JFK : Avant Marilyn Monroe, il a noué une histoire d’amour profonde avec l’actrice Gene Tierney

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John F. Kennedy a la réputation d’un séducteur avide et malotru, au risque de graves scandales. Mais cela a-t-il toujours été le cas ? Un amour de jeunesse avec la star d’Hollywood Gene Tierney, inoubliable dans Laura d’Otto Preminger, laisse des indices du contraire…

1. John F. Kennedy et Gene Tierney tombent amoureux sur un studio de cinéma

En 1945, John F. Kennedy a 28 ans. Auréolé de ses exploits militaires dans la guerre du Pacifique, dont il porte encore physiquement les séquelles, il est de passage sur la côte ouest et se voit proposer une visite des plateaux de la Fox. Svelte, avec cet air aimablement taquin qui trahit un séducteur déjà expérimenté, il est placé, en tant qu’invité de marque, tout près de la caméra sur le tournage de Dragonwyck (Le Château du dragon en français), un drame psychologique confié à un réalisateur alors débutant : Joseph Mankiewicz.

C’est là qu’il aperçoit Gene Tierney, 25 ans, l’une des plus grandes stars du studio, réputée être l’une des plus belles femmes du monde. Le choc est immédiat, et réciproque. L’actrice le racontera dans ses mémoires :

« Le réalisateur cria : « Gene, tournez lentement et regardez droit dans l’objectif. » Je me retourne et mon regard plonge dans les plus beaux yeux bleus qu’il m’ait été donné de voir sur un visage d’homme. Il était là, debout à côté de la caméra. Il m’a souri et je réagis exactement comme réagissent les héroïnes des romans d’amour. Mon cœur se mit à battre la chamade. »

2. Origines, éducation, et drames intimes unissent JFK et Gene Tierney

Les deux jeunes gens se recroiseront lors d’une soirée mondaine hollywoodienne et, dès lors, leur relation dépasse rapidement l’attraction physique des débuts. Ils se découvrent des points communs essentiels : leurs origines irlandaises, une éducation extrêmement soignée, et surtout des drames intimes qui les rapprochent avec une sincérité rare.

À cette époque, Gene traverse des épreuves douloureuses. Deux ans plus tôt, elle a donné naissance à une petite fille, Daria, lourdement handicapée. Son mariage avec le grand styliste Oleg Cassini s’est dégradé jusqu’à leur séparation. Alors qu’elle s’apprête à prendre la difficile décision de placer Daria dans une institution spécialisée, John lui confie à son tour un drame familial. Elle écrira :

« John comprit. Il me parla de sa sœur Rosemary, anormale de naissance, que sa famille avait toujours chérie et protégée. Pour lui, ce sujet était délicat. Chez les Kennedy, on ne se complaisait pas dans les misères. »

Portrait de famille de 1923. On y voit Rose Kennedy, la mère, puis de gauche à droite Eunice, Kathleen, Rosemary, John F. et Joseph / Anonymous/AP/SIPA

 

 

 

Bientôt, la relation s’épanouit sur la côte Est, loin d’Hollywood. Comme le rapporte Olivier Rajchman dans Le Siècle des stars, 40 portraits d’icônes hollywoodiennes, Kennedy « présente l’actrice à sa famille, si dure et si unie, avant de l’entraîner, amant tendre et avide de publicité, au Versailles à New York pour un concert d’Édith Piaf ».

3. Les ambitions politiques de JFK : un frein insurmontable et des réticences des deux côtés

À l’approche de la trentaine, les ambitions politiques de John Kennedy se précisent. En 1946, il prépare son élection à la Chambre des représentants, avec en tête, déjà, l’idée de briguer un jour la présidence des États-Unis. Il lui faut alors en finir avec sa vie de célibataire, et Gene, avec sa célébrité et sa distinction, pourrait faire la fiancée idéale.

Mais pour le clan Kennedy, l’actrice est loin d’être la candidate parfaite : elle n’a pas reçu l’éducation catholique des Kennedy, elle est protestante. Et surtout, elle est encore mariée à Oleg Cassini. Avoir une épouse divorcée pourrait se révéler désastreux auprès des électeurs dans cette Amérique puritaine. Les réticences sont tout aussi vives du côté de la famille de Gene. Sa mère et son frère accueillent poliment John, mais n’apprécient guère l’idée de la voir fréquenter cette étoile montante du camp démocrate, d’autant que chez les Tierney, on est plutôt républicain. Catholique de surcroît ? Décidément non. Ils sentent par ailleurs que les intentions de John sont, à long terme, plus lisibles politiquement que sentimentalement.

