ROSSINI Gioacchino – biographie

(1792-1868) Epoque Romantique

Rossini a connu deux vies d’égale durée, avant et après la Révolution de 1830, la première consacrée à l’art lyrique, la seconde … à l’art culinaire. Il a eu deux patries, l’Italie et la France, comme il a eu deux épouses. Personnage flamboyant et dual, il nous a laissé des œuvres impérissables, dans le genre musical du dramma gioccoso, plus joyeux que dramatique.

 

Gioacchino Rossini en 10 dates :

  • 1792 : Naissance à Pesaro
  • 1806 : Études musicales à Bologne
  • 1812 : La Pietra del Paragone (création à Milan)
  • 1816 : Le Barbier de Séville (création à Rome)
  • 1817 : La Cenerentola (création à Rome)
  • 1824 : Arrivée à Paris
  • 1825 : Le Voyage à Reims (création à Paris)
  • 1829 : Guillaume Tell (création à Paris)
  • 1864 : Petite Messe solennelle (création à Paris)
  • 1868 : Mort à Paris

 

Né dans une famille modeste de musiciens, Rossini triomphe déjà à 20 ans

Le père de Rossini est corniste et sa mère chanteuse. Né dans la ville portuaire de Pesaro, où réside sa grand-mère, il vit son enfance à Lugo dans la province de Ravenne, puis à Bologne où il s’inscrit au lycée musical. Il chante, joue de tous les instruments et apprend la composition. A quatorze ans il compose son premier opéra Demetrio et Polibio.

Sur un livret très amusant de Luigi Romanelli, le jeune Rossini compose l’opéra qui va lancer sa carrière : La Pietra del Paragone. La création à la Scala de Milan est un triomphe qui vaut, dit-on, au compositeur d’être exempté de service militaire. Dès lors il enchaîne les succès lyriques, avec quatre créations à Venise en quelques mois ! Parmi celles-ci L’Italienne à Alger qui va devenir un succès européen. La marque de fabrique rossinienne est là dans toute sa folie extravagante, autour d’une héroïne, Isabella, qui sait imposer sa volonté et se sortir des situations les plus embrouillées.

 

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Le Barbier de Séville et La Cenerentola sont des échecs lors de leur création

L’opéra le plus célèbre de Rossini est un fiasco le jour de sa création à Rome. La cabale montée par Spontini, compositeur jaloux, ne crée déjà pas un climat propice. Mais la représentation est encore compliquée par des imprévus : la guitare du ténor est mal accordée, un chanteur fait une chute et se met à saigner du nez… Mais l’opéra triomphe lors des représentations suivantes. Et le succès de ce sommet du bel canto ne s’est plus démenti depuis. Le premier acte contient une succession d’airs époustouflants, dont celui de Rosine Una voce poco fa devenu l’un des tubes favoris des récitals lyriques. Encore un rôle de femme volontaire et déterminée. Rossini s’est inspiré de la comédie éponyme de Beaumarchais, premier volet d’une trilogie théâtrale dont Mozart a adapté la seconde pièce, Les Noces de Figaro.

Après le Barbier à Rome, c’est à Naples où il est directeur musical du San Carlo, que Rossini donne deux nouveaux opéras, La Gazzeta puis Otello, qui triomphe avec Isabella Colbran en Desdémone. L’artiste épousera le compositeur quelques années plus tard. De retour à Rome, il crée La Cenerentola ou le Triomphe de la Bonté en janvier 1817. Tous les rôles de cette adaptation de Cendrillon se voient confier des airs périlleux, et après une première difficile le succès est au rendez-vous non seulement en Italie mais dans toute l’Europe.

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Des opéras produits au rythme échevelé de trois ou quatre ouvrages par an

Chaque année le jeune Rossini produit trois ou quatre opéras. Cette rapidité de composition (un mois peut lui suffire, dit-on) et de production est à peu près unique ! Même s’il pratique souvent le remploi, comme Haendel avant lui, sa capacité créative reste impressionnante.

S’il est l’un des représentants les plus célèbres du Bel canto, avec Bellini et Donizetti qu’il côtoie à Paris, Rossini évite dans un premier temps les livrets tragiques. Il préfère donner aux chanteuses des rôles positifs dans des comédies riches en rebondissements : La cambiale di matrimonio, Le Barbier de Séville, L’Italienne à Alger… Par la suite, il explore la tragédie (Otello, Sémiramide…) mais sans pour autant renoncer à la veine comique (La Pie voleuse, Le Comte Ory…). Ses ouvertures remportent un vif succès et sont aujourd’hui souvent jouées isolément au concert. Joyeuse et dynamique, la musique de Rossini est un excellent antidote contre la morosité !

 


La chevauchée finale de l’Ouverture de Guillaume Tell (Orchestre Philharmonique de Berlin, dir. Claudio Abbado)

A Paris, Rossini trouve un soutien en la personne du roi Charles X

Rossini arrive à Paris avec son épouse à l’été 1824, peu avant la mort de Louis XVIII auquel succède Charles X. Le sacre du nouveau roi en mai 1825 inspire à Rossini Le Voyage à Reims. Créée trois semaines après, au Théâtre Italien dont il est le nouveau directeur artistique, l’œuvre plutôt iconoclaste (les personnages n’iront pas à Reims !) connaît un grand succès. Mais Rossini la retire de l’affiche assez vite, craignant peut-être un retour de flamme. Il produit ensuite plusieurs opéras à l’Opéra de Paris, alors installé dans la salle Le Pelletier. Le dernier sera Guillaume Tell en 1829.

 

 

Une messe et un Stabat Mater voient le jour… mais plus aucun opéra

Pourquoi Rossini ne compose-t-il plus aucun opéra après 1830 ? Le contexte politique n’y est sans doute pas pour rien. La fin de la Restauration et l’avènement de la Monarchie de Juillet le privent de la protection de Charles X. Le nouveau régime lui est moins favorable.

Sa vie privée connaît aussi des changements, Isabella Colbran a arrêté sa carrière, le couple est séparé et finit par divorcer. Il se lie avec Olympe Pélissier, à la réputation sulfureuse, qui tient salon et lui présente Balzac. Les deux artistes deviendront amis. Il épousera Olympe en 1846, après être reparti en Italie quelques années. Il compose peu, surtout des œuvres religieuses, notamment le Stabat Mater qu’il achève en 1842, et la Petite Messe solennelle en 1864. Il compose aussi des petites pièces pour piano seul ou des mélodies pour piano et voix, qu’il regroupe en plusieurs volumes appelés Péchés de vieillesse. Ultime trait d’humour de cet artiste devenu, paraît-il, un expert culinaire. Il meurt dans sa maison de Passy en 1868.

 

Philippe Hussenot

 

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