BARENBOÏM Daniel – LA BIOGRAPHIE

1942-aujourd'hui Époque contemporaine

« Un musicien aussi doué que Barenboïm » , avait coutume de dire Isaac Stern, « on n’en trouve qu’un par demi-siècle ». Pianiste, chef d’orchestre, directeur d’opéra, professeur en master class, écrivain, il est aussi un artiste engagé pour la paix et la culture au Proche-Orient.

 

Barenboïm en 10 dates

1942 : naissance à Buenos-Aires

1952 : la famille s’installe en Israël

1960 : première intégrale des sonates de Beethoven

1967 : mariage avec la violoncelliste Jacqueline DuPré

1975 : directeur musical de l’Orchestre de Paris

1989 : directeur musical de l’Orchestre de Chicago

1992 : directeur du Staatsoper de Berlin

1999 : création du West Eastern Divan avec Edward Saïd

2006 : prix Ernest von Siemens

2012 : création de l’Académie Barenboïm-Saïd

 

Daniel Barenboïm possède quatre passeports : argentin, israélien, espagnol et palestinien

 

Né le 15 novembre 1942 à Buenos-Aires, Daniel Barenboïm est le fils unique de deux professeurs de piano aux origines juives de Russie. Le nom Barenboïm signifie « poirier » en yiddish. Comme il voyait défiler des élèves à la maison toute la journée, Daniel Barenboïm a été très surpris de découvrir un jour que certains enfants n’apprenaient pas à jouer du piano. Son père Enrique Barenboïm fut l’élève de Vincenzo Scaramuzza et l’unique professeur de son fils. Sa pédagogie tenait en quelques mots : faire en sorte que la musique soit la chose la plus naturelle du monde. Dany donna donc son premier concert à l’âge de sept ans. Daniel Barenboïm parle couramment cinq langues : espagnol, français, anglais, allemand, hébreu.

 

Il fait la connaissance de Martha Argerich, de Sergiu Celibidache et d’Igor Markevitch 

 

En 1952, les Barenboïm quittent l’Argentine pour s’installer en Israël. Durant l’été, l’enfant de dix ans se rend à Salzbourg où Igor Markevitch donne des cours de direction d’orchestre. Deux ans plus tard, il auditionne pour Wilhelm Furtwängler qui s’enthousiasme pour son talent et lui écrit une lettre de recommandation. Le jeune prodige prend aussi des leçons à Paris avec Nadia Boulanger et recueille les conseils d’Edwin Fischer. En Israël, la rencontre avec Arthur Rubinstein le marque à vie. Il l’initie à fumer le cigare et à boire le cognac (à onze ans !) Ils se retrouveront plus tard en Europe et enregistreront les cinq concertos de Beethoven. Invité à jouer chez Ernesto Rosenthal, un riche mécène, il fait connaissance de Martha Argerich, de Sergiu Celibidache et d’Igor Markevitch qui prédit au jeune pianiste un destin de chef d’orchestre.

 

Il se marie avec Jacqueline DuPré en 1967

 

À dix-sept ans, Daniel Barenboïm traverse un passage à vide. Il apprend les 32 sonates de Beethoven qu’il donne à Tel-Aviv puis en Amérique du sud. Il est repéré par le célèbre agent Sol Hurok qui le prend sous son aile. Il fait aussi la connaissance de Peter Diamand qui va lui ouvrir toutes les portes à Londres. L’English Chamber Orchestra, meilleure formation Mozart de l’époque, lui propose un contrat de leader musical. En 1965, il enregistre alors une intégrale des concertos de Mozart, dirigeant lui-même du clavier, qui fait date. L’année suivante, il fait la connaissance de la violoncelliste Jacqueline DuPré. Ils se marient en 1967 durant la Guerre des Six Jours en Israël. Ils enregistreront plusieurs disques dont les Sonates pour violoncelle et piano de Brahms et le Concerto pour violoncelle d’Elgar. Malheureusement, cette artiste de génie est atteinte d’une sclérose en plaques et doit interrompre sa carrière en 1972. Elle mourra en 1987.

