Ils étaient jeunes, idéalistes et inconscients : en 1821, quatre sergents du quarante-cinquième de ligne se figuraient qu’à eux seuls, ils lanceraient la Révolution…
Sous la Restauration, la France vit une période de paix. Le sergent Jean-François Bories, qui a servi l’Empire, est invité par un ami franc-maçon à intégrer sa loge qui s’appelle « Les Amis de l’honneur français ». On y dénonce la Restauration de Louis XVIII, on vilipende le régime. Après l’assassinat du duc de Berry, l’héritier du trône, les Royalistes les plus ultras ont imposé un virage réactionnaire et agissent maintenant pour un véritable retour à l’Ancien Régime.
Il y a en face tous ceux qui défendent l’héritage de la Révolution, qui appellent de leurs vœux une monarchie constitutionnelle ou mieux encore, pour la plupart d’entre eux, une République avec le suffrage universel. C’est justement ce qu’on défend dans les loges maçonniques.
Un rendez-vous dans un hôtel discret du quartier Sainte-Geneviève
Le sergent Bories est évidemment non seulement séduit, mais exalté par ces idées. C’est un idéaliste qui ne fréquente pas le Quartier Latin par hasard. Il aime les grandes idées, il se nourrit d’elles. Un jour, l’ami qui l’a introduit dans la franc-maçonnerie lui donne rendez-vous dans un hôtel discret du quartier Sainte-Geneviève, l’Hôtel de la Paix.
Il lui fait rencontrer un ancien officier, devenu instituteur : Louis Hénon. « Veux tu faire partie d’une réunion qui a pour but de conquérir la liberté à main armée ? » lui demandent les deux hommes. Et ils expliquent au sergent Bories qu’ils appartiennent à une société secrète armée, « la Charbonnerie ». « On se bat contre les ultras, si tu acceptes, tu dois prêter serment de ne rien révéler sous peine de mort ».
Infiltrer la société et ses élites
Cette société secrète compte 30.000 membres, qui sont essentiellement des militaires, des bourgeois, quelques étudiants et des ouvriers, réunis en cellules de 20 membres complètement cloisonnées entre elles et qui composent une espèce de structure pyramidale. L’objectif ? Infiltrer le plus possible la société et ses élites.
À la tête de cette Charbonnerie, on trouve une poignée de personnalités libérales, des noms déjà entrés dans l’Histoire : le général Lafayette, le général Foy, le député Benjamin Constant et l’avocat Joseph Mérilhou. Le cadre idéologique est un peu flou, c’est l’Auberge espagnole. Chacun y apporte ce qu’il veut et chacun s’y retrouve. Il y a là des Républicains, des bonapartistes, des monarchistes constitutionnels… Tous se retrouvent sur un seul et unique but, voir chuter Louis XVIII.
Bories réunit des nostalgiques de Napoléon
Bories, qui rêve d’action, accepte d’y participer : il cotise, participe aux réunions rue de L’Université et se sent dans ce monde comme un poisson dans l’eau. Les chefs de la Charbonnerie lui confient à ce moment-là une mission, constituer une cellule au sein de son régiment, donc au sein du quarante-cinquième de ligne à Paris. Il va s’y employer avec volonté.
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Il repère les sous-officiers libéraux, tous ceux qui sont nostalgiques de Napoléon qui ne manquent pas. On est en 1821, l’Empereur déchu vient juste de mourir. Bories recrute le sergent-major Joseph Pomier, 24 ans, engagé dans l’armée depuis ses 17 ans. Il est si enthousiaste qu’il va devenir le le numéro deux de la cellule. Et puis Bories convainc un troisième agent, Charles Goubin, un Normand de 22 ans. Le quatrième homme s’appelle Marius Raoulx, il est originaire d’Aix-en-Provence. Le groupe est au complet.
Franck Ferrand vous raconte cette conspiration qui entraîna leur mort…
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