Schubert Franz – La biographie

(1797-1828) Epoque Romantique

Schubert a tout du mythe de l’artiste romantique : génie précoce, mort prématurée, manque d’argent, mélancolie. On a souvent voulu voir en lui un être incompris et malheureux. C’est oublier le soutien indéfectible de ses amis et l’atmosphère joyeuse des “Schubertiades”. Né et mort dans la très musicale ville de Vienne, Schubert a écrit pour tous les genres sauf le concerto, et excelle particulièrement dans le lied, les pages pour piano et la musique de chambre.

 

Schubert en 10 dates :

1797 : Naissance à Vienne

1808 : admis comme chanteur à la Chapelle de la Cour impériale de Vienne

1814 : lied « Marguerite au rouet »

1815 : lied « Le Roi des aulnes »

1818 : devient professeur de musique des enfants du Comte Esterházy

1822 : Symphonie n°8 “inachevée”

1823 : cycle de lieder La Belle Meunière

1824 : Quatuor à cordes “La Jeune fille et la Mort”, Sonate “Arpegggione”

1827 : Cycle de lieder Le Voyage d’hiver, Impromptus pour piano, Trio avec piano n°2

1828 : grand concert public de ses oeuvres,
est élu au directoire de la Société des Amis de la musique de Vienne,
Sonates pour piano D. 958, D.959, D.960, Quintette à 2 violoncelles, cycle de lieder Le Chant du cygne,
mort à Vienne

 

Schubert naît à Vienne, dans une famille mélomane mais hostile à la profession de musicien : “Tu seras instituteur, mon fils” !

Son père veut en faire un maître d’école, comme lui. Schubert se plie d’abord à la volonté paternelle avant de se rebeller et prendre définitivement son indépendance en 1818. Néanmoins, si la famille voit d’un mauvais œil la profession de musicien, elle n’est pas hostile à la musique. Bien au contraire. Les premiers essais de quatuors, composés vers quatorze ans, sont joués dans le cercle familial. Les dons de Schubert ont aussi été encouragés car les revenus de la famille sont modestes, et la musique peut être une porte d’entrée pour se faire payer ses études. Schubert se voit donc admis à onze ans à la Chapelle de la Cour impériale. Son expérience concrète de la musique religieuse se retrouvera plus tard dans ses messes. Il étudie également avec Salieri, alors Directeur de la musique à la cour de Vienne. Schubert, en s’obstinant à être musicien, se brouille avec son père. Quant à sa fiancée, elle rompt leur engagement, inquiète du peu de perspectives du compositeur. Schubert donne des leçons de piano, mais très souvent ce sont ses amis qui le prennent en charge.

 

 

Le quintette “La Truite” traduit la joyeuse atmosphère des réunions amicales restées sous le nom de “Schubertiades”

Timide et d’un physique peu gracieux, Schubert n’en est pas moins attachant. Ses amis le surnomment affectueusement “Schwämmerl” (“champignon” ou “petite éponge”), en raison aussi bien de sa petite taille que de sa grande sensibilité. Schubert n’est pas un pragmatique et sa gestion de l’argent est plus qu’aléatoire. Il mène une vie de bohème. La générosité de ses amis lui est bien souvent nécessaire pour s’en sortir. Mais chacun reconnaît son talent, et il se retrouve vite l’emblème de réunions amicales où on joue de la musique tout en refaisant le monde – en prenant garde néanmoins de ne pas se faire repérer par la police politique de Metternich. Le compositeur tient le piano et chante aussi parfois lors de ces “Schubertiades”. On retrouve ce climat joyeux dans le Quintette pour piano et cordes “La Truite” de 1819. Sans doute certaines de ses innombrables danses pour piano, à deux ou quatre mains, ont-elles également été écrites dans ce contexte. Mais Schubert peut aussi en avoir composé pour ses élèves, ou tout simplement dans l’espoir d’être édité. En ce début du XIXème siècle, la musique est un passe-temps répandu dans les salons bourgeois et certains journaux publient même quelques feuillets de musique. On joue à quatre mains, on chante et on se rassemble en quatuor à cordes, en famille ou entre amis. Mais les amateurs ne sont pas les seuls à reconnaître le génie de Schubert. Le chanteur Vogel se fait le champion de ses lieder.

