CHOPIN Frédéric – La biographie

1810-1849 Epoque Romantique

Le nom de Chopin vient tout de suite à l’esprit quand on pense au piano, mais aussi au Paris de l’époque romantique. Sa liaison avec George Sand, sa rivalité musicale avec Liszt mise en scène par les facteurs de piano Pleyel et Erard, sa mort prématurée de la tuberculose à 39 ans, ont forgé sa légende. Sa double sépulture, à Paris et en Pologne, reflète son attachement à sa terre natale comme à son pays d’adoption.

 

Frédéric Chopin en 10 dates

  • 1810 : naît à Żelazowa Wola
  • 1829 : quitte la Pologne pour une tournée européenne. Il ne reverra jamais son pays.
  • 1831 : arrive à Paris
  • 1832 : 1er concert dans les salons Pleyel.
    Rencontre Rossini et Kalkbrenner.
    Se lie d’amitié avec Liszt.
  • 1835 : rencontre Schumann et Mendelsshon à Leipzig.
    Renoue avec la famille Wodziński à Dresde.
  • 1836 : se fiance avec Maria Wodzińska.
    Rencontre George Sand à Paris.
  • 1838 : début de sa liaison avec George Sand
  • 1847 : rompt avec George Sand
  • 1848 : derniers concerts à Londres et à Paris
  • 1849 : meurt à Paris

Chopin grandit en Pologne, dans une famille d’ascendance française

Chopin naît en 1810 à Żelazowa Wola près de Varsovie, dans un milieu très cultivé. Son père, d’origine française, est précepteur dans une famille de la noblesse polonaise. Sa mère joue du piano et lui donne ses premières leçons avant qu’il n’entre au conservatoire de Varsovie. Chopin restera toujours très marqué par cette éducation raffinée, héritée des codes du XVIIIème siècle. Elle lui vaudra d’être bien accueilli plus tard dans les salons parisiens de l’aristocratie – comme celui du comte Rodolphe Apponyi, ambassadeur d’Autriche à Paris de 1826 à 1849 et grand admirateur des œuvres de Chopin. Reconnu à Varsovie comme l’un des meilleurs pianistes de la ville, Chopin part en 1828 pour une tournée de concerts en Europe. C’est un passage obligé pour qui veut se faire connaître. Tout pianiste-compositeur est d’abord à l’époque un soliste, qui doit faire preuve de virtuosité. Le genre le mieux qualifié pour cela est évidemment le concerto. Chopin en écrit deux, puis délaissera le genre dès qu’il pourra abandonner les concerts publics.

 

 

Après l’insurrection de Varsovie en 1830, il choisit l’exil

Depuis la fin du XVIIIème siècle, la Pologne a vu la Russie, la Prusse et l’Autriche se partager son territoire par trois accords successifs entre 1772 et 1795. La révolte gronde et en 1830 les Polonais se rebellent. Mais l’insurrection de Varsovie est écrasée par l’armée russe. Les insurgés se voient contraints à l’exil. Chopin est très affecté par les événements et traduit ses sentiments en musique dans l’Etude op.10 n°12 dite “révolutionnaire”. Très lié avec le milieu insurgé, craint-il d’être inquiété s’il retourne en Pologne? Toujours est-il qu’il s’installe à Paris et ne fait pas renouveler son passeport. Il ne reverra donc jamais sa terre natale, contrairement à son condisciple du conservatoire de Varsovie Stanisław Moniuszko. Si la profonde mélancolie des œuvres de Chopin correspond au zal typiquement polonais –sorte de mélange de nostalgie et de rêve – la douleur de l’exil n’y est sans doute pas étrangère non plus. Lorsque le mal du pays se fait trop fort, Chopin se réfugie dans les salons de l’aristocratie polonaise.

