En 1854, les journalistes et éditeurs musicaux Léon et Marie Escudier, dit « frères Escudier », livrent dans leur biographie dédiée à Rossini une bien curieuse affaire : celle du Stabat Mater dont une première version « inachevée » fut complétée à la suite d’une querelle avec un éditeur.
C’est une œuvre incomplète qui fut jouée la première fois. Ou partiellement composée par son auteur. Après avoir définitivement tourné la page de l’opéra avec son Guillaume Tell (1829), Rossini songe à se retirer un temps de la scène musicale. Fatigué, il accepte néanmoins en 1831 la proposition d’un abbé de Madrid, Don Francisco Fernandez Varela, qui lui passe commande d’un Stabat Mater en échange d’« une tabatière estimée à cinq mille francs », peut-on lire dans la biographie des frères Escudier.
Une année s’écoule et Rossini peine à achever sa partition. Il faut dire qu’en plus d’une certaine lassitude, il souffre d’un terrible lumbago. Il décide donc de confier les parties restantes à l’un de ses confrères, Giovanni Tadolini qui achève l’écriture du Stabat Mater. L’exécution de l’œuvre se déroule comme prévu dans la chapelle de l’abbé à Madrid et personne ne semble soupçonner à l’oreille la collaboration secrète entre les deux compères.
Rossini termine en urgence son Stabat Mater
Ce n’est qu’en 1841 que la vérité finit par éclater : un éditeur parisien du nom d’Aulagnier, qui a acheté aux exécuteurs testamentaires de l’abbé la partition du Stabat Mater de Rossini, entend la publier ! Ce à quoi Rossini proteste en arguant qu’il s’agit d’une version incomplète et que lui seul possède le dernier mot concernant la publication de son œuvre : « […] je dois vous déclarer, monsieur, que si mon Stabat Mater était publié, soit en France, soit à l’étranger, sans mon autorisation, mon intention bien arrêtée est d’en poursuivre les éditeurs jusqu’à la mort. »
Un procès est alors engagé et Rossini s’empresse de finir coûte que coûte la version intégrale de son Stabat Mater dont il vend les droits à son propre éditeur parisien, Troupenas, qui vendit sans consulter Rossini « […] le droit exclusif d’exécution du Stabat pendant trois mois à Paris. » … aux fameux frères Escudier !
A lire aussi
C’est ainsi que le 7 janvier 1842 fut jouée pour la première fois en public la version achevée du Stabat Mater dans la Salle Ventadour, recevant un accueil triomphal malgré certaines réserves du côté de la critique : trop profane, trop coloré, trop lyrique. De là à reprocher un manque de foi de la part de son créateur … il n’y a qu’un pas !
Clément Serrano
Pour en savoir plus sur Rossini