Giuseppe Verdi – la biographie

(1813-1901) Epoque Romantique

Verdi, avec plus de vingt-cinq opéras dont La Traviata et Aïda, a connu une véritable gloire nationale de son vivant. Si les Italiens ont bien-sûr encensé le compositeur, son nom est aussi devenu un symbole politique pour les partisans de l’unité italienne. Du côté privé, la vie n’a cependant pas épargné le compositeur. Les épreuves ont nourri la veine tragique de la plupart de ses opéras, où la lutte pour la liberté côtoie l’impuissance des personnages face à leur destin. Avec le temps néanmoins Verdi devient philanthrope, et termine sa carrière sur une note de gaieté.

 

Verdi en 10 dates :

  • 1813 : naissance aux Roncole, près de Busseto (province de Parme)
  • 1839 : rencontre la soprano Giuseppina Strepponi lors des répétitions de son premier opéra Oberto. Elle deviendra sa maîtresse après la mort de sa femme, puis sa seconde épouse.
  • 1842 : création de Nabucco à la Scala de Milan. Le “Chœur des hébreux” devient un symbole de la révolte italienne contre l’Autriche
  • 1850-1852 : compose Rigoletto, Le Trouvère, et La Traviata
  • 1861 : Proclamation du royaume d’Italie. Verdi est élu député à l’Assemblée nationale italienne
  • 1868 : rencontre la soprano Thereza Stoltz à Gênes. Elle sera la dernière femme de sa vie.
  • 1871 : création d’Aïda au Caire
  • 1887 : création d’Otello à la Scala de Milan
  • 1893 : création de son dernier opéra Falstaff
  • 1901 : mort à Milan

Compositeur d’opéra, une vocation précoce encouragée par sa famille

Les parents de Verdi sont aubergistes près de Busseto, une petite ville de province dans un pays où « Italiens » désigne alors plus une culture qu’une nation. Une partie du territoire est sous domination autrichienne, les Etats pontificaux sont bien plus étendus qu’aujourd’hui, et le reste appartient à divers princes, comme le Piémont et la Sardaigne où règne la maison de Savoie. Le duché de Parme, où grandit Verdi, est politiquement relié à l’Autriche puisque la souveraine en est Marie-Thérèse, ex-femme de Napoléon et princesse autrichienne. Le petit Giuseppe se fait vite remarquer par ses dons musicaux. Non seulement son père l’encourage, mais il trouve un précieux soutien auprès du riche notable Antonio Barezzi dont il épouse la fille Margherita. Le couple s’installe à Milan et le premier opéra de Verdi est créé en 1839. Oberto est suffisamment apprécié du public pour que La Scala lui en commande une autre œuvre, comique cette fois. Mais Verdi n’a pas le cœur à faire rire : ses deux enfants et sa femme décèdent coup sur coup. La création d’Un Giorno di regno est un fiasco, et même si cet opéra est bien reçu quelques années plus tard à Venise, Verdi ne reviendra pas de sitôt au genre comique.

 

 

Nabucco et « Viva V.E.R.D.I » : avec ses opéras patriotiques, le musicien devient le chantre de l’unité italienne

Verdi se consacre désormais à la tragédie, au rythme fou d’un voire deux nouveaux opéras par an. Treize opéras en dix ans ! Attila, Ernani, Jeanne d’Arc… la plupart des œuvres de cette période mettent en scène le combat du peuple face à l’envahisseur. Or, à ce moment-là, l’Italie est en pleine ébullition. Naples et la Sicile se soulèvent. Le royaume de Piémont-Sardaigne déclare la guerre à l’Autriche, tandis que les Républicains combattent pour l’indépendance sous les ordres de Garibaldi et Mazzini. Les opéras « patriotiques » de Verdi font écho au sentiment national des Italiens. Le « chœur des Hébreux » de Nabucco devient le symbole de la lutte pour la liberté. Et le nom-même du compositeur sert de code aux partisans de l’unité italienne : le « Viva V.E.R.D.I » qui fleurit sur les murs ou que hurle le public lors des représentations, signifie « Viva Victor-Emmanuel (de Piémont-Sardaigne) roi d’Italie ».

