C’est un épisode très personnel qu’a dévoilé ce jeudi 6 juin Franz-Olivier Giesbert, auteur, journaliste et éditorialiste sur Radio Classique. Au micro de David Abiker dans l’émission Esprits libres, il s’est livré sur son père, Américain, qui a participé au Débarquement.
Il y a 20 ans, Franz-Olivier Giesbert a consacré un livre intitulé L’Américain à son père, Frederick Julius Giesbert, né à Chicago, un homme violent avec lequel les relations étaient très difficiles. Soldat pendant la Seconde Guerre mondiale, il a participé au Débarquement le 6 juin 1944, qui l’a marqué à vie.
« Les vrais vaincus de la guerre, ce sont les morts – on le dit toujours – mais ce sont aussi les survivants », explique Franz-Olivier Giesbert. C’est ainsi qu’il décrit son père, un « survivant », qui a débarqué parmi les premiers soldats lors du D-Day sur les plages de Normandie. « Il ne s’en est jamais remis », poursuit l’éditorialiste, expliquant que celui-ci a ensuite pris pour habitude de dormir « avec un couteau sous son oreiller ». Il a gardé cette peur d’être égorgé, comme l’ont été certains soldats par les nazis, « alors qu’ils dormaient à la belle étoile ».
1,5 M de soldats américains ont été impliqués dans l’opération
Autre séquelle, Frederick Giesbert est devenu « à moitié sourd », après cette journée, en raison des bombardements très violents à Omaha Beach, où les combats ont fait 5000 morts. Franz-Olivier Giesbert tient absolument à rappeler les chiffres de cette journée-clé : « mon père faisait partie des 150.000 soldats alliés qui ont débarqué le 6 juin, mais l’opération américaine a concerné en tout 1.527.000 soldats ! ».
L’éditorialiste confie qu’il a découvert tout cela longtemps après : « On ne se parlait pas. Mon père était très violent avec ma mère, je la défendais ». Il décrit alors comment la personnalité de son père a pu être marquée par le traumatisme de la guerre : « tous ses amis à Chicago disait que c’était un joyeux drille, très brillant. Il a fait des études aux Beaux-Arts où mon grand-père était enseignant ».
« Je ne l’ai embrassé qu’une fois, quand il était mort »
Même s’il est resté traumatisé par le Débarquement, Frederick Giesbert « adorait la France » et a choisi de vivre en Normandie : « quand il est arrivé en haut de la dune [ce jour-là], il a dit que c’était magnifique et qu’il voulait y vivre ».
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« Son grand drame, je crois, c’est qu’il était un survivant », estime Franz-Olivier Giesbert, qui explique qu’il a écrit son livre, L’Américain, pour « tendre la main » à son père, obtenir « une réconciliation posthume ». « Au fond, je ne l’ai embrassé qu’une fois, quand il était mort ».
Béatrice Mouedine
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