L’Affaire Sindona, banquier de la mafia et du Vatican, et agent de la CIA 

DOSSIER/SIPA

Qui était le banquier sicilien Michele Sindona, proche à la fois des milieux du Vatican et de Cosa Nostra ? Une affaire mêlant malversations financières, meurtres et empoisonnement au cyanure…

À la mi-novembre 1972 à Londres, dans le luxueux restaurant du Claridge, cinq hommes devisent sur les qualités respectives de plusieurs vins français et italiens. Ce sont 5 banquiers de la haute finance. Il y a là notamment James Cook, le directeur de la Banque d’Angleterre, un homme tout à fait impeccable avec sa pochette blanche et un banquier sicilien, Michele Sindona. C’est le patron d’une banque américaine, la Franklin Square national Bank.  

Il n’est d’ailleurs pas seulement le patron de cette banque américaine, il possède aussi la Banca Privata, filiale de la Banque Ambrosiano, et quelques autres dans des paradis fiscaux. Parmi les actionnaires de ses banques, figure l’Institut pour les Oeuvres de Religion, l’IOR, autant dire la banque du Vatican.  

« Je suis la mafia »

C’est lui, Sindona, qui a invité Cook, le directeur de la Banque d’Angleterre, avec un objectif : il a l’intention de se lancer sur le tout nouveau marché d’échange des euro-dollars. En un mot, ce sont tous les dollars échangés en dehors des États-Unis, ou presque tous. Un marché très lucratif qui n’a pas encore été réglementé à cette époque. Et c’est à la City que s’échangent l’essentiel des eurodollars. Pour y accéder, il faut donc montrer patte blanche.  

Voilà pourquoi un petit dîner au Claridge ne devrait pas faire de mal. Quand Sindona aborde ce sujet, son interlocuteur fait la sourde oreille et à la fin du repas, le Sicilien s’amuse à plier en origami une tiare qu’il dépose devant l’Anglais et il lui dit « Je suppose que vous voudriez savoir qui je suis ? » Cook l’écoute. « Eh bien, je suis la mafia », dit-il. Alors là, évidemment, ça crée un peu de de gêne. Silence. Le Sicilien finit par éclater de rire et tout le monde se détend. L’Anglais semble apprécier ce qu’il prend pour de l’ironie et quelques jours plus tard, la Franklin Bank obtient l’habilitation pour ouvrir une succursale à Londres, malgré ce qui doit être considéré comme une certaine réputation sulfureuse autour de notre Sicilien. Mais Sindona n’a pas bluffé, il a bel et bien des liens, et des liens importants, avec la mafia.  

Sidona place 450M de dollars dans des paradis fiscaux

Il a grandi dans le nord-est de la Sicile, en face des îles éoliennes. Son père était un fleuriste qui n’avait pas beaucoup d’argent, et pour cause, puisqu’il jouait aux cartes. Et le fiston qui a donc connu la pauvreté, les fins de mois plus que difficiles est à son tour devenu joueur de poker, excellent joueur même, qui sans vergogne a plumé tous ses camarades de fac de droit, à Messine, puis s’est spécialisé en droit fiscal, ça peut toujours servir.

Pendant la guerre, il a profité de l’arrivée des Américains au moment des des grands débarquements en 43 pour se livrer au commerce de citron, de poissons sur le marché noir, avec l’autorisation de la mafia. En 1946, il ouvre un cabinet de fiscalistes à Milan – capitale financière de l’Italie – et ses petites affaires fonctionnent déjà très bien.

A lire aussi

 

En parallèle, il rachète à bas coût des parts dans toutes sortes de sociétés, dans l’acier, l’alimentation, le cinéma, l’immobilier. Il va bientôt placer 450 millions de dollars d’actifs dans des paradis fiscaux, au Liechtenstein. En 1960, Sindona achète une première petite banque, cette fameuse Banca privata, puis une banque Suisse. Il met à ce moment-là un pied dans la haute finance. Et pour toutes ces acquisitions, il a très vite des capitaux à chaque fois qu’il en a besoin. Cela arrive comme ça en quelques jours.

Il faut dire qu’il est toujours très proche des Américains, notamment du parti républicain, parce que Sindona est un très virulent anticommuniste. Dans l’Italie de l’époque, ça prend un sens très particulier. Il finance par exemple un journal américain, le Roma Daily American, qui est financé directement par la CIA. Il s’illustre d’ailleurs par des articles contre les impôts, contre la régulation qui est en train d’étouffer l’Italie etc. Il est proche de la Cosa Nostra.  

Comment a-t-il pu devenir le banquier du Vatican ? Franck Ferrand vous le raconte :

 

Retrouvez Le meilleur de Franck Ferrand raconte