 

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La Traviata, une œuvre à résonance autobiographique

Après la mort de Margherita, Verdi s’est progressivement rapproché de la soprano Giuseppina Strepponi. Leur liaison débute probablement en 1842 mais Verdi ne l’épousera qu’en 1859. Plus que leur cohabitation hors mariage, c’est le passé sentimental tumultueux de la chanteuse qui alimente les commérages, en particulier à Busseto. La Dame aux camélias d’Alexandre Dumas, que Verdi découvre lors d’un passage à Paris en 1852, a donc pour lui des résonances autobiographiques. La demi-mondaine qui doit renoncer à son amour à cause de la tyrannie des clichés sociaux le bouleverse. Il décide d’en faire un opéra. Avec La Traviata, Verdi poursuit l’évolution amorcée avec Luisa Miller et Macbeth : après l’émotion collective des opéras patriotiques, le compositeur s’attache à dépeindre les ressorts psychologiques de personnages individuels. Mais la censure bloque le projet de La Traviata. Non seulement le sujet est scabreux, mais en plus il montre sur scène les mœurs contemporaines. Un accord est finalement trouvé : La Traviata sera représentée… en costumes d’époque Louis XIII !

 

Giuseppe Verdi n’est pas seulement compositeur, il est devenu un propriétaire terrien paternaliste et philanthrope

A partir des années 1870, Verdi compose moins. Mais une bonne partie de son temps est consacré à la gestion des reprises de ses opéras, et à la défense de ses intérêts financiers face aux maisons d’opéra et aux éditeurs. Il se montre âpre en affaires, peut-être parce que l’argent manquait au début de sa carrière, mais surtout parce qu’avec le temps il s’est habitué à un train de vie dispendieux. Cependant Verdi sait aussi se montrer généreux. Il crée à la fin de sa vie une maison de retraite pour musiciens. Dans sa propriété de Sant’Agata, Verdi oscille entre exigence de rentabilité et philanthropie paternaliste. Lorsque la crise agraire frappe les paysans à partir de 1877, le grand propriétaire terrien qu’il est devenu veille à leur fournir du travail pour les éloigner de la misère.

 

La chanteuse Thereza Stoltz est le dernier amour de sa vie

Absorbé par la gestion de ses terres et les reprises de ses opéras dans toute l’Europe, Verdi n’a pas pour autant abandonner la composition. La Force du destin (1862) est une commande de Saint Pétersbourg, Aïda (1871) une demande du Caire pour l’inauguration du canal de Suez. L’Opéra de Paris courtise aussi Verdi pour une création : ce sera Don Carlos en 1867, où le rôle d’Elisabeth est tenu par Thereza Stolz. Verdi rencontre la soprano l’année suivante à Gênes et en tombe amoureux. Ont-ils été amants ? C’est probable, même si la relation évolue avec le temps vers l’amitié. La chanteuse emménagera d’ailleurs à Sant’Agata après la mort de Giuseppina Strepponi et restera près du compositeur jusqu’à sa mort en 1901.

 

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Aïda, le Requiem et Shakespeare occupe les dernières années de sa vie

Même si la production de Verdi se concentre essentiellement sur l’opéra, il touche aussi à d’autres genres vocaux. Outre quelques hymnes patriotiques, il compose des mélodies, Quatre Pièces sacrées, et un requiem. La musique instrumentale ne l’intéresse guère en revanche. S’il écrit un quatuor à cordes, c’est plus comme un défi personnel, pour s’amuser. Cet essai reste un épiphénomène. Même dans l’opéra, la musique strictement instrumentale tend à se réduire au fil du temps. Ni Otello, ni Falstaff ne comporte d’ouverture. Verdi se démarque en cela de Wagner. Leurs contemporains, déjà, opposent volontiers leur musique, différentes dans leur traitement de la voix et leur recherche harmonique. En revanche Verdi se rapproche du compositeur germanique en renonçant à l’opéra « à numéro » pour privilégier la continuité du drame. Pour son ultime opéra, Verdi puise à nouveau chez Shakespeare, l’un de ses auteurs de prédilection à qui il avait déjà emprunté Macbeth et Otello. Verdi renoue avec le genre comique, qu’il n’avait plus touché depuis 1840. Falstaff est créé en 1893, sous les ovations du public. La carrière de Verdi s’achève sur une comédie. Le compositeur a-t-il retrouvé la joie, trop tôt assombrie par les deuils de sa jeunesse ? Plutôt une forme de sagesse bonhomme : « Tutto nel mondo è burla” chantent les personnages de Falstaff, dans une fugue finale aussi magistrale que souriante.

 

Sixtine de Gournay

 

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