Carmen de Bizet et le cinéma : l’amour fou ?

MARY EVANS/SIPA

Librement adapté de la nouvelle de Prosper Mérimée, l’opéra Carmen de Georges Bizet est une œuvre qui a tout pour plaire sur grand écran : de la passion, de la violence, des coups de théâtre et des scènes d’anthologie. C’est aussi le portrait d’une femme complexe et résolument moderne, partisane d’un amour que n’aurait pas renié un certain Gainsbourg façon « Je t’aime moi non plus » …  Retour sur cinq nuances de Carmen au pays du septième art.

Carmen (1915), de Cecil B. DeMille, un film muet

Commençons par Carmen de Cecil B. DeMille, futur réalisateur de grandes fresques historiques et de péplums tels que Les Dix Commandements, Les Croisades et Les Tuniques écarlates. Une question de droit l’aurait toutefois empêché d’adapter l’œuvre de Bizet, devant se rabattre sur la nouvelle de Prosper Mérimée. Ce qui ne l’a pas empêché de faire appel à une soprano de renom, Geraldine Farrar, pour incarner la ténébreuse andalouse de ce film… muet !

 

 

Carmen Jones (1954), d’Otto Preminger, un récit sur fond de Seconde Guerre mondiale

Exit les rues de Séville et la tauromachie, place à la Floride et aux GI avec cette version musical tournée en cinémascope !  On parle ici d’une adaptation d’adaptation : celle d’une comédie musicale écrite par le dramaturge américain Oscar Hammerstein II (Oklahoma !, South Pacific), elle-même inspirée de l’œuvre de Bizet.

L’histoire d’une ouvrière afro-américaine nommée Carmen Jones, qui, à la suite d’une rixe sur son lieu de travail, se voit contrainte d’être livrée aux autorités par un jeune caporal, le soldat Joe. Commence alors entre nos deux héros le récit d’une histoire sans lendemain, sur fond de Seconde Guerre mondiale.

Carmen Jones, de Preminger avec Harry Belafonte

Si la bande originale reprend les airs les plus connus de l’opéra, elle fait l’objet de quelques réarrangements propres aux musicals de Broadway ainsi que des partis pris scénaristiques qui n’ont visiblement pas plu aux descendants des librettistes de Bizet, Meihac et Halévy, le film ayant été interdit en France à sa sortie. En tête d’affiche, Dorothy Dandridge, accompagnée du chanteur Harry Belafonte dans le rôle de Joe.

 

Prénom Carmen (1983), de Jean-Luc Godard : une héroïne politiquement engagée

C’est un film où il y a beaucoup de musique, mais pas beaucoup de Bizet. Une Carmen politiquement engagée mais toujours passionnée. Un Don José devenu Joseph et gendarme mais toujours épris d’amour. Un duo d’amour et de haine qui, à défaut de se conclure par un coup de poignard, se termine en duel… Tel est le programme de cet « oiseau rebelle » signé Jean-Luc Godard !

Les amateurs de musique classique pourront toutefois se consoler avec la bande son du film, composée essentiellement de quatuors de Beethoven – et interprétée face caméra par le Quatuor Prat !

 

Carmen (1984), de Francesco Rosi, la plus fidèle adaptation

Sans doute l’adaptation la plus fidèle de Carmen portée sur grand écran, proposant un cadre et une intrigue respectueux de l’œuvre originale ainsi qu’une distribution exclusivement lyrique : Julia Migenes dans le rôle de Carmen, Placido Domingo dans celui de Don José et Ruggero Raimondi dans le rôle du Toréador, Escamillo.

Carmen défend sa dignité et sa liberté

Pour son réalisateur, cette version de Carmen se veut être le récit d’« une femme moderne qui défend sa dignité, sa liberté. Une femme universelle qui n’a pas d’âge. » Un film en costumes réussi qui obtiendra plusieurs récompenses en Italie dont le Prix David di Donatello du meilleur film et du meilleur réalisateur.

 

Carmen (2022) de Benjamin Millepied, une variation moderne et dansante

Carmen, une immigrante mexicaine, est sauvée in extremis à la frontière par Aidan, un jeune vétéran de l’armée américaine. Activement recherché par la police, le couple en cavale trouve refuge dans un cabaret de Los Angeles où le temps semble s’être arrêté… Pour son premier film, Benjamin Millepied livre ici une variation moderne et dansante de la figure de Carmen, à mi-chemin entre le road trip et le western contemplatif. Point de musique de Bizet à l’horizon, mais une bande originale signée Nicholas Britell.

Les passionnés pourront également découvrir le Carmen de Raoul Walsh (1915), le Carmen revient au pays de Keisuke Kinoshita (1951) ou bien encore le Carmen de Carlos Saura (1984)…

Clément Serrano

 

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