Antibiotiques : L’amoxicilline manque dans les pharmacies

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Les antibiotiques, si prisés par les Français, commencent à manquer dans les pharmacies. L’amoxicilline est victime de « fortes tensions d’approvisionnement », voire de « ruptures de stock », et cela pourrait durer jusqu’en mars 2023.

François Braun, le ministre de la Santé, table sur un retour à la normale dans « les semaines, les mois qui viennent »

L’amoxicilline, l’antibiotique le plus courant, est prescrit aux enfants pour lutter contre les infections bactériennes comme les otites et les pneumonies. Il devient de plus en plus difficile de le trouver, et ces tensions d’approvisionnement pourraient durer jusqu’en mars 2023, a annoncé l’Agence nationale de sécurité du médicament. Selon elle, les difficultés touchent particulièrement les « formes buvables » de l’amoxicilline, à savoir les poudres à diluer pour les enfants. Le ministre de la Santé, François Braun, a estimé que le retour à la normale était difficile à prévoir, s’avançant finalement sur « les semaines, les mois qui viennent ».

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A Dijon, dans la pharmacie de Pierre-Olivier Vario, cela fait 5 jours qu’il n’y a plus de sachets d’amoxicilline en poudre, c’est pourtant la forme buvable d’antibiotiques que l’on donne aux enfants. Or avec l’hiver, les infections comme les otites ou les pneumonies repartent en hausse : « la demande augmente. Concrètement, on demande aux patients de prendre des demi-cuillerées, mais parfois il faut voir avec le médecin pour changer d’antibiotique ». La production n’est pas là, explique-t-il, car il manque l’aluminium pour les sachets dans lesquels on met la poudre.

 

Près de 3 Français sur 4 pensent à tort que les antibiotiques sont efficaces contre la bronchiolite

Cette pénurie n’étonne pas l’économiste de la santé Frédéric Bizard, elle était même prévisible depuis des mois. En cause, la guerre en Ukraine et les conséquences sur le prix de l’énergie, mais aussi et surtout « l’ultra-concentration de la fabrication de la matière première en Chine » : « près de 90% des principes actifs [des antibiotiques] sont produits en Chine, et les machines sont encore sous tension en raison de la stratégie zéro Covid de Pékin ». Il constate la fragilité de la souveraineté sanitaire française « lorsqu’on ne contrôle pas la production des principes actifs ». Il plaide pour que la France et l’Europe travaillent à une relocalisation « dans un pays beaucoup plus proche » de la fabrication des médicaments les plus consommés, « au moins en partie ». Dans ce contexte, le mot d’ordre du gouvernement est de moins consommer d’antibiotiques. Encore près de 3 Français sur 4 pensent que les antibiotiques sont efficaces contre la bronchiolite ou toutes les angines. De nombreux médecins cèdent à la pression des parents et font de la surprescription d’antibiotiques.

Rémi Pfister

 

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