En 1940, le maréchal Pétain est un symbole. Placé à la tête du régime de Vichy par l’occupant allemand, il s’endort plusieurs fois en public et oublie parfois où il se trouve. Avait-il toute sa tête ?
Le gouvernement de Vichy ne maîtrise pas grand chose. Il est complètement assujetti à l’occupant qui bloque tout ce qu’il souhaite dès que le régime tente de mettre en œuvre la moindre décision qui pourrait avoir un air un peu souverain.
En juin 1944, tout le monde ne parle que de ce sujet : le Débarquement serait imminent. Quand et où exactement ? C’est la grande question, mais on sait que les alliés vont débarquer. Les mois qui viennent vont être particulièrement compliqués.
Voilà ce que Pétain lui-même disait à la radio – on a tendance à penser qu’il lisait à peu près tout ce que lui tendait le cabinet à l’époque – : « Il se déroulerait donc une grande bataille entre deux partis opposés sur le sol de France. Vous pensez bien que cette idée me fait frémir d’épouvante parce que là, je n’ai pas mon mot à dire. Nous sommes obligés d’accepter que deux adversaires se battent sur notre sol. Vous voyez dans quel état peut être le pays ? Eh bien, je peux vous dire qu’il ne faut pas vous en préoccuper ou vous en mêler. Aucun Français ne doit être mêlé à ce conflit. Il faut rester bien tranquille, regarder les gens se battre et ne pas se mettre dans un parti ou dans un autre parce que vous subiriez des représailles épouvantables. Par conséquent, il s’agit d’être sage ».
Le maréchal s’endort pendant un repas avec les préfets
Voilà le message de Vichy. Mais les préfets savent très bien que dans la pratique, ils font face à des actes de résistance de plus en plus nombreux, de plus en plus audacieux. Les hommes de l’ombre multiplient toutes sortes de d’actions, conformément à ce qu’on leur demande de faire pour essayer de désorganiser l’occupant, éloigner les troupes de la Manche, simuler d’autres débarquements. Ça fait partie du plan général, et c’est la raison pour laquelle Pétain reçoit donc les préfets en ce début du mois de juin. Pierre Laval est évidemment en face de lui.
Ce jour-là, le maréchal est en civil. Tandis que les plats défilent sur la table, alors que les préfets évoquent l’un après l’autre la situation de leurs départements respectifs, Pétain sombre dans les bras de Morphée. On est à table au milieu du déjeuner, il est en train de s’endormir. C’est un peu gênant évidemment. Certains toussotent, d’autres se mettent à parler nettement plus fort pour essayer de le réveiller sans qu’on ait besoin de lui toucher les épaules. Un préfet témoignera qu’après quelques minutes, Pétain finit par se réveiller. Il a l’air hagard, un peu perdu. Il prend la parole, il dit, « les maquis ne me troublent guère, j’ai connu les mutineries de 17 qui étaient beaucoup plus graves. Le Français est vif, c’est comme ça, il a des ferments révolutionnaires dans le sang, mais on peut toujours le ramener à la raison ». Les préfets se regardent, un peu gênés, ils sont sidérés par cette situation.
Pétain confond deux villes
Quelques jours plus tôt déjà, le maréchal Pétain a commis une bévue. Il avait visité la ville d’Épinal, totalement meurtrie par des bombardements et l’après-midi, dans le train qui le conduisait à Dijon, il s’était assoupi. Sauf que se réveillant au moment où le train s’arrêtait dans la gare de la Cité des Ducs, il s’était cru encore à Épinal. Il avait oublié son voyage de la matinée et dans ses discours et les propos qu’il avait tenus aux gens qu’il rencontrait, il n’avait cessé de confondre les deux.
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Il ne savait plus s’il était à Epinal ou à Dijon et dans son entourage, on grimace, on lève les yeux au ciel, mais on ne peut pas faire grand chose. Deux ans après la fin du conflit, alors que Pétain se trouvera prisonnier à l’Île d’Yeu, les médecins qui le soigneront déclareront la démence. Mais la question qui se pose, c’est de savoir s’il était déjà sénile au moment où il assurait la responsabilité du régime de Vichy.
Franck Ferrand tente de répondre à cette interrogation :
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