L’évènement s’est produit en marge de la guerre de Crimée, mais il a fait de l’ombre aux plus grandes batailles : en 1855, le naufrage de la Sémillante a coûté la vie aux 773 personnes à bord.
En février 1855, un fleuron de la marine française s’apprête à larguer les amarres. La Sémillante fait 54 mètres de long pour 14 mètres de large, avec une hauteur de mât de 55 mètres. Ce gros navire, qui n’a pas beaucoup navigué jusqu’à présent, doit transporter des troupes et du matériel destinés à l’armée française lors de la guerre de Crimée contre l’Empire russe.
Dès le début de cette traversée, la mer se montre très peu accueillante. Les flots sont déchaînés, des trombes d’eau s’abattent avec un vent terrible. La frégate doit affronter des creux de plusieurs mètres. Les passagers sont totalement malades et ils sont nombreux à prier, des chapelets dans les mains.
Un abri trompeur près des Îles Lavezzi
Tout ceci n’inquiète pas vraiment le commandant de La Sémillante. Gabriel Auguste Jugan a 48 ans et c’est un loup de mer. Fils d’un capitaine de vaisseau, cela fait 30 ans qu’il sert dans dans la marine. Il est chevalier de la Légion d’honneur, a commandé les plus grands vaisseaux, certains bien plus grands que La Sémillante. Il connaît par ailleurs assez bien la Corse, il a été capitaine d’une goélette, L’Étoile, qui pendant deux ans a fait le tour de l’Île de Beauté.
Dans la matinée du 15 février, les conditions ont tendance à s’améliorer un petit peu. Le vent tombe et la brume s’installe. Et ça n’est pas une bonne nouvelle. Aux alentours de 11h, La Sémillante est au large de la Sardaigne. De nouveau prise dans une tempête, le commandant Jugan décide d’aller s’abriter du côté des Îles Lavezzi, à une dizaine de kilomètres au sud de Bonifacio, au milieu du détroit qui sépare la Corse de la Sardaigne.
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Ce jour-là, il y a un vent d’ouest terrible. Des arbres sont déracinés et des toits arrachés à Bonifacio. Les embruns franchissent la falaise de 60 mètres de haut et déferlent dans les rues. Cette zone, qu’on appelle « Les Bouches de Bonifacio », forme une sorte d’entonnoir – tous les navigateurs le savent et Jugan le premier – extrêmement dangereux parce qu’il est infesté de rochers. À partir de ce moment, tout va aller très vite.
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