 

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A Paris, les mazurkas de Chopin apportent une consolation à ses compatriotes

Beaucoup d’émigrés polonais ont trouvé refuge à Paris. Ainsi Adam Czartoryski, condamné à l’exil pour avoir été président du gouvernement provisoire de Pologne en 1830, s’installe sur l’île Saint-Louis dans le magnifique hôtel Lambert. Avec sa bibliothèque et ses diverses sociétés littéraires et d’entraide, cet hôtel particulier devient vite un véritable foyer de la cause polonaise. Czartoryski y donne concerts et réceptions, auxquels se pressent Lamartine, Delacroix et Balzac. Chopin est un familier des lieux. Ses Mazurkas et ses Polonaises y chantent la nostalgie du pays natal.
Parmi les autres admirateurs polonais de Chopin figure Delphine Potocka. Chopin la rencontre à Vienne en 1830 et entretient une correspondance avec elle toute sa vie. Elle le présente à de nombreuses familles parisiennes ou exilées polonaises, lui procurant ainsi des élèves. Les relations de Chopin avec la bonne société ne sont pas uniquement d’ordre mondain : il faut bien vivre !

 

Bibliothèque de l’hôtel Lambert, sur l’Ile Saint-Louis à Paris

 

Les pianos Pleyel font de Chopin l’égérie de leur marque

Lorsque Chopin arrive à Paris en 1831, il rend visite au pianiste Kalkbrenner et sollicite ses conseils. Il a beau détester son jeu et le style de ses œuvres, Kalkbrenner est influent et Chopin a besoin d’être introduit. Ainsi c’est par son intermédiaire qu’il va rencontrer le facteur de piano Camille Pleyel. Un concert public est organisé en février 1832 dans les salons de la marque : c’est un succès, Chopin est lancé. Les salons mondains se l’arrachent, les maisons d’édition le réclament. Chopin gardera toujours une profonde amitié pour Camille Pleyel, aussi bien pour l’homme que pour le facteur de piano. Si Liszt aime les pianos Erard, au son brillant et qui porte loin – idéal dans une salle de concert – Chopin préfère les instruments de Pleyel, au son plus moelleux bien que plus exigent. « Quand je joue sur un piano d’Erard, j’y trouve facilement un son tout fait. Mais quand je me sens assez fort pour trouver mon propre son à moi, il me faut un piano Pleyel ». Les deux fabriquants tirent parti de cette opposition de goût, en se prévalant chacun de « leur » pianiste devenu égérie. Chopin n’aime pas l’exercice du concert public, au programme déterminé à l’avance, et cesse rapidement de jouer dans les grandes salles. Il préfère se mettre au piano dans les salons, de manière informelle, en choisissant sur le moment et selon son humeur les pièces qu’il va jouer – ou improviser. Chaque fois, l’auditoire est sous le charme des infinies nuances qu’il parvient à tirer d’un clavier. Schumann et Mendelssohn, rencontrés à Leipzig en 1835, admirent son toucher.

 

 

Une « Valse de l’adieu » pour un amour perdu

De passage à Dresde cette même année 1835, Chopin renoue avec les frères Wodziński, que ses parents hébergeaient lorsqu’il habitait à Varsovie et qui ont dû eux aussi s’exiler. Il tombe sous le charme de leur sœur de seize ans, Maria. On parle de fiançailles, mais la jeune fille rompt leur engagement quelques temps plus tard. Est-ce la jeunesse de leur fille, le peu de stabilité financière qu’offre la carrière du compositeur, ou les premiers signes de la tuberculose, qui pousse les parents à la faire se rétracter ? Chopin regroupe les lettres de son amour perdu dans une enveloppe sur laquelle il écrit « Moja bieda » (mon malheur). Il les conservera toute sa vie. La Valse op.69 n°1, surnommée “valse de l’adieu” et écrite pour Maria, ne sera publiée qu’après sa mort…

un piano de la maison Pleyel

 

Sa liaison avec George Sand n’aurait jamais eu lieu sans l’intervention de Liszt

Entre-temps, Chopin s’est lié d’amitié avec Liszt et sa compagne Marie d’Agoult. Ils lui présentent la baronne Dudevant, née Aurore Dupin de Francueil, plus connue sous son nom de plume : George Sand. Cette rencontre fin 1836 est glaciale. Chopin trouve George Sand profondément antipathique. Pourtant, avec le temps, leur relation évolue et une liaison démarre à l’été 1838. Ils partent à Majorque, en espérant que le climat sera favorable à la santé fragile du compositeur. Peine perdue ! Le temps pluvieux n’est guère favorable aux promenades… mais inspire de belles pages au pianiste, dont le Prélude op.28 n°15 dit « la goutte d’eau ».

