César Franck n’a jamais vraiment trouvé sa place dans l’histoire de la musique. C’est un musicien sur lequel ont plané des légendes, un compositeur qui a été annexé par ses élèves, vilipendé par d’autres, et surtout largement ignoré d’un public qui n’avait d’yeux et d’oreilles que pour l’Opéra de Paris.
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Il y a sur César Franck beaucoup de fausses idées, des jugements à l’emporte-pièce et des partis pris. On s’est mépris sur son caractère, doux mais complexe et tourmenté, sur sa foi apparemment naïve qui était en vérité évangélique de la façon la plus noble qui soit. Certains ont voulu faire de lui un dévot conflictuel, allant jusqu’à lui donner le surnom de Pater Seraphicus.
Son physique n’arrange rien à l’affaire : un visage austère encadré d’épais favoris, vêtu toujours de noir, flanqué d’un parapluie sous le bras. Rien de commun avec un Liszt ou un Wagner. Mais cet homme secret, tourmenté et même sensuel, se révèle tout entier dans sa musique.
César Franck est soumis à un père autoritaire qui a des ambitions pour lui
C’est à Liège que naît César Franck, le 10 décembre 1822 au petit matin. Il reçoit des prénoms qui feront gloser plus tard : César, Auguste, Jean, Guillaume, Hubert. Le milieu est simple, aux origines mêlées, allemande, wallonne et hollandaise. En août 1820, le père avait épousé une jeune femme d’Aix-la-Chapelle. Le couple aura deux enfants : César, puis Joseph, né en 1825, qui sera lui aussi organiste.
Autant la mère est douce et pieuse, autant le père, Nicolas-Joseph, est un personnage à part : vaniteux, égoïste, assez tyrannique et avare. Nicolas-Joseph souffre de sa condition médiocre et entend bien accomplir à travers ses fils ce qu’il n’a pas pu réaliser lui-même. Ses enfants sont son faire-valoir, sa justification. Le transfert classique.
Il impose d’autorité le piano à l’aîné, le violon au cadet, et les oblige tous deux, sans ménagement, à des heures et des heures de travail. César entre au Conservatoire de Liège à 9 ans. Ses progrès sont rapides, grâce à une mémoire étonnante, une oreille très sûre, et la chance d’avoir de longs doigts effilés qui lui permettent de plaquer sans difficulté les plus larges accords. En 1834, son père parvient à le faire jouer devant le roi Léopold Ier. C’est une première étape. Nicolas-Joseph espère pour son fils la renommée des grands virtuoses de l’époque : Liszt, Paganini, Hummel, bientôt Chopin.
Paris, 1835 : Le père de César Franck veut l’imposer dans la capitale française
La Wallonie paraît trop étroite pour les grandes ambitions paternelles. Au début de 1835, Nicolas-Joseph débarque à Paris avec son fils, convaincu que la gloire de l’un rejaillira sur l’autre.
Hélas, le Conservatoire n’ouvre pas ses portes aux étrangers. Le Hongrois Liszt en a déjà fait les frais face au directeur de l’époque, l’inflexible Cherubini. Il faut donc demander la naturalisation française. En attendant, César est confié à deux excellents professeurs, chargés de cours au Conservatoire : Pierre Zimmermann et Antoine Reicha, qui jugent d’emblée l’enfant promis à un bel avenir. Une fois César naturalisé, on l’inscrit au Conservatoire en 1837.
César travaille de façon acharnée, consciencieux jusqu’à la minutie. Chaque année, il remporte les prix d’excellence, ce qui lui vaut une certaine réputation, lui ouvre de nouveaux horizons et la porte de certains salons. Le père, de son côté, s’improvise impresario : il force son fils à composer œuvre sur œuvre pour se produire en public. Naissent ainsi des fantaisies, des sonates, des variations sur des airs d’opéra, et même deux concertos pour piano.
Le père de César Franck l’oblige à donner des leçons et organise des tournées
Entre 1837 et 1844, l’histoire de César Franck se confond avec les décisions de son père. Nicolas-Joseph le pousse dans tous les salons des facteurs de piano, chez Pape, chez Érard, où César crée son Trio de salon, opus 1, dans des cercles privés. Il l’oblige à donner des leçons particulières de piano, d’harmonie, de contrepoint et de fugue au 43 de la rue Laffitte.
Il livre aux rédactions de revues de nombreuses annonces et comptes-rendus. Il organise des tournées en Belgique, en Allemagne. Cet homme est insatiable : une frustration profonde cherche en lui à s’épancher.
Il ira même jusqu’à retirer subitement ses fils du Conservatoire, estimant qu’ils y perdent leur temps. Ce qui aura de fâcheuses conséquences pour César : privé de la possibilité de concourir pour le prix de Rome, il verra sa nomination au poste de professeur au Conservatoire de Paris retardée de trente ans.
1846 : la rébellion de César Franck née d’une rencontre amoureuse
Ce fils totalement soumis aux volontés paternelles va pourtant se rebeller, et l’orage n’en sera que plus violent, tant tout s’était accumulé. Depuis des mois, Franck donne des leçons dans un pensionnat de la rue des Martyrs. Parmi ses élèves, l’une retient son attention : Eugénie-Félicité Saillot-Desmousseaux, fille d’acteurs de la Comédie-Française. Un amour naissant, qui inspire une tendre mélodie : L’Ange et l’Enfant, composée en 1846.
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Cet amour lui donne la force de s’opposer à son père. La dispute est violente. Le père déchire la partition. Cette fois, c’en est trop : César claque la porte, réécrit de mémoire la page qu’il venait de composer et quitte le logis paternel pour s’installer rue Blanche, tout près des Desmousseaux. C’est la rupture.
Pour obtenir celle qu’il aime, il devra néanmoins arracher le consentement de son père au terme de trois sommations, comme Robert Schumann et Clara avaient dû user du même procédé, car c’était la loi de l’époque. Le contrat est signé le 8 février 1848, et le 22 février, César Franck épouse Félicité à Notre-Dame-de-Lorette, dans leur quartier, au pied de la Nouvelle-Athènes.
Franck Ferrand
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