BRAHMS Johannes – la biographie

1833-1897 Epoque Romantique

Brahms écrit pour le piano toute sa vie : concertos, Intermezzo, sonates. Il vient tard à la symphonie, mais garde intacte jusqu’à la fin sa passion pour les chœurs. Les dernières années voient éclore des chefs-d’œuvre de musique de chambre, dont les œuvres pour clarinette. Brahms a touché à tout, sauf à l’opéra. Ses contemporains ont voulu l’opposer à Wagner. Fasciné par Bach, il reste néanmoins, avant tout, un compositeur romantique.

 

Brahms en 10 dates :

  • 1833 : naissance à Hambourg
  • 1848 : premier récital dans une salle de concert
  • 1853 : rencontre Reményi, Joachim, Liszt, Clara et Robert Schumann
  • 1855 : s’intéresse à la musique “ancienne” (Bach, Haendel, Lassus, Palestrina)
  • 1863 : s’installe à Vienne
  • 1865 : mort de sa mère
  • 1872-1875 : dirige la Société des Amis de la Musique de Vienne
  • 1878 : rencontre Dvorák, qu’il soutiendra
  • 1891 : amitié avec le clarinettiste Mühlfeld, pour qui il écrit ses ultimes chefs-d’œuvre de musique de chambre
  • 1897 : mort à Vienne

 

Des Danses hongroises à sa rencontre avec Joseph Joachim, Brahms fait ses débuts musicaux à Hambourg

Brahms naît dans une famille modeste, où la musique tient un grand rôle. Son père contrebassiste joue dans les brasseries, et incite le petit Johannes à faire de même au piano dès l’âge de treize ans. Conscient des dons de son fils, il veille à le faire bénéficier d’un enseignement musical, à défaut de pouvoir lui donner une éducation plus érudite. Ses maîtres lui font étudier Mozart, Beethoven et, plus rare à l’époque, Bach. Brahms est prêt pour un premier récital très remarqué en 1848. Le voilà lancé. Les concerts se succèdent, notamment avec le violoniste hongrois Eduard Rémenyi qui lui fait découvrir la musique tzigane. Voilà la source d’inspiration des fameuses Danses hongroises, écrites pour quatre mains. Puis l’année 1853 est décisive. Brahms rencontre le violoniste virtuose Joseph Joachim qui devient un ami, un interprète fidèle de sa musique de chambre, et un précieux conseiller quant à l’écriture pour instrument à cordes. Brahms lui dédiera son Concerto pour violon (1878). La même année, il fait la connaissance de Liszt, et surtout de Schumann.

Brahms vers 1865

 

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Clara Schumann, le grand amour de Brahms, restera une amie jusqu’à la fin de sa vie

Brahms devient vite un intime du couple Schumann. Robert lui apporte un soutien efficace dans le monde musical. Il rédige un article dans La Nouvelle Gazette musicale, le journal qu’il a fondé à Leipzig. Il s’entremet auprès de l’éditeur Breitkopf & Härtel pour le faire éditer. Quelques mois plus tard, lorsqu’il est interné dans un hôpital psychiatrique, Brahms reste auprès de son épouse Clara dont il est tombé amoureux. Ils s’écrivent beaucoup et, petit à petit, se rapprochent. Schumann décède deux ans plus tard. Clara s’éloigne alors progressivement de Brahms. Ils continueront de s’écrire jusqu’à la mort de Clara, un an seulement avant que Brahms ne la suive dans la tombe. Elle aura été le grand amour de sa vie. De leur correspondance fournie il ne reste que quelques lettres, l’un comme l’autre ayant pris soin d’en détruire la plus grande partie. De quoi alimenter les suppositions les plus piquantes pendant des générations…

 


Clara Schumann

 

Haendel, Bach, Gabrieli ou Palestrina, les maîtres du passé sont remis à l’honneur

Brahms compose des œuvres pour piano (les Ballades op. 10, le Concerto n°1) mais s’essaye aussi à la musique de chambre avec notamment un premier Trio avec piano et le Sextuor à cordes n°1. Surtout, il se penche sur les maîtres du passé : Bach, mais aussi Lassus et Palestrina. Il acquiert ainsi une solide maîtrise du contrepoint. Aux Variations Goldberg répondent ses Variations sur un thème de Haendel. Son goût pour la musique chorale le pousse à créer à Hambourg un chœur de femmes amateur. Vienne lui propose alors la direction de la Singakademie. Il y programme des cantates de Bach, des pièces de Gabrieli et Schütz. Une initiative encore peu commune à l’époque.

 

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Un requiem, des chœurs et des lieder… mais pas d’opéra !

