du temple hindou, du Chalet suisse, du tombeau en forêt. C’est une sorte d’encyclopédie pétrifiée, comme un monde qui nierait le temps, un ensemble insensé, composite, de fontaines, de grottes, de pierres, de coquillages et d’illustrations.

Portrait de Ferdinand Cheval / MARY EVANS/SIPA

Cet édifice de 26 mètres de long sur 12 de large, et autant de haut, est né non seulement de l’imagination, mais aussi de la patience, voire de l’acharnement d’un simple facteur de campagne, Joseph Ferdinand Cheval. Cette construction inhabitable est peuplée de tout un bestiaire assez incroyable : une pieuvre, une biche, un caïman, un éléphant, un pélican, un ours, des oiseaux. Mais il y a aussi des figures plus humaines, des géants tels que Jules César, Vercingétorix et Archimède, des fées, des personnages mythologiques et même Adam et Ève.

À droite de son palais idéal, le facteur Cheval construit un tombeau égyptien

Le décor emprunte à l’architecture un certain nombre de ses références : des cascades, des colonnes, des frontons qui ressemblent tantôt à des frontons indiens, tantôt à quelque chose de plus gréco-romain. Côté ouest, Cheval reproduit dans des niches une sorte de chalet suisse, la Maison Blanche, la Maison Carrée d’Alger, un château du Moyen Âge. Dans cet imaginaire à la fois naïf et totalement débridé, on trouve même une mosquée ouvrant sur la partie intérieure.

À droite de son palais, il construit un tombeau égyptien. Et il se dit qu’il pourra peut-être un jour être enterré là, avec son épouse. Il n’aura pas cette satisfaction : on va lui refuser cette autorisation.

« J’ai eu le bonheur d’avoir la santé pour achever ce tombeau », écrit Ferdinand Cheval

Cela ne l’empêche pas de se construire son propre tombeau. Inutile de vous dire que ce ne sera pas une simple pierre tombale.

Le tombeau du facteur Cheval / Wikimédia commons/Wikilug

 

Voici ce qu’il écrivait à ce sujet : « Après avoir terminé mon palais de rêve à l’âge de 77 ans et 33 ans de travail opiniâtre, je me suis trouvé encore assez courageux pour aller faire mon tombeau au cimetière de la paroisse. Là encore, j’ai travaillé 8 années d’un dur labeur et j’ai eu le bonheur d’avoir la santé pour achever ce tombeau appelé Le tombeau du silence et du repos sans fin. »

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Il sera achevé en 1922. Il était temps, puisque le facteur mourra le 19 août 1924.

Le Palais idéal a été classé Monument historique en 1969 par le ministre de la Culture André Malraux qui a déclaré : « qu’est ce que le palais idéal ? C’est le seul exemple en architecture d’art naïf. L’art naïf est un phénomène banal, connu de tous, mais qui n’a pas d’architecture. En un temps où l’art naïf est devenu une réalité considérable, il serait enfantin de ne pas le classer, quand c’est nous, Français, qui avons cette chance de la posséder, la seule architecture naïve du monde, et attendre qu’elle se détruise. »

Franck Ferrand

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