Spatial : « En termes d’excellence scientifique et technique, la France reste au premier rang international », affirme le président du CNES

Lisa Leutner/AP/SIPA

La Française Sophie Adenot s’apprête à rejoindre la Station spatiale internationale le 15 février prochain et la place de la France, dans le domaine spatial mondial, revient sur le devant de la scène. Invité de la matinale, François Jacq, président-directeur général du Centre national d’études spatiales (CNES), défend une ambition spatiale française forte, à la fois scientifique, stratégique et industrielle, malgré un contexte budgétaire contraint.

La future mission de Sophie Adenot vers l’ISS incarne, aux yeux de François Jacq, la continuité d’un savoir-faire français solidement ancré dans l’histoire. « On sera très heureux d’avoir Sophie Adenot à bord de cette mission ISS. C’est le signe de l’excellence française », déclare-t-il, rappelant une lignée prestigieuse d’astronautes tricolores. « Elle a eu de glorieux prédécesseurs. On a commencé avec Jean-Loup Chrétien, on peut aussi penser à Claudie Haigneré, on a eu Thomas Pesquet… On voit bien qu’on a su bâtir au fil des décennies une place française de premier rang au plan international. »

Pour le président du CNES, l’espace ne se résume pas aux grandes aventures lointaines, mais constitue aussi un formidable laboratoire scientifique. « Il y a évidemment une dimension de compréhension de l’espace, de ce qui s’y passe. On peut y voir à la fois des choses qui préparent des explorations plus lointaines : la Lune, Mars… mais aussi des recherches qui poussent les technologies et les observations scientifiques aux limites. Dès lors qu’on pousse les choses aux limites, on peut en tirer des leçons pour ce qui se passe sur Terre », souligne François Jacq, avant d’insister sur une autre dimension essentielle : le rêve. « C’est aussi un élément de fascination, de prestige, et un levier pour entraîner notre jeunesse vers la science et la technologie. »

Le CNES a des contraintes budgétaires, mais une ambition intacte

Si la Lune et Mars nourrissent l’imaginaire collectif, François Jacq rappelle que les enjeux stratégiques se situent aujourd’hui beaucoup plus près de nous. « Le vrai combat spatial, s’il y a combat spatial, il est moins sur la Lune que sur les orbites très proches de la Terre. » Ces orbites concentrent des infrastructures devenues indispensables au quotidien : navigation, télécommunications, observation de la Terre ou encore météorologie. « Notre vie quotidienne dépend des satellites qui orbitent autour de nous. Vous imaginez ne plus avoir de météo ou de positionnement parce qu’il n’y a plus de satellites ? » Cette dépendance accrue fait de l’espace un nouveau champ de tensions. « L’espace est devenu, hélas, un domaine de conflictualité », alerte-t-il, évoquant le risque de neutralisation de satellites dans des logiques de confrontation entre puissances.

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Comme l’ensemble des politiques publiques, le spatial n’échappe pas aux restrictions financières. « Il y a une crise des finances publiques. Nous sommes tous partie prenante et nous devons faire des efforts », reconnaît François Jacq. Le CNES est ainsi appelé à réduire ses dépenses à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros sur trois ans. Pour autant, le président de l’agence se veut rassurant sur la solidité du modèle français, qui repose sur une articulation entre financement national, contribution européenne et efforts de défense.

Un modèle français unique en Europe

La force de la France tient, selon François Jacq, à une singularité institutionnelle rare en Europe. « Depuis les années 60, la France s’est dotée d’une agence spatiale unique, avec de fortes compétences techniques internes, qui nous permet de dialoguer d’égal à égal avec la NASA, les Indiens, les Japonais ou les Émiratis. » À cela s’ajoute un tissu industriel dense, mêlant grands groupes et start-up innovantes. « Quand on regarde Airbus Defence And Space, Thales Alenia Space, mais aussi tout l’écosystème de jeunes entreprises, on voit que, malgré les contraintes, la France reste au premier rang international en termes d’excellence scientifique et technique. »

Daphnée Cataldo

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