Franz Schubert, un génie mélancolique qui savait aussi être un bon vivant !

MARY EVANS/SIPA

Il serait facile de voir en Schubert l’archétype du compositeur romantique : un être triste et solitaire, dont le génie mélancolique scrute avec inquiétude le temps qui passe, prêt à voir surgir à chaque instant l’ombre de la Mort qui guetterait à son chevet. C’est oublier toutefois le Schubert bon vivant, le fervent ami et faiseur de rencontres. Bref, le Schubert de la belle époque : celui des schubertiades !

Mais de quoi parle-t-on ? De soirées entre amis organisées autour de la personne et de l’œuvre de Franz Schubert. Composés essentiellement de nobles, de musiciens, de poètes, de peintres et de dramaturges, on pouvait entendre au cours de ces rassemblements toutes sortes de compositions :  des lieder, des valses, des trios pour piano et des œuvres à quatre mains. « […]la lecture, la déclamation, la poésie venaient s’ajouter à la danse et au chant » peut-on lire dans la biographie d’Agathe Audley (1871).

Participer aux Schubertiades, c’est aussi évoluer dans un univers de franche camaraderie : l’on y rie, l’on y boit – une habitude qui tournait généralement à l’addiction chez Schubert – et l’on y fume.

Franz Schubert, avec ses soirées, fait parler de lui

Josef Huber, un schubertien de la première heure, témoigne de l’atmosphère qui pouvait y régner dans une lettre adressée à sa femme en 1821 : « Vendredi dernier je me suis bien amusé […]. Franz Schubert y a chanté, en s’accompagnant lui-même, une quantité de lieder magnifiques jusque vers dix heures du soir, ensuite nous bûmes le punch offert par quelqu’un du cercle, qui était excellent et abondant. […] Ce n’est qu’à trois heures du matin que nous nous sommes séparés. Tu peux bien penser à quel point, après tant d’années de plaisir, ce me fut agréable de me trouver au milieu de tant d’hommes aussi spirituels, ce qui rehaussera encore le souvenir de mes années d’études. »

Les schubertiades sont aussi l’occasion pour le compositeur de faire parler de lui en assurant à ses créations une écoute de premier choix. Le compositeur, alors âgé de 24 ans au moment des premières soirées, avait déjà accouché de quelques grandes œuvres : la Symphonie n° 5 D. 485, le Quintette en la majeur D. 667 « La Truite », sans oublier son célèbre lied, Le Roi des Aulnes op. 1 D. 328. Jouer ses propres œuvres aux schubertiades était pour lui une manière de rester à la page aux yeux de l’élite viennoise, et ce, jusqu’à sa mort, en 1828.

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Encore aujourd’hui, le terme de « schubertiades » est fréquemment utilisé dans le monde de la musique, que ce soit pour désigner des récitals de piano dédiés exclusivement à l’œuvre de Schubert, des festivals de musique autrichiens comme les Schubertiades de Schwarzenberg, ou récemment pour une application permettant d’organiser … des concerts dans des lieux privés !

Clément Serrano

 

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