 

Daniel Barenboïm participe à l’aventure de l’Opéra Bastille

 

À Londres, Daniel Barenboïm fait la connaissance du chef Otto Klemperer qui lui propose de jouer les cinq concertos de Beethoven sous sa direction. Il rencontre aussi Pierre Boulez avec lequel il noue une amitié indéfectible. De 1975 à 1989, Daniel Barenboïm devient le directeur musical de l’Orchestre de Paris. C’est son premier poste permanent et c’est le véritable envol d’une formation d’élite qui a dû subir le deuil de son fondateur Charles Munch et le passage éclair de Karajan et Solti. Les années Barenboïm à Paris sont à la fois brillantes sur le plan artistique mais peu probantes en ce qui concerne la sonorité de l’orchestre. Il réussit à convaincre Pierre Boulez de revenir en France et participe à l’aventure de l’Opéra Bastille avant d’être écarté par Pierre Bergé qui engage Myung-Whun Chung. C’est au tour de Daniel Barenboïm de se brouiller avec Paris. Il est aussitôt engagé par l’Orchestre de Chicago et succède à Georg Solti.

 

 

Daniel Barenboïm fait scandale en dirigeant Wagner à Jérusalem

 

Après ses années londoniennes, ses années parisiennes et ses années américaines, Daniel Barenboïm s’installe à Berlin avec sa famille. Très impliqué avec le Festival de Bayreuth depuis 1981, il a dirigé 161 représentations dont deux Ring. En 1989, après la chute du Mur de Berlin, le 12 novembre 1989, il joue et dirige Beethoven à la Philharmonie de Berlin lors d’un concert réservé aux Allemands de l’Est. L’année suivante, il dirige le tout premier concert de l’Orchestre philharmonique de Berlin à Tel Aviv. Et devient en 1992 le directeur musical du Staatsoper Unter den Linden à Berlin. C’est en 1999 à Weimar, la ville de Goethe, de Liszt et de Schiller, près du camp de Buchenwald que Daniel Barenboïm et son meilleur ami, l’intellectuel américano-palestinien Edward Saïd, créent un orchestre pour la paix au Proche-Orient. En 2001, il a été l’homme par qui le scandale arrive en dirigeant en bis le prélude de Tristan et Isolde de Wagner, lors d’une tournée de l’Orchestre de la Staatskapelle de Berlin à Jérusalem, alors que la musique de Wagner est toujours interdite sur le sol israélien.

 

Son grand projet : l’orchestre du West Eastern Divan

 

Chef honoraire à vie de l’Orchestre de Chicago, Daniel Barenboïm est devenu chef principal invité de la Scala de Milan puis directeur musical de la Scala en 2011. Le plus grand moment de ces années italiennes a été le Tristan et Isolde mis en scène par Patrice Chéreau, en 2007, projet auquel Barenboïm songeait depuis longtemps. Il a joué l’intégrale du Clavier bien tempéré de Bach (avec partition) dans plusieurs villes du monde et s’est également produit dans un cycle des 32 sonates de Beethoven en Europe. Sans oublier des master classes autour de Beethoven auxquelles a notamment participé un certain Lang Lang. Mais le grand projet de Barenboïm, c’est son orchestre de jeunes (13 à 26 ans) israélo-arabe qui n’est toujours pas autorisé à jouer en Israël mais qui a pu se produire à Ramallah en 2005 lors d’un concert historique. Après la mort d’Edward Saïd, Daniel Barenboïm poursuit cette utopie artistique et humaine avec sa veuve. La Fondation Barenboïm et la Fondation Barenboïm-Saïd ont vu le jour pour aider les musiciens du Proche-Orient. Un centre de musique est né à Ramallah et une université de musique pour trente étudiants du Levant a été créée à Berlin. En 2017, l’Académie Barenboïm-Saïd a obtenu une salle neuve baptisée Pierre-Boulez Saal. Daniel Barenboïm estime que ce projet, le plus important de sa vie, sera accompli une fois que l’Orchestre du West Eastern Divan aura joué dans tous les pays représentés par les nationalités des musiciens qui le composent.

 

Olivier Bellamy

 

 

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