MASSENET Jules – LA BIOGRAPHIE

(1842-1912) Epoque postromantique

Prodigieuse décennie que celle de Jules Massenet de 1884 à 1894 avec ses trois chefs d’œuvre lyriques : Manon, Werther, et Thaïs. Mais en réalité toute sa carrière fut une réussite assez exceptionnelle, depuis le conservatoire et le prix de Rome jusqu’à Cendrillon et finalement Roma, son ultime opéra auquel il assista à Monte Carlo peu avant sa mort.

 

Massenet en 10 dates :

1842 : Naissance près de Saint Étienne

1863 : Prix de Rome

1866 : Mariage avec Ninon de Gressy

1877 : Le Roi de Lahore (création à l’Opéra de Paris)

1878 : Professeur de composition au conservatoire

1884 : Manon (création à Paris)

1892 : Werther (création à Vienne)

1894 : Thaïs (création à Paris)

1899 : Cendrillon (création à Paris)

1912 : Mort à Paris

 

Une formation musicale au plus haut niveau

Douzième et dernier enfant d’une famille aisée, Jules commence le piano avec sa mère puis est reçu à onze ans au conservatoire de Paris, où il obtient le premier prix de piano et devient l’élève d’Ambroise Thomas en classe de composition et d’harmonie. Il remporte le prix de Rome et part à la Villa Médicis.

 

Les prémices d’une belle carrière

Rentré à Paris et marié à une élève de Liszt, il reçoit une commande en tant que lauréat du prix de Rome et crée sa première œuvre lyrique La Grand’Tante à l’Opéra Comique, un lever de rideau en un acte, qui reçoit un bon accueil critique. En 1872 Don César de Bazan est également représenté à l’Opéra comique avec les chanteurs futurs créateurs de Carmen, trois ans plus tard. Ami de Bizet, Massenet compose un Lamento pour ses obsèques.

 

Le Roi de Lahore, premier triomphe parisien

Ce grand opéra sur un thème exotique (une histoire d’amour et de jalousie dans un royaume indien) est une réussite tant théâtrale que musicale, applaudie par le Tout Paris qui se presse à l’Opéra Garnier. Gounod lui-même vient embrasser son jeune confrère.

L’année suivante (1878) il est nommé professeur de composition au conservatoire et le restera près de vingt ans, ayant pour élèves de brillants artistes dont plusieurs auront le prix de Rome.

 

Manon, un triomphe public durable

Après Hérodiade, refusé par l’Opéra et créé à Bruxelles, Massenet prépare avec le librettiste Henri Meilhac Manon d’après le roman de l’abbé Prévost. La création à l’Opéra Comique en janvier 1884 est un grand succès public et le restera longtemps, non seulement à Paris mais dans tous les grands opéras du monde.

Le compositeur enchaîne aussitôt sur Le Cid qui triomphe à l’Opéra l’année suivante mais sans connaître ensuite la carrière de Manon.

 

 

Werther et Thaïs 

Contrairement à la plupart des autres opéras composés assez rapidement, Werther a été longtemps mûri et ne sera monté qu’en 1892 et en allemand à Vienne. Le succès est au rendez-vous et l’Opéra Comique le reprendra l’année suivante. Le personnage central, héros romantique par excellence, créé par Goethe un siècle plus tôt, exige un ténor charismatique, face à une Charlotte hésitante et réservée.

Thaïs, dont on connait le célèbre interlude pour violon et orchestre, suit deux ans plus tard à l’Opéra de Paris, sur un livret de Louis Gallet, déjà auteur du Roi de Lahore, d’après Anatole France, avec la soprano Sybil Sanderson, qui triomphe alors dans Manon. L’accueil n’est pas tout de suite formidable et Massenet procède à plusieurs modifications. L’air au début de l’acte II « Ah! Je suis seule » est un sommet de l’art lyrique, l’orchestre et la voix étant en parfait équilibre, parole et musique à égalité, l’inquiétude de Thaïs trouvant dans les contrastes de son chant l’expression exacte de ses émotions. Et le dialogue avec Athanaël annonçe très clairement le Pelléas et Mélisande de Debussy.

 

Une Cendrillon pour finir le siècle en beauté

L’Opéra Comique et son nouveau directeur, Albert Carré, s’emparent d’un projet d’adaptation du conte de Perrault déjà bien avancé par Massenet et la création a lieu en mai 1899 puis reprise en Europe et aux Etats-Unis. Encore et toujours le succès !

 

Les dernières années restent aussi actives jusqu’à la mort du compositeur

De 1900 à 1912 Massenet continue de composer encore une dizaine d’œuvres lyriques (Griselidis, Ariane, Thérèse, Don Quichotte, Panurge, Roma…), qui n’ont pas la force de ses chefs d’œuvre précédents, mais sont encore donnés avec succès à Paris et à Monte Carlo. Il meurt à Paris en août 1912 quelques mois après la création de Roma.

 

Une postérité glorieuse mais pas toujours assumée par ses successeurs

Massenet a non seulement réussi presque tous ses opéras et connu le succès public, mais il a été aussi très aimé et respecté de ses amis et collègues, dans le milieu musical comme dans le milieu littéraire, qu’il a beaucoup fréquentés, notamment dans le salon de Madeleine Lemaire, qui inspira à Marcel Proust le personnage de madame Verdurin.

Les témoignages sont nombreux après sa mort, de Reynaldo Hahn à Gabriel Fauré.

Puccini et Debussy lui doivent beaucoup, même si ce dernier lui reprochait trop de facilité, trop de succès et d’être un obsédé de « l’âme féminine ».

 

Après la seconde guerre mondiale, Massenet n’est plus guère programmé, à part Manon.

Il réapparaît dans les années soixante-dix d’abord aux Etats-Unis (Chicago, Nouvelle-Orléans, San Francisco, New York) puis en Europe (Vérone, Monte Carlo, Paris enfin), grâce à des interprètes comme Beverly Sills, Alfredo Kraus ou plus récemment (1997) Renée Fleming, parfaite Thaïs. En 2019 l’Opéra Comique a redonné Manon avec Patricia Petibon, aussi juste comédienne que brillante chanteuse. Traversant sa courte vie dans une sorte de rêve halluciné, incrédule face à la laideur du monde, Manon est un rôle délicat, dont la créatrice, Marie Heilbronn, avait été ainsi appréciée par un critique de l’époque : « Son talent de comédienne a une rare souplesse ; elle est excellente musicienne et son organe sympathique se prête aussi bien à exprimer les sentiments de l’âme qu’à rendre les finesses de l’esprit. » (Félix Jahyer)

 

Philippe Hussenot