 

Schubert écrit plus de 600 lieder, parmi lesquels Erlkönig, l’un de ses premiers chefs-d’œuvre

Parmi sa foisonnante production, le lied est le plus représenté : Schubert écrit plus de 600 lieder ! Aucun compositeur ne peut se vanter d’en avoir fait autant. Il choisit des poètes variés, mais avec une prédilection marquée pour certains. Goethe, notamment, lui inspire très tôt des chefs-d’œuvre : Gretchen am Spinnrade (Marguerite au rouet) en 1814 et Erlkönig (Le Roi des aulnes) l’année suivante. Schubert tente aussi l’expérience de l’opéra, dans un style à mi-chemin entre celui de son maître Salieri et celui de Weber. Les Frères jumeaux est représenté en 1820 au Theater an der Wien, sans grand succès, et Alfonso et Estrella ne sera créé qu’en 1854. Schubert ne semble pas très à l’aise dans la “grande forme”. Le lied, avec son esthétique de tableau, lui convient mieux. La scène n’est pas le domaine du timide Schubert. Pas d’ostentation. Sa musique est toujours intime.

 

Le piano et la musique de chambre sont des lieux d’épanchement privilégiés pour ce grand timide

Avec Schubert, la musique est poésie même sans texte. Certes, il réutilise parfois des thèmes de lieder dans des pièces instrumentales. Le sens du texte de l’un colore alors la musique de l’autre. C’est le cas par exemple du deuxième mouvement du Quatuor à cordes n°14 “La Jeune fille et la Mort”. Mais la musique se passe aussi très bien de toute référence textuelle. L’instrument se fait alors poète pour exprimer la sensibilité du compositeur. Plus que la symphonie, la musique de chambre et les pièces pour piano s’y prêtent particulièrement. Question d’intimité, sans doute. Dans ses dernières sonates pour piano, Schubert se livrent. Complètement. Les pièces brèves rassemblées en recueil, comme les Impromptus ou les Moments musicaux, sont aussi des tête-à-tête privilégiés avec lui. Schubert n’est pas l’inventeur de cette forme pianistique. Son ami Vorisek, ou Beethoven avec ses Bagatelles, l’ont exploré avant lui. Mais Schubert la porte à un degré de perfection qui inspirera ensuite les compositeurs romantiques comme Mendelssohn, Chopin et Schumann.

 

 

Le wanderer romantique évoque bien Schubert, car il reste au fond un grand mélancolique

Romantique aussi est la figure du Wanderer, que Schubert semble incarner en musique. Le “voyageur errant” (en allemand, le verbe “wandern” signifie voyager à pied) ne se sent jamais bien là où il est. Tel est le sens du poème Der Unglücklische de Schimdt von Lübeck, que Schubert met en musique en 1816 sous le titre Der Wanderer. Il en reprend le thème musical dans sa Wanderer Fantaisie quelques années plus tard, en 1822. Cette année-là, Schubert écrit un texte poétique mêlé d’éléments biographiques, tout à fait éclairant pour comprendre la sensibilité schubertienne : “Mein Traum” (Mon rêve). “Les frères étaient gais, mais j’étais triste”, dit-il. Les premières atteintes de la syphilis ne suffisent pas à expliquer cette profonde mélancolie. Malgré l’amitié chaleureuse dont l’entourent ses amis, Schubert se sent très seul. Solitude et errance seront précisément les thèmes du Voyage d’hiver, vaste cycle de lieder composés sur des poèmes de Wilhelm Müller un an avant sa mort. Les pas du wanderer en train de marcher et la “sensucht” (mélancolie) sont aussi très perceptibles dans la musique de chambre, notamment le mouvement lent du Trio avec piano n°2.

 

 

Le quatuor “La Jeune fille et la Mort” sonne comme un présage d’une vie fauchée trop tôt, alors que se dessinent les premiers signes du succès

En 1822, Schubert est tellement bouleversé qu’il n’arrive pas à finir plusieurs de ses œuvres. Son style évolue, il cherche autre chose. Est-ce exprès qu’il ne compose que deux mouvements pour la Symphonie n°8 ? Cela vaudra en tout cas à cette œuvre le surnom “d’Inachevée”. Dans ses lieder, Schubert se tourne vers des poètes pessimistes comme Heine. La grande faucheuse semble de plus en plus rôder autour de lui, à l’image de son Quatuor à cordes “La Jeune fille et la Mort” composé en 1824. En 1827, Beethoven décède. Schubert en est très affecté et veut absolument participer au cortège funèbre. Lorsqu’il disparaît à son tour un an plus tard, il est enterré à côté de lui comme il le souhaitait. Ce n’est finalement pas la syphilis qui aura eu raison de lui mais la fièvre typhoïde, alors qu’il commence à se faire connaître. Les éditeurs lui achètent ses sonates pour piano à un bon prix, il est élu au directoire de la Société des amis de la musique – association viennoise influente, fondée en 1812 et devenue depuis le Musikverein, dont il est devenu membre en 1821 – et un concert entièrement consacré à ses œuvres est organisé en 1828 avec succès. Quel tournant aurait pris sa carrière s’il avait vécu plus longtemps ? Quels autres chefs-d’œuvre nous aurait-il laissés ?

 

Sixtine de Gournay

 

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