Surnommée « la Divina », Maria Callas demeure encore au XXIe siècle l’une des cantatrices les plus célèbres, à la fois par le timbre particulier de sa voix, son art du chant et sa vie amoureuse – une tragédie moderne. Voici l’histoire de sa rencontre avec Aristote Onassis.
La rencontre a eu lieu le 3 septembre 1957 à Venise, à l’amorce du Grand Canal, dans le célèbre hôtel Danieli. C’est lors d’un grand bal donné dans cet établissement que Maria Callas est présentée à Aristote Onassis.
Elle porte une robe du soir absolument somptueuse, composée d’un haut noir à fines bretelles et d’une jupe en satin à pois ; sa taille est prise dans une large ceinture blanche. Ses cheveux sont relevés en chignon, ornés d’un collier de grosses larmes d’émeraude. C’est absolument magnifique. Onassis pose sur elle un regard fiévreux. Il a 53 ans, dirige un empire commercial et financier absolument invraisemblable et a une très jeune épouse, Tina.
Maria Callas est subjuguée par la personnalité d’Onassis
Maria Callas a vingt ans de moins que lui et le monde à ses pieds ; à ses côtés, son vieux manager de mari Giovanni Battista Meneghini. Elle avouera avoir été, dès le début, subjuguée par la personnalité, le charme et le charisme d’Aristote Onassis. « Non seulement il était plein d’entrain, mais il était source de vie », dit-elle. Voilà peut-être ce qu’elle cherche, elle aussi, à travers des excès que certains peuvent lui reprocher.
Deux ans plus tard, la voilà qui embarque avec son mari sur le yacht Christina O (O pour Onassis) invitée par Aristote. D’emblée, Onassis va lui faire une grande parade amoureuse. Il lui fait la promesse de quitter sa femme. Maria, de son côté, ne supporte plus l’espèce de paternalisme pénible de Meneghini.

Dans la nuit du 6 au 7 août 1959, elle succombe au charme de cet homme qui, peut-être le premier, aura su la faire se sentir vraiment femme. Il faut dire qu’elle a tellement changé : Maria a sculpté la silhouette qu’on lui connaît désormais, rompant définitivement avec le caractère un peu ingrat du physique de son enfance et de sa jeunesse.
Onassis trouve ses cheveux un peu longs ? Qu’à cela ne tienne : Maria Callas les raccourcit
Onassis a-t-il senti la fragilité de celle qui vient de se donner à lui ? Ce conquérant invétéré n’a-t-il vu en elle qu’un énième défi, le plus extraordinaire à relever ? En tout cas, lorsqu’elle rejoint sa cabine ce matin-là, il est 6 h 30, et Meneghini comprend ce qui vient de se passer. Il comprend qu’évidemment, c’en est fini de lui, des contrats, et peut-être même de la scène.
Maria va se jeter dans l’amour avec cette fièvre dévorante de ceux qui, enfants, ont été privés de bien des choses. Elle qui avait été ce vilain petit canard, un peu corpulente, boutonneuse, myope, mal dégrossie, doit désormais rattraper le temps perdu. Elle a tout fait pour plaire au monde, et maintenant elle plaît à l’un des hommes les plus riches du monde. Il trouve ses cheveux un peu longs ? Qu’à cela ne tienne : elle les raccourcit. Il n’aime pas les lunettes ? Eh bien, elle va se convertir aux verres de contact.
« Je ne savais pas ce qu’était l’amour avant de rencontrer Onassis » confie Maria Callas
Publiquement, Maria annonce sa rupture avec son mari le mardi 8 septembre 1959. Vous voyez que cela ne traîne pas. Contrairement à ce qu’Onassis avait promis, lui essaie de garder auprès de lui son épouse légitime et ses enfants. Il tente de mettre un terme aux rumeurs sur leur liaison : « des contes à dormir debout », dit-il, « des inventions ridicules ». Maria, qui devrait être rebutée par ce genre de déclarations, fait en réalité la sourde oreille. Elle vit sa passion ; elle y est déjà, aveuglée d’une certaine manière.

« Avec Meneghini, ce n’était pas de l’amour, c’était de la gratitude », dit-elle à son amie, la soprano Giulietta Simionato. « Je ne savais pas ce qu’était l’amour avant de rencontrer Onassis. »
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Maria Callas va maintenant s’éloigner de la scène. Alors qu’elle est enceinte de l’homme qu’elle aime, elle met au monde un petit garçon le 30 mars 1960, à Milan, huit mois après s’être donnée pour la première fois à Onassis au cours de cette fameuse croisière sur le Christina. Hélas, l’enfant succombe quelques heures après sa naissance, des suites d’une insuffisance cardiaque.
On ne pourra pas dire que le destin de Maria Callas aura été facile. Cette femme a pris la vie à bras-le-corps, mais, de temps en temps, c’est extrêmement douloureux.
Franck Ferrand
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