MAHLER Gustav – biographie

(1860-1911) Epoque post-romantique

« Mon temps viendra », avait coutume de dire Mahler. Chef d’orchestre unanimement célébré, il n’eut pas la même chance avec ses œuvres jugées vulgaires. C’est le film Mort à Venise (1971) de Visconti qui marque le début de l’engouement pour ses symphonies.

 

Gustav Mahler en 10 dates :

  • 1860 : naissance à Kalistē (Bohème)
  • 1880 : débuts de chef d’orchestre
  • 1888 : composition de la Symphonie n° 1
  • 1897 : devient directeur de l’Opéra de Vienne
  • 1901 : épouse Alma Schindler
  • 1907 : mort de sa fille aînée
  • 1908 : première saison au Met de New York
  • 1910 : succès de la Symphonie n° 8 à Munich
  • 1911 : mort à Vienne
  • 1912 : création de la Symphonie n° 9 par Bruno Walter

 

« Je suis trois fois étranger sur la terre. Comme natif de Bohème en Autriche, comme Autrichien en Allemagne et comme Juif dans le monde entier. »

Gustav Mahler naît le 7 juillet 1860 à Kalistē, petit village de Bohème qui fait partie de l’empire d’Autriche. Il est le deuxième d’une famille juive de quatorze enfants dont sept sont morts, parmi lesquels l’aîné. Ses parents sont de modestes aubergistes. Un an après sa naissance, les Mahler s’installent à Iglau (Moravie). Ses dons musicaux sont vite détectés. La mort de son frère Ernest l’affecte gravement. En 1875, il entre au Conservatoire de Vienne. Julius Epstein est son professeur de piano. En 1879, il entre à l’Université où il se passionne pour la philosophie (Schopenhauer et Nietzsche en particulier). Il assiste à des conférences de Bruckner qui l’impressionnent. Il fait ses débuts de chef d’orchestre en dirigeant de l’opérette à Bad Hall. En 1881, il présente son Klagende Lied au Concours Beethoven de Vienne, mais la partition n’est pas retenue. Sa carrière de chef d’orchestre décolle. Il est engagé à Olomouc, puis Cassel, puis au théâtre allemand de Prague où ses Mozart et ses Wagner sont très remarqués. Il tente de devenir l’assistant de Hans von Bülow à Meiningen, mais travaille finalement au côté d’Arthur Nikisch à Leipzig en 1886 où il monte son premier Ring. Grand admirateur des opéras de Weber, il accepte de terminer l’opéra Die Drei Pintos. En rivalité constante avec Nikisch, il démissionne et devient chef principal à l’Opéra de Budapest en 1888.

 

Mahler dirige Don Giovanni à Budapest. Dans la salle, Brahms est enthousiaste et déclare qu’une telle qualité est impensable à Vienne.

La renommée de Mahler grandit en tant que chef d’orchestre. Mais ses méthodes dictatoriales lui valent de nombreux ennemis. À Budapest, il se heurte aux nationalistes magyars. L’année 1889 est marquée par la mort de ses parents et l’échec de sa Symphonie n° 1 « Titan » créée à Budapest sous les sifflets. Il ne cessera de la réviser jusqu’en 1896. En 1891, il est nommé premier chef à l’Opéra de Hambourg. Il élève le niveau musical à des sommets jamais atteints. À partir de 1894, il s’installe chaque été dans une « cabane à composer » à Steinbach, au bord du lac Attersee. Il y termine sa Symphonie n° 2 « Résurrection » et fait la connaissance de Bruno Walter qui est son assistant et va devenir son plus fervent disciple. Quand ce dernier vient lui rendre visite à Steinbach, il dit : « Inutile de regarder le paysage, j’ai tout mis dans ma 3e Symphonie. » Le suicide de son frère Otto l’atteint durement.

 

Grâce à Brahms et au critique Hanslick, Mahler est nommé à l’Opéra de Vienne en 1897. À 37 ans seulement ! Il y reste dix ans pendant lesquels les trois mois d’été sont réservés à la composition.

Pour être nommé à l’Opéra de Vienne, Mahler doit se convertir au catholicisme. Il s’exécute sans état d’âme, d’autant que la symbolique chrétienne l’a toujours plus intéressé que les rituels juifs et qu’il est agnostique. Il commence par Lohengrin le 11 mai 1897 et monte un Ring qui fait date. En 1898, il dirige aussi les concerts de l’Orchestre philharmonique de Vienne. Ses programmes sont contestés. On dit qu’il dirige les musiciens comme un dompteur des animaux. L’aventure symphonique cesse au bout de trois saisons. En 1901, il acquiert une nouvelle « cabane à composer » à Maiernigg au bord du lac de Wörthsee. C’est là qu’il écrira ses symphonies n° 5 à 8. En 1901, il rencontre Alma Schindler qui a dix-neuf ans de moins que lui. Elle est belle, talentueuse, vient d’une riche famille juive de Vienne, a eu une aventure avec Klimt et étudie la composition avec Zemlinski. Coup de foudre. Ils se marient en 1902. Ils auront deux filles, Maria et Anna.