La rupture survient en 1947, dans un restaurant new-yorkais, exprimée avec une délicatesse toute relative. Alors qu’ils attendent des amis, John aborde le sujet directement : « Je ne pourrai jamais vous épouser. » Leurs convives arrivent aussitôt, interrompant l’échange. Gene, bouleversée, attend le moment propice pour lui répondre avec la même clarté, au moment de son départ :

« Vint le moment pour John de reprendre l’avion pour Washington. Je ne fis pas un geste lorsqu’il s’éloigna de la table, me contentant d’un faible « Adieu, John. » Il s’arrêta, rebroussa chemin et dit avec un sourire de travers : « Qu’est-ce que vous voulez dire ? On croirait un adieu définitif. » — « Mais c’est un adieu définitif. » Nous échangeâmes un long regard pendant un moment qui dura une éternité. »

4. Tyrone Power : le rival de JFK écarté

Pendant que se dessine et s’effrite la relation avec JFK, un autre homme entre en scène. À la mi-1946, Gene tourne Le Fil du rasoir, un film ambitieux, aux côtés de Tyrone Power, acteur aujourd’hui un peu oublié, mais à l’époque véritable sex-symbol adulé. Lui aussi sort d’un mariage qui s’effondre, et il est clair qu’il est sensible au charme de Gene. À côté de l’imprévisible John F. Kennedy, il représenterait un choix beaucoup plus sûr, plus solide.

Tyrone Power et Gene Tierney dans Le Fil du rasoir en 1946 / REX FEATURES/SIPA

 

 

Le soir de la présentation new-yorkaise du film, Tyrone Power glisse à Gene qu’il souhaite lui parler seul à seul. Rendez-vous accepté. Sa mère et sa sœur s’éclipsent discrètement à son arrivée. Mais Gene met rapidement les choses au clair :

« Vous savez, Tyrone, je monte à Cape Cod demain pour rendre visite à des amis de ma mère. J’espère pouvoir profiter de l’occasion pour voir John Kennedy. » Il y eut un silence gêné. J’ouvris les mains, paumes en l’air, et dis : « Je crois que tout est dit. » Il hocha la tête. « Amusez-vous bien », dit-il, et il partit tranquillement, sans colère.

Et Gene de conclure : « Je ne pouvais pas tomber amoureuse de Tyrone Power après ma rencontre avec John Kennedy. »

5. Un lien qui dure entre Gene Tierney et JFK : de la séparation à la dernière rencontre

La rupture consommée, Gene s’en tient à sa décision et ne cherche pas à revoir John, dont elle suit par la presse l’ascension politique. Au début des années 1950, elle retombe sur lui lors d’un voyage en Europe : il lui fait des avances, elle les refuse. Elle ne sera pas Madame Kennedy.

Les années suivantes sont difficiles pour l’actrice : une tentative infructueuse de renouer avec son premier mari, une longue histoire avec le prince Ali Khan, et surtout une grave maladie mentale qui l’éloigne durablement des plateaux. Elle s’en sort avec courage, épaulée par celui qui deviendra son second mari, le riche homme d’affaires Howard Lee.

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En 1962, à l’occasion de la sortie de Tempête à Washington — film politique d’Otto Preminger dans lequel elle joue —, Gene est invitée à une réception à la Maison-Blanche. Elle se retrouve par le hasard des places assise à côté du président. L’échange, empreint de nostalgie, est leur dernière rencontre. Elle lui parle du bonheur trouvé auprès de son nouveau mari. L’année suivante, John Kennedy est assassiné à Dallas.

Dans l’histoire amoureuse d’un président qui accumule les scandales et les rumeurs, son attachement de jeunesse pour Gene Tierney détonne par sa sincérité. Il n’aura pas épousé l’actrice, mais on peut raisonnablement supposer qu’il en fut, au moins un peu, désolé.

Franck Ferrand

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