BIZET Georges – biographie

(1838-1875) Epoque Romantique

Tout le monde connaît les vies brèves de Mozart, Schubert, Chopin ou Bellini. Mais on oublie souvent que Georges Bizet, le compositeur de Carmen est mort à trente six ans. Enfant précoce, il réussit tous les concours de piano et de composition, compose sa Première symphonie à dix sept ans et ses premiers opéras à vingt ans. Mais le succès ne sera pas toujours au rendez-vous, et le destin voudra que son chef d’œuvre Carmen soit créé quelques semaines seulement avant sa mort.

 

George Bizet en 10 dates :

  • 1838 : Naissance à Paris
  • 1851 : Premier prix de piano au Conservatoire de Paris
  • 1855 : Première symphonie (composition)
  • 1857 : Prix de Rome et départ pour l’Italie
  • 1863 : Les Pêcheurs de Perles (création à Paris)
  • 1867 : La Jolie Fille de Perth (création à Paris)
  • 1868 : Cycle de mélodies et Symphonie Roma (composition)
  • 1869 : Mariage avec Geneviève Halévy, fille du compositeur Fromental Halévy
  • 1872 : Djamileh (opéra) et L’Arlésienne (musique de scène)
  • 1875 : Création de Carmen, Mort à Bougival

 

Avec une mère pianiste et un père professeur de chant, Bizet grandit entouré de musique

Fils unique d’un couple de musiciens, il est aussi le neveu d’un spécialiste de Gluck. Le petit Georges montre très tôt des dons pour le piano et entre au Conservatoire de Paris à neuf ans ! Il y fait une scolarité complète et accumule les prix. À dix neuf ans, après avoir déjà composé une Symphonie en ut, il remporte le prix de Rome et part à la Villa Médicis.
Contrairement à Berlioz qui l’avait précédé vingt cinq ans plus tôt, Bizet est heureux à Rome. Il  profite de ses trois années italiennes pour se sentir « devenir artiste » et trouver sa voie dans l’opéra-bouffe. Il compose notamment Don Procopio, une farce légère qui ressemble au Don Pasquale de Donizetti, que l’Académie de Rome accueille chaleureusement.

 

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Les Pêcheurs de Perles lui valent la reconnaissance de ses pairs

Rentré à Paris, il se consacre à des projets d’œuvres lyriques. La création des Pêcheurs de Perles au Théâtre Lyrique (le Châtelet) est un succès. Berlioz lui consacre un article très favorable dans Le Journal des débats, ce qui l’encourage à composer d’autres opéras comme La Jolie Fille de Perth, qui sera créée en 1867. Il compose aussi des œuvres pour piano et la Symphonie Roma qui est créée en 1869 sous le titre Souvenirs de Rome. C’est l’année où il se marie avec Geneviève Halévy, vingt ans, fille de son ancien professeur de composition. Ils auront un fils Jacques en 1871.

 

La guerre de 1870 le voit s’engager dans la Garde nationale

La correspondance de Bizet sur le début de la guerre est sans ambiguïté : il est atterré par les premières défaites et la facilité avec laquelle manœuvre l’armée prussienne. « Pauvre pays ! Pauvre armée ! Gouvernés et dirigés par une incapacité désormais notoire ! ». Il s’engage dans la Garde nationale : « Je commence demain à 7 heures mes exercices militaires, nos fusils pèsent quatorze livres, c’est lourd pour des musiciens ! » Après la proclamation de la République, il reprend espoir et soutient Gambetta. Mais la capitulation de janvier 1871 puis le départ à Versailles de la nouvelle Assemblée nationale, qui désarme la Garde nationale, déclenchent la Commune et ses massacres. Bizet est toujours à Paris et rêve d’un gouvernement « purement artistique » avec une « Garde nationale remplacée par un immense orchestre » ! Il croit à l’ordre républicain et condamne les émeutiers. Il va même se mettre à la disposition du gouvernement, mais il ne voit aucun officier et ne reçoit aucun ordre. Il continue néanmoins son service dans la Garde nationale malgré les critiques de sa belle-famille, anti-républicaine. Finalement, face au désastre parisien, il décide de quitter la ville et s’installe au Vésinet avec son épouse, dans un état d’esprit très pessimiste, envisageant de s’expatrier pour pouvoir reprendre son activité musicale. Il rentre cependant à Paris en juin et reprend espoir.

 

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Carmen, l’opéra le plus connu du monde, a pourtant été un échec à sa création

Après ces événements dramatiques, qu’il a donc vécus de très près, Bizet se remet au travail et reçoit des commandes. L’Opéra Comique devient son principal commanditaire, et crée Djamileh qui n’est pas un grand succès. Carmen n’en sera pas un non plus lors de sa création en mars 1875. Le livret est écrit par Meilhac et Halévy (ce dernier étant cousin de l’épouse de Bizet), les librettistes d’Offenbach. Le choix de la nouvelle de Prosper Merimée revient à Bizet, qui suscite l’effroi du directeur de l’Opéra Comique anticipant un accueil hostile du public. Le sujet est sulfureux et la mort de l’héroïne n’est guère dans l’esprit des œuvres jouées à l’Opéra Comique. Le travail de composition commence dès 1873 et représente plus de mille pages de partition. Les répétitions avec les musiciens et les chanteurs s’avèrent difficiles. Bizet est épuisé et le scandale qui accueille la création ne l’aide pas à se rétablir. Lors d’une représentation, il est victime d’une attaque et décède dans sa maison de Bougival le 3 Juin 1875. Ainsi s’achève prématurément la vie d’un compositeur d’opéras qui, s’il avait vécu aussi longtemps que Verdi, aurait été sans doute son égal.


La Séguedille de Carmen (Béatrice Uria-Monzon)
 

La postérité de Bizet est presque entièrement accaparée par Carmen

Le succès international de cet opéra depuis un siècle et demi est assez unique. Dès octobre 1875 Carmen triomphe à Vienne. Des artistes aussi variés que Nietzsche, Wagner ou Tchaïkovski ne tarissent pas d’éloge. Toutes les capitales d’Europe les unes après les autres et même New York applaudissent Carmen et Paris sera finalement la dernière à retrouver l’enthousiasme en 1883, avant d’installer définitivement au répertoire cet opéra mythique. Les mezzo-sopranos sont innombrables qui brillent dans le rôle de la cigarière, de la créatrice et proche amie de Bizet, Célestine Galli-Marié, à Jane Rhodes, Teresa Berganza, Béatrice Uria-Monzon ou Elina Garança. Et les barytons ne sont pas en reste pour briller dans le rôle du toréador Escamillo, et les ténors dans celui de Don José.
Tout le monde connaît au moins un air de Carmen, bien au-delà du public habituel des théâtres lyriques. Récemment des metteurs en scène ont cherché à innover, au point de changer même la fin tragique, mais l’oeuvre est si forte qu’elle résistera encore longtemps aux tentatives iconoclastes.

 

Philippe Hussenot

 

 

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