En 1902, Mahler débute une collaboration avec le peintre et scénographe Alfred Roller. Une vingtaine de productions de légende voient le jour : Fidelio, Les Noces de Figaro… Il est autant adulé que détesté. Ses rapports avec l’administration sont exécrables. Il combat la routine et les traditions avec acharnement. Sa jeunesse, sa judéité, son caractère autoritaire et son génie sont autant de motifs de haine.

 

« Il ne peut y avoir deux compositeurs sous le même toit », dit Mahler à Alma qui doit renoncer à la composition.

En 1907, Gustav Mahler dirige à Vienne sa Symphonie n° 6 qu’il qualifie de « tragique » car elle se termine mal. « La seule Sixième malgré la Pastorale », dira Alban Berg. C’est un tournant Dans son œuvre et dans sa vie. « Il y décrit sa chute », dit Alma. En 1907, annus horribilis, sa fille aimée « Putzi » meurt de la scarlatine alors qu’il est dans la composition de ses Kindertotenlieder (Chants des enfants morts). Une violente campagne de presse le contraint à démissionner de l’Opéra de Vienne après dix saisons et 645 représentations. Et le docteur lui diagnostique une maladie de cœur.

Les Mahler s’installent à New York. Gustav est engagé au Metropolitan Opera. L’année suivante, il partage la saison avec Toscanini et dirige l’Orchestre philharmonique de New York. De retour à Vienne, il s’installe dans une troisième « cabane » à Toblach, dans les Dolomites, où il compose son Chant de la terre. C’est une symphonie avec soliste, mais il ne lui donne pas le numéro 9, par superstition, car Beethoven, Schubert et Bruckner ne sont pas allés au-delà de ce chiffre fatal.


« Von der Jugend » du Chant de la Terre (Jonas Kaufmann, dir. Claudio Abbado)

 

Frustrée d’avoir dû abandonner la musique et la peinture, Alma a une liaison avec l’architecte Walter Gropius en 1910. Effondré, Mahler consulte Freud.

Au cours de plusieurs conversations, Freud fait comprendre à Mahler qu’il souffre d’un complexe de la Vierge qui rend sa femme malheureuse. Cette consultation rassérène le compositeur qui tente de se corriger. Après une vie conjugale orageuse, le couple semble retrouver une certaine sérénité. Alors qu’il travaille à sa Symphonie n° 10, Gustav Mahler tombe malade le 21 février 1911. Il souffre d’une endocardite bactérienne. Il 8 avril, il quitte New York en bateau et dix jours plus tard il est soigné à Paris. Comme son état ne s’améliore pas, il rentre à Vienne. Le 11 mai, il a une pneumonie et sombre dans le coma. Le 18 mai, il rend son dernier soupir. Selon ses vœux, il est enterré à côté de sa fille Maria. Le 20 novembre, Bruno Walter crée Le Chant de la terre à Munich, ville où Mahler a connu le seul triomphe de sa carrière en dirigeant sa Symphonie n° 8 « Des Mille ». Plus tard, Walter signera un enregistrera de référence du Chant de la terre avec Kathleen Ferrier. L’année suivante, Bruno Walter crée la Symphonie n° 9 à Vienne. Seul l’Adagio de sa Symphonie n° 10 est achevé, mais toute l’œuvre est esquissée. Une version complétée par Derryck Cooke sera créée en 1960. Alma Mahler épousera Walter Gropius en 1915. Leur fille Manon (Mutzi) mourra en 1935 et inspirera à Berg son Concerto à la mémoire d’un ange.

Jugée durement par Debussy qui compare ses symphonies à une réclame pour Bibendum, l’œuvre de Mahler conquiert peu à peu son public. Bruno Walter, Otto Klemperer, Wilhelm Mengelberg la défendent ardemment. Puis ce sera au tour de Leonard Bernstein, Bernard Haitink, Mariss Jansons… Après avoir dit que son langage était en retard sur Wagner, Boulez enregistre une intégrale de ses symphonies. Le film Mort à Venise de Visconti met Mahler à la mode. Ainsi qu’il l’avait prédit, son temps est venu. La biographie en trois volumes de Henry Louis de la Grange (1979-84) consacre définitivement le génie de Mahler alors que ses œuvres entrent au répertoire de tous les grands orchestres du monde.

 

Olivier Bellamy

 

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