Radio Classique vous propose de revisiter les affinités des présidents successifs de la 5ème République avec la musique classique. Tous les chefs d’Etat français ont associé leur nom à une œuvre classique, à un compositeur ou à des interprètes.
De Gaulle, le chef de la France Libre n’écoutait pas de musique. Le général n’aimait pas l’opéra, il aimait la littérature et Debussy. Il disait d’ailleurs « On s’imagine que je n’écoute que de la musique militaire alors que j’aime la musique fluide de Debussy ! » Néanmoins, un chant est associé à la mythologie gaullienne et à la résistance. Un chant qui accompagna notamment Jean Moulin au Panthéon tandis qu’André Malraux prononçait devant un général mutique, l’éloge au chef de la résistance intérieur assassiné par l’occupant. Il s’agit du chant des partisans composé par Anna Marly et dont les paroles furent écrites bien après la composition en 1943 par Maurice Druon et Joseph Kessel, tous les trois réfugiés à Londres et qui servirent la France Libre.
Si le Général de Gaulle n’aimait pas franchement la musique classique il n’en n’est pas de même pour Georges Pompidou. On pourrait entrer dans la musique telle que l’aimait Georges Pompidou avec un poème de Paul Eluard, que le successeur de De Gaulle cite lors d’une célèbre conférence de presse à l’Elysée.
Valérie Giscard d’Estaing, musicien et mélomane
Georges Pompidou aimait la poésie, la musique des mots et la musique au point de demander à Boulez de créer l’Institut de Recherche et de Coordination sur l’Acoustique et la Musique (IRCAM) en 1979. Mais lorsque le centre est inauguré en 1977, Pompidou est mort depuis 3 ans. Boulez dirige ce jour là, une œuvre de sa composition intitulée Répons.
Valérie Giscard d’Estaing a appris le piano et l’accordéon en captivité pendant la guerre. Mais avant le classique, il y a dans la geste giscardienne, une chanson révolutionnaire qui marquera sa campagne victorieuse de 1974. Il s’agit du Chant du départ composé par Etienne Nicolas Mehul et que Valérie Giscard d’Estaing chante dans ses meetings, filmés notamment par le photographe Raymond Depardon qui intitulera son film: Une partie de campagne et non pas La Victoire en chantant comme le lui avait demandé le président.
Il était le seul président musicien et mélomane à la fois, ce qui le conduisit à faire réorchestre La Marseillaise de Rouget de Lisle pour lui donner un rythme un peu plus rapide et à la chanter sur un ton un peu plus décalé.
Bien après avoir été élu puis battu par François Mitterrand, Valérie Giscard d’Estaing sera invité à faire la liste de ses œuvres classiques préférées, parmi elles on y trouve : du Beethoven, du Ravel et du Chopin mais aussi du Schubert. Si comme de Gaulle, François Mitterrand préférait les livres à la musique, il inaugure en 1995 la Cité de la Musique. Au programme de cette inauguration, Les Indes galantes de Rameau dans lesquels on trouve Les Sauvages interprétées ce jour de 1995, par Les Arts Florissants sous la direction de William Christie. Il sera suivi du Chœur des forêts idéal pour mettre en musique la force tranquille. François Mitterrand fut tout de même le président qui marqua son septennat par la création de la Fête de la musique.
Jacques Chirac lui succèdera et confessera assez tardivement ses goûts en matière culturelle, il aimait la culture et la musique asiatique et certains disent qu’il appréciait Boulez. En revanche Jacques Chirac n’a jamais caché sa sympathie et son admiration pour Daniel Barenboim ainsi que l’engagement du chef pour la paix à la tête de son West-Eastern Divan Orchestra. C’est L’Hymne à la joie qu’interpréta cette formation dirigée par Barenboim en 2006. Un Hymne à la joie retenu également par François Mitterrand quand il visita le panthéon à son élection ainsi que par Emmanuel Macron le soir de son élection au Louvre.
Daniel Barenboim rendit d’ailleurs hommage à son ami Jacques Chirac à l’Eglise Saint-Sulpice lors du service solennel septembre 2019 en interprétant un impromptu de Schubert.
Nicolas Sarkozy quant à lui, était bien plus féru de variété que de musique classique. Néanmoins sa deuxième épouse, Cécilia Sarkozy – celle qui l’accompagna jusqu’à l’élection avant leur séparation – est la petite fille du compositeur espagnol Isaac Albeniz. L’occasion d’écouter cette suite espagnole Asturias dans sa version pour piano.
Nicolas Sarkozy, n’apprécie pas plus que cela la musique classique. Ceci dit, l’ancien président aime la chanson française comme Brassens ou Aznavour. C’est un peu le cas de François Hollande, pas non plus très porté sur la musique classique. Pourtant, il a reversé les recettes de son dernier livre, à l’orchestre Divertimento dirigé par Zahia Ziouani qui œuvre pour la démocratisation de la musique.
Emmanuel Macron : « Rossini occupe à mes yeux une place essentielle dans l’histoire de la musique »
Emmanuel Macron, tout comme Valérie Giscard d’Estaing, joue du piano et apprécie la musique classique. Mieux, il la revendique avec une prédilection pour Rossini, Bach et Schumann notamment. Emmanuel Macron disait au sujet de Rossini dans la revue Classique News alors qu’il n’était pas encore élu : « Rossini occupe à mes yeux une place essentielle dans l’histoire de la musique. Sa liberté, sa propre vie et son génie m’ont toujours impressionné. Il a sorti l’opéra de son carcan en offrant une liberté nouvelle à la voix. Il a créé un style irrésistible ».
Emmanuel Macron affectionne beaucoup L’Oiseau prophète de Schumann. Un titre tout trouvé pour qui voudrait se présenter à la présidence de la République, ou se représenter.
Puisque Noël approche, il me fallait diffuser cette séquence improbable de Valérie Giscard d’Estaing au piano en train d’ interpréter Sainte nuit. Un chant de noël célébrissime ou il est accompagné par un chanteur, un certain Claude François, à l’occasion de l’arbre de Noël de l’Elysée le 17 décembre 1975.
J’espère que cet article vous a rappelé des souvenirs car après tout, les présidences sont aussi des souvenirs qui nous rassemblent quand elles ne nous divisent pas.
David Abiker
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