On connaît Chopin le compositeur, Chopin le pianiste, mais connaissez-vous le Chopin le professeur ? Si la réponse est non, installez-vous et échauffez-vous les doigts : le maître a deux ou trois petites choses à vous enseigner sur l’art de jouer du piano.
C’est à Paris, dans les années 1830, que Frédéric Chopin, en plus d’acquérir une notoriété publique dans les salons et salles de concert, se fait un nom en tant que professeur de piano – ce qui lui permet, par la même occasion, de réduire considérablement son activité de concertiste qui le mettait dans un état de stress absolu : « Je ne suis point propre à donner des concerts, moi que le public intimide, je me sens asphyxié par ces haleines précipités, paralysé par ces regards curieux, muet devant ces visages étrangers. »
Le secret de son enseignement ? Une méthode de travail grandement inspirée par le chant : pour Chopin il faut respirer, ponctuer, raconter avec ce que l’on a sous les doigts. Un jeu dont la brillance d’exécution doit être la plus naturelle possible, quitte à revenir sans cesse aux fondamentaux et à s’interroger sur ce qui fait l’essence même de la mélodie. Une musicalité dont la cheville ouvrière est le poignet, cette fameuse « respiration dans la voix » sans qui le souffle – et donc la musique – est impossible.
Les cours de piano constituent le principal revenu du Chopin
Fort de ses qualités de pédagogue, le nom de Chopin circule dans le Tout-Paris, si bien que les cours particuliers deviennent l’une de ses activités quotidiennes et qu’elles constituent son principal revenu. Dans Chopin vu par ses élèves, Jean-Jacques Eigeldinger nous livre un aperçu riche et documenté de sa routine lorsque Chopin endosse l’habit du professeur : « A raison de six mois par an, d’octobre-novembre à mai, il reçoit une moyenne de cinq élèves. Levé de bonne heure, le professeur consacre à son enseignement la matinée et la première moitié de l’après-midi – ou même au-delà. La durée de la leçon est en principe de trois quarts d’heure à une heure, durée parfois extensible à plusieurs heures consécutives, notamment le dimanche, pour tels élèves doués et aimés. »
A lire aussi
Quant au tarif appliqué, le romancier Camille Bourniquel indique que Chopin donnait des cours « au tarif le plus élevé, celui de Kalkbrenner, – éminent pianiste à qui Chopin doit en bonne partie son entrée dans la société musicale de Paris -, vingt francs-or par leçon. » Ce qui équivaudrait aujourd’hui… à 2 000 euros l’heure ! Mais ça, c’est si vous faisiez l’effort de vous rendre chez Chopin. Dans le cas où vous souhaiteriez le faire venir chez vous, le prix n’en serait que plus élevé ! « C’était 30 francs dans les cas où le Maître avait à se rendre à domicile » précise ainsi Jean-Jacques Eigeldinger.
Clément Serrano
Pour en savoir plus sur Chopin