De Gaulle est résolu à bâtir la force de frappe nucléaire française. Les Américains font leur possible pour l’en empêcher.
Un gigantesque panache de fumée et de sable s’élève au-dessus du Sahara algérien ce 13 février 1960, à 7h du matin. C’est un champignon atomique. Les ingénieurs du centre saharien d’expérimentation militaire français viennent de faire exploser la première bombe française, avec un nom de code qui est resté bien connu dans l’histoire, « gerboise bleue », en référence à ce petit rongeur du désert.
Dans le désert algérien, la France se considère comme chez elle. Elle y mène ses essais nucléaires sans précaution pour tout ce qui peut vivre dans cette zone, notamment les scientifiques, les militaires et les rares habitants. Il faudra encore plusieurs essais pour rendre opérationnelle cette bombe.
Charles de Gaulle a toujours voulu la bombe atomique
Immédiatement, depuis l’Élysée, le président envoie un télégramme aux équipes, signé Charles de Gaulle : « Hourra pour la France ». Et quelques jours plus tard, en métropole, les actualités cinématographiques annoncent : « seule, avec ses seuls moyens, la France a fabriqué sa bombe ». Vous voyez exactement sur quelle ligne on se situe d’emblée.
Pour être tout à fait honnête, il ne faudrait pas penser que le général de Gaulle soit le seul père de cette bombe atomique française. Mais il est vrai qu’il l’a toujours voulue. Si on remonte en 1945, il est à la tête du gouvernement provisoire. À l’époque, il lance le Commissariat à l’Energie Atomique, le fameux CEA, avec des moyens et des ingénieurs. Avant la guerre, les Français déjà étaient à la pointe dans ce domaine. Mais en 1940 et 1941, les ingénieurs sont partis pour Londres et pour beaucoup, pour les États-Unis.
Les Américains mettent au point la bombe A en premier, puisqu’ils bombardent Hiroshima et Nagasaki. Les Soviétiques tardent pas à leur emboîter le pas puisque ils sont prêts dès 1949 et les Britanniques le sont en 1952. La France, pour l’instant, est un peu à la traîne. Au CEA, personne encore ne pense et ne parle de la bombe, mais tout le monde y pense !
Paris veut une force de frappe française
En décembre 1954, Pierre Mendès-France organise une grande réunion et annonce la décision secrète de lancer les programmes de fabrication d’armes nucléaires et de sous-marins atomiques. Pour cette cause, il mobilise 600 millions de francs sans passer par le Parlement. Il créée les centres d’expérimentation pour traiter l’uranium, et fonde également des bases d’essais. On est parti dans un véritable programme atomique.
Certes, la France a signé le traité de l’Atlantique Nord, elle fait partie de l’OTAN et à l’époque, du commandement intégré, mais elle a aussi fait le choix d’une force de frappe française. Un choix extrêmement discret. Rien n’échappe évidemment aux services américains qui sont tout de suite au courant.
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Washington n’a pas l’intention de laisser la France aller au bout de son son projet et va lui proposer de lui fournir des ogives dans le cadre de l’OTAN avec un système de double clé. C’est-à-dire qu’il y aurait certes une bombe française, mais les Américains ont un droit de veto.
En 1957, le président du Conseil Félix Gaillard rejette la proposition que les États-Unis viennent de faire. Pour quelle raison ? N’oubliez pas qu’on sort à ce moment-là de la crise de Suez, ce moment incroyable où les Français et les Britanniques ont dû retirer leurs troupes d’Égypte sur injonction soviétiques et américaines. Les deux superpuissances atomiques ont fait savoir aux Anglais et aux Français qu’il était grand temps d’arrêter l’opération dans laquelle il s’était lancés avec les Israéliens. L’épisode a été vécu comme une énorme humiliation pour le commandement militaire français. En avril 1958, Félix Gaillard autorise le premier essai nucléaire français à l’horizon 1960. C’est donc cet essai qui a lieu dans le Sahara.
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