George Sand, peinte par Delacroix

 

Le quartier romantique de la Nouvelle Athènes abrite leur amour et leurs amis

De retour à Paris, les amants s’installent dans le quartier de la Nouvelle Athènes, récemment construit et très prisé des artistes. Le couple reçoit beaucoup. Delacroix, Berlioz, Liszt et Marie d’Agoult, Eugène Sue, la chanteuse Pauline Viardot défilent square d’Orléans. Le peintre Ary Scheffer vient en voisin depuis la rue Chaptal – sa maison est aujourd’hui le Musée de la Vie romantique. Le violoncelliste Auguste Franchomme est lui aussi un habitué. On lui doit l’une des rares œuvres de musique de chambre de Chopin : la Sonate pour violoncelle et piano. L’été le couple réside à Nohant, dans la propriété familiale de George Sand, et bien-sûr leurs amis viennent leur y rendre visite. Les deux enfants de la romancière, Maurice et Solange, vivent avec eux.

 

Compositeur admiré, Chopin est aussi un professeur de piano très réputé

Le train de vie du couple se révèle assez onéreux. Puisque Chopin ne veut pas donner de concert, il doit trouver un autre moyen de gagner de l’argent pour ne pas dépendre entièrement de George Sand. Il fait éditer ses œuvres, mais ses subsides proviennent surtout des leçons particulières. Chopin est un professeur réputé. On vient parfois de loin pour travailler avec lui. Ainsi Thomas Tellefsen arrive de Norvège… mais devra patienter deux ans et demi avant de recevoir l’enseignement du maître ! Chopin insiste sur l’importance du doigté, qui peut changer totalement le son d’un doigt à l’autre. Il veille à libérer l’élève de toute raideur pour lui permettre un beau legato. Il enseigne l’art du rubato. Il recommande d’analyser les œuvres afin de les comprendre et ainsi de mieux les interpréter. Car il déteste les effets purement virtuoses et l’affectation mièvre. Lorsque Chopin apprécie un élève, il lui dédicace parfois une œuvre comme le Nocturne n°13 (op. 48 n°1) dédié à Laure Duperré, l’une de ses élèves préférées. Chopin envisage d’écrire une nouvelle méthode de piano mais ne laisse finalement que des esquisses, chargeant Tellefsen de la rédiger. Malheureusement le disciple ne tient pas sa promesse et cette nouvelle méthode ne voit pas le jour.

 

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Marche funèbre entre le Père Lachaise et Varsovie

La tension monte entre Chopin et George Sand. Les relations houleuses entre la romancière et sa fille Solange n’y sont sans doute pas pour rien, Chopin prenant souvent parti pour cette dernière. En 1847, ils se séparent. Chopin se retrouve alors dans une situation financière difficile. Sa santé se détériore. Il accepte une tournée en Angleterre et un dernier concert à Paris – à nouveau dans les salons Pleyel. Il en sort épuisé. Delphine Potocka, l’amie de toujours, accourt à son chevet. Il meurt en 1849. Même si certains chercheurs avancent aujourd’hui que Chopin pourrait avoir succombé de la mucoviscidose, le diagnostic de la tuberculose posé à l’époque reste le plus probable. Les funérailles de Chopin ont lieu à la Madeleine, au son de la fameuse « Marche funèbre » de sa Deuxième Sonate pour piano. Conformément à son vœu, son corps est enterré au cimetière du Père Lachaise à Paris tandis que son cœur est disposé dans l’église Sainte-Croix à Varsovie.
Chopin, compositeur polonais ou français ? Il a passé la moitié de sa vie dans chaque pays. Il s’est parfaitement intégré à la vie parisienne de l’époque. Pourtant, au fond de lui, il n’a jamais cessé de penser à sa chère Pologne. Sa musique nous transporte. Comme disait son ami le marquis de Custine, Chopin « joue de l’âme ».

 

Sixtine de Gournay

 

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