Natalie Dessay

Seul « caprice » de cette anti-diva : enlever le « h » de son prénom, discret hommage à son actrice préférée étant enfant, Natalie Wood. Ce sont d’abord la danse et la comédie qui l’attirent, mais quand elle joue un lutin fredonnant un air de La Flûte enchantée dans L’Amour peintre de Molière, on lui conseille des cours de chant qu’elle suit aussitôt au Conservatoire de Bordeaux (où elle a grandi, après être née à Lyon), puis à l’Ecole de chant de l’Opéra de Paris. Dès 1990, elle est lauréate du Concours international organisé à Vienne en prélude au bicentenaire de la mort de Mozart. Sa carrière commence par des rôles légers, Zerbinetta dans Ariane à Naxos de Richard Strauss par exemple, et un premier triomphe à l’Opéra Bastille avec Les Contes d’Hoffman de Jacques Offenbach mis en scène par Roman Polanski, où elle joue à ravir la poupée Olympia.

En 1993, elle intègre durant un an la troupe de l’Opéra de Vienne. L’année suivante, elle est prête à aborder la Reine de la nuit au Festival d’Aix-en-Provence, lors d’une Flûte enchantée dirigée par William Christie : « deux airs, deux numéros de voltige » où le timbre justement aérien de Natalie Dessay lui assure une notoriété immédiate… au point d’être constamment sollicitée pour ce rôle, même quand elle aura davantage envie de jouer Pamina, plus humaine. Invitée dans les autres temples de l’art lyrique, elle incarne des personnages de plus en plus variés dans des opéras de Haendel, Delibes (Lakmé) ou Donizetti (Lucie de Lammermoor avec Alagna, en français). Son insatiable curiosité l’amène à aborder la musique de toutes périodes, jusqu’au XXe siècle (Le Rossignol de Stravinsky comme les Carmina Burana de Carl Orff). Semblable ouverture d’esprit lui permet de s’adapter aux mises en scène les plus inventives, de Robert Carsen ou Laurent Pelly. Elle se rapproche peu à peu d’héroïnes plus tragiques, notamment Ophélie (Hamlet, d’Ambroise Thomas) dès 1996 à Genève. Même si des problèmes de santé aux cordes vocales la retiennent quelque temps, les rôles s’enchaînent, entre Lucia (en italien), La sonnambula de Bellini, ou Roméo et Juliette (Gounod). En 2007, elle aborde avec un humour irrésistible Marie dans La Fille du régiment de Donizetti, aux côtés de Flórez, reprend Manon de Massenet avec Villazón à Barcelone et Lucia pour l’ouverture de la saison du « Met », où sa diffusion sur écran géant déchaîne l’enthousiasme. Suivent en 2009 Pelléas et Mélisande à Vienne, La Traviata à Santa Fe et La Bohème (Musetta) à Paris ! En dépit d’incessants projets – Cleopatra dans Giulio Cesare de Haendel au Palais Garnier, sous la direction de son amie Emmanuelle Haïm – elle a volontiers chanté des airs de Michel Legrand en compagnie du compositeur au Festival Radio Classique 2010.

Francis Drésel, directeur de la programmation musicale de Radio Classique