Edith Piaf, la dernière tournée : à bout de souffle, la chanteuse renaît grâce à une chanson devenue mythique

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La dernière tournée de La Môme a été qualifiée par la presse de « tournée suicide ». En 1959, elle s’est même effondrée à Dreux. Et pourtant, une chanson va lui redonner la force de remonter sur scène.

En 1960, Edith Piaf a 45 ans, mais elle en paraît bien davantage : elle est voûtée, le visage bouffi, les mains déformées par les rhumatismes. Cela fait près d’un an qu’elle n’a pas chanté. Il faut dire qu’elle joue avec la mort depuis pas mal de temps. Elle a déjà eu trois accidents de voiture, et absorbe des cocktails de médicaments assez détonants pour soulager ses rhumatismes.

Elle boit, elle prend de la morphine et on la voit très souvent à l’hôpital. Elle a eu un ulcère, des hémorragies, une pancréatite et bien d’autres maladies, et de nombreuses opérations. Malgré ces maux, au-delà de toutes ces douleurs, elle ne pense qu’à une chose : retrouver son public.

Une femme usée

Edith Piaf veut retrouver L’Olympia, mais elle n’est pas en état d’affronter un grand récital. L’année précédente, la presse a parlé d’une « tournée suicide ». On l’a vue à Maubeuge balbutier et se cramponner au piano. À Dreux le 13 décembre 1959, elle a carrément chancelé pour aller s’écrouler en coulisse. Ce soir-là, on l’a crue morte. Autant dire que c’est une femme usée qui semble arriver au bout du chemin, et dont on se demande si on la réentendra chanter en public.

À moins qu’une chanson ne lui donne un nouveau souffle.

En cette journée d’octobre 1960, Piaf est chez elle, en lisière du bois de Boulogne. La veille, elle a eu de violentes douleurs qui l’ont clouée au lit. Bien entendu, elle ne veut recevoir personne et demande à sa fidèle secrétaire d’annuler toutes les visites prévues. Mais en fin d’après-midi, la sonnette retentit et deux hommes sont sur le palier.

« Cette chanson fera le tour du monde »

Michel Vaucaire, parolier, et Charles Dumont, compositeur, tiennent la chanson parfaite pour elle. L’affaire est mal partie : la Môme a déjà refusé plusieurs chansons au compositeur, et il était entendu qu’ils ne viennent pas chez elle. Un télégramme avait été envoyé, qu’ils disent ne pas avoir reçu. Ils s’apprêtent à tourner les talons quand du fond de l’appartement résonne la voix de Piaf. Puisqu’ils sont là, elle va écouter cette chanson.

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Charles Dumont se met au piano et fredonne : « Non, rien de rien, je ne regrette rien ». Il a raconté la suite dans un livre : « Piaf me prie de recommencer, légèrement ironique. Son ton a changé, elle n’est plus indifférente. Puis avec son timbre bien connu : ‘jeune homme, vous n’avez plus de souci à vous faire, cette chanson fera le tour du monde et vous suivra toute votre vie’. Alors qu’elle est affaiblie et malade, c’est visible, Edith s’épanouit comme une fleur et me demande de rejouer une troisième fois. Elle a changé de visage, ses yeux se sont ouverts tout grand, son regard est métamorphosé, ses traits presque rieurs ».

Franck Ferrand vous raconte cette renaissance pour une chanteuse devenue si chétive :

 

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