Le refus d’obtempérer est une infraction qui se répète ces derniers temps, avec des exemples à Chartres, dans les Yvelines et à Bayonne.. À Nantes, trois policiers ont été blessés après une collision frontale avec leur véhicule. L’éditorialiste Franz-Olivier Giesbert a longuement évoqué ce triste phénomène ce jeudi dans Esprits Libres sur Radio Classique.
Les refus d’obtempérer plus nombreux en France qu’aux États-Unis, qu’est-ce que cela dit de la société française, selon vous ?
FRANZ-OLIVIER GIESBERT : Ça en dit long sur l’affaissement du pays. Vous connaissez le nombre de refus d’obtempérer par jour en France ? 77 ! 77 refus d’obtempérer par jour et par nuit, parce que ça se passe souvent la nuit. C’est dément et personne ne fait rien, ni ne propose rien.
Mais la police essaye de faire quelque chose, elle est là ?
F.-O.G. : Oui, la pauvre police est un peu abandonnée par tout le monde, y compris par les politiques. Mais ça en dit long sur le laisser-aller qui règne à peu près à tous les étages et la déconnexion de la classe politique par rapport à une partie du pays qui n’en peut plus. Ces refus d’obtempérer donnent une espèce d’hubris à une catégorie de la population qu’on peut considérer comme dangereuse. C’est devenu un sport national. Dans ce domaine-là, on fait mieux que les États-Unis. Pour une population cinq fois moins importante ! Il y a 28 000 refus d’obtempérer en France, contre 20 000 aux États-Unis. On est en droit de penser que les sanctions ne sont pas assez fortes, mais quand on regarde de près, l’arsenal répressif a été durci en 2022 : 2 ans d’emprisonnement et 15 000 € d’amende. Ça peut même aller, s’il y a des blessés, jusqu’à 15 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. Tout ça sans résultat. Si ce n’est pas assez, je pense qu’il faut peut-être en rajouter : retirer le permis, confisquer la voiture…
Franz-Olivier Giesbert : Face aux refus d’obtempérer, « les députés ont moralement démissionné »
Mais souvent le permis et l’assurance sont déjà retirés ou il n’y a pas d’assurance…
F.-O.G. : Les députés ont l’air de penser que la cause est entendue parce qu’il n’y a jamais de proposition de loi sur cette question. Depuis 2022, il n’y a plus rien. Cette affaire est symbolique de ce qui se passe en France parce que même si les politiques condamnent les refus d’obtempérer, on peut dire qu’ils ont moralement démissionné, ils ont lâché l’affaire. Il n’y a pourtant aucune raison. 28 000 refus d’obtempérer par jour et par nuit, des policiers blessés à Nantes. Dans les Yvelines, la nuit d’avant, un policier blessé lors d’un refus d’obtempérer. C’est ça le problème.
Il y a deux facteurs. Le premier, c’est que souvent ce type de délinquance est filmé et diffusé sur les réseaux sociaux. Voir ça pour les Français, c’est absolument insupportable. L’autre aspect, c’est que la peur du gendarme a disparu !
F.-O.G. : C’est ça le problème. Aux États-Unis, il y a la peur du gendarme.
En France, ceux qui ont peur du gendarme n’ont généralement rien à se reprocher, mais les délinquants et les criminels eux, ne craignent pas les forces de l’ordre…
F.-O.G. : Oui, parce qu’ils pensent qu’ils vont s’en sortir, que ce n’est pas grave. Vous avez quand même un président de la République qui a fièrement arboré un t-shirt contre les violences policières [lors du festival d’Angoulême de 2020, il a tenu un t-shirt offert par le dessinateur Jul montrant un fauve éborgné, sous lequel était inscrit « LBD 2020 » NDR]. Mais c’est ça la France aussi. Il n’y a pas l’idée qu’il faut sécuriser la police, la protéger.
Quand vous dites protéger la police, qu’est-ce que ça veut dire ? Ségolène Royal en 2007 proposait de mettre un policier derrière les policiers pour les raccompagner chez eux.
F.-O.G. : Non, ça c’est totalement idiot. Il faut protéger moralement la police. C’est la même chose qui se passe avec les professeurs. Il faut les remettre au centre du village, au centre de la discussion.
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Est-ce que les médias ont un rôle à jouer là-dedans ? Parce qu’à chaque fois qu’il y a des affaires comme ça, c’est un partout, balle au centre. Personne ne s’engage. Les policiers peuvent être soupçonnés…
F.-O.G. : Non, on s’engage. Regardez l’histoire de Nahel : tout de suite le policier est condamné avant même qu’on connaisse les circonstances de l’accident, y compris par le président lui-même.
Est-ce que la gauche est coupable ?
F.-O.G. : Évidemment. Pas toute la gauche, mais la campagne permanente de LFI contre la police, ça a des effets. Tous ces délinquants se croient protégés par une force supérieure. Il faut en finir avec ça. Sinon, les Français deviennent fous.
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