Après la mort de sa mère, Brahms écrit un Requiem Allemand. Il sélectionne lui-même des textes bibliques et choisit de les faire chanter en allemand, contrairement à la tradition de la Messe des morts en latin. Là encore il s’inscrit dans la filiation de Bach. Brahms aime la voix, qu’elle soit soliste ou en groupe. Il compose un recueil de lieder (Die Schöne Maguelonne), et divers chœurs. En revanche il ne s’aventure pas dans le domaine de l’opéra. Le lyrisme est pourtant bien présent dans ses œuvres (le 2ème mouvement du Double Concerto pour violon et violoncelle, les Intermezzi op. 117, nombre de pages de musique de chambre comme le Trio pour piano et cordes n°2 etc.). Mais la scène ne l’attire pas. Il laisse cela à Wagner.

 


« Wie lieblich sind Deine Wohnung » du Requiem Allemand (dir. H. Von Karajan)

 

Wagner contre Hanslick : Brahms se retrouve pris dans une grosse querelle esthétique

Une querelle oppose à l’époque les partisans de la « musique à programme » à ceux de la « musique pure » (celle qui ne cherche pas à signifier autre chose qu’elle-même). Les premiers soutiennent Liszt et Richard Strauss, dont les Poème symphoniques décrivent un élément extra-musical. Les fans de Wagner se rangent aussi dans ce camp, puisque les leitmotivs renseignent le spectateur. Hanslick, critique musical influent à Vienne, prend le contre-pied de cette modernité et réclame une musique qui ne soit « que » musicale. Pour incarner sa position, il choisit les œuvres de Brahms. Le compositeur se retrouve donc au centre d’une des plus grosses querelles esthétiques de la fin du XIXème siècle. La dispute porte aussi sur le renouvellement de la forme. A l’opposé du discours continu de l’opéra wagnérien ou du poème symphonique, Brahms reste attaché aux formes traditionnelles et ses symphonies comportent toutes quatre mouvements. De même, il conserve “l’orchestre par deux” (deux musiciens par pupitre pour chaque instrument de la famille des bois), alors que Wagner, Richard Strauss et Gustav Mahler ajoutent des timbres complémentaires, tels la clarinette basse ou le contrebasson.
Brahms ne crée sa Première Symphonie qu’en 1876 – l’année d’ouverture de Bayreuth – car l’ombre de Beethoven l’a longtemps intimidée. Le public est dérouté par les proportions massives de l’œuvre. La Deuxième symphonie est plus fine et aérée. La Troisième est aujourd’hui la plus appréciée des quatre, le public étant toujours conquis par la mélodie nostalgique de son mouvement lent. La dernière, enfin, se termine par une passacaille, comme un hommage à ses chers maîtres de la musique ancienne.


Richard Wagner

 

Piano et clarinette sont les principaux protagonistes de ses dernières œuvres

Durant les dernières années, Brahms délaisse l’orchestre. Le piano, grande constante de sa vie, demeure le moyen d’expression par excellence. En témoignent la grande poésie des Klavierstücke op.76 et des op. 116 à 119. Au bord du lac de Thun, en Suisse, il compose de nombreux chefs-d’œuvre de musique de chambre, comme la Sonate pour violoncelle et piano en Fa Majeur op.99 ou le Troisième Trio pour piano et cordes. Sa rencontre avec le clarinettiste Richard Mühlfeld, l’incite à écrire quelques-unes des plus belles pages de la musique romantique : le Trio avec violoncelle et piano, le Quintette pour clarinette et cordes, et les deux Sonates. Les Quatre Chants sérieux mettent un point final à sa production. Brahms meure à Vienne l’année suivante, en 1897.

 

 

Le Musikverein de Vienne a donné son nom à l’une de ses salles de concert

Lorsque Brahms s’est installé à Vienne en 1863, ses talents de pianiste et de compositeur ont vite été reconnus. Au fil du temps, il est devenu une personnalité importante dans le monde musical viennois, même s’il s’est souvent échappé de la capitale pour des concerts à l’étranger ou des villégiatures à la campagne. Il est nommé en 1872 à la direction de la Société Philharmonique de Vienne “l’Association des Amis de la Musique”, qui possède son propre bâtiment : le Musikverein. La Salle dorée accueille l’orchestre philharmonique, tandis que la Petite salle est dévolue à la musique de chambre et aux récitals. Clara Schumann y a donné un concert pour l’inauguration… à l’initiative de Brahms, bien-sûr. C’est donc tout naturellement que le Musikverein renomme la Petite salle “Salle Brahms” en 1937.

 

Sixtine de Gournay

 

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