Budget 2026 : « On était déjà sur le qui-vive, désormais on est très inquiets » lance Patrick Martin, président du Medef

Anthony Quitot/JDD/SIPA

La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 a été définitivement adoptée par l’Assemblée nationale mardi 16 décembre. Une adoption qui accentue les inquiétudes du monde économique. Dès le lendemain, les organisations patronales ont cherché à peser dans le débat public, alors que le budget de l’Etat doit encore être examiné en commission mixte paritaire le 19 décembre. Invité de la matinale, Patrick Martin, président du Medef, livre son point de vue quant à la trajectoire budgétaire et économique de la France.

Dès le début de l’entretien, Patrick Martin indique partager l’alerte lancée par François Fillon sur la « dangerosité » de la situation actuelle. Selon lui, ni le projet de loi de finances, ni le PLFSS ne sont à la hauteur des enjeux : « ce qui est en train de se passer va immanquablement altérer la dynamique économique et le marché de l’emploi en France et ne contribue pas à redresser les finances publiques », prévient-il.

La suspension des réformes de retraites cristallise les critiques du président du Medef. Il y voit une décision politiquement payante à court terme, mais économiquement lourde de conséquences. « Le fait de suspendre deux réformes des retraites, la réforme Borne, mais aussi la réforme Touraine sur la durée de cotisation, c’est une victoire politique à la Pyrrhus », tranche-t-il. Pour le patron des patrons, l’illusion est dangereuse : « je ne me fais pas d’illusion […] à ce qu’on travaille plus, pas seulement pour équilibrer les régimes de retraire qui sont chroniquement déficitaires, et de plus en plus, mais pour que ce pays produise plus. »

Les entrepreneurs mis sous silence

Le président du Medef regrette que la parole des chefs d’entreprise soit insuffisamment entendue dans le débat public. « On se désespère que la voix des entrepreneurs, qui contribuent essentiellement à la bonne marche du pays, ne soit pas mieux prise en compte par nos politiques », déclare-t-il. Il revendique une légitimité fondée sur le long terme : « notre point de vue devrait être déterminant parce qu’on s’inscrit dans le temps long. » Et rappelle le rôle central de l’entreprise dans la société : « L’entreprise reste le seul lieu de cohésion sociale dans le pays. »

Si l’adoption d’un budget évite une absence totale de visibilité, elle ne rassure pas pour autant le patronat. « On était déjà sur le qui-vive. Dorénavant, on est très inquiets », insiste Patrick Martin. En cause, notamment, l’absence de mesures d’économies sur la Sécurité sociale : « aucune mesure d’économie n’a été prise dans le cadre du PLFSS, et il va falloir compenser ailleurs. » Il rappelle également que « ce sont toujours les mêmes qui payent » : « merci les entreprises, parce que ce sont elles essentiellement qui font la croissance. »

Un débat sous tension

Patrick Martin met en garde contre un climat d’incertitude jugé délétère. « Les chefs d’entreprise ne suspendent pas un investissement du jour au lendemain », explique-t-il, mais ils observent attentivement les fondamentaux. « On est en train de fragiliser les fondamentaux de l’économie française, notamment avec la suspension de ces réformes des retraites. » Selon lui, les priorités sont claires : « ce qu’il faut à la France c’est de l’investissement. [Or,] on est en train de dissuader l’investissement avec toutes ces mesures fiscales », sans oublier un autre enjeu majeur : « il faut encourager le travail. On a un taux d’emploi en France qui est anormalement faible. »

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Patrick Martin déplore l’impossibilité croissante d’un débat serein sur les grands sujets économiques. Le Medef, au contraire, entend jouer un rôle constructif : « nous, on veut contribuer à un débat serein, respectueux et raisonnable, que ce soit sur les accords de libre-échange, sur l’énergie, la fiscalité…  Ce pays est en train de partir dans des délires. On ne peut plus avoir d’échanges et donc de conclusions sensées qui nous permettent de nous projeter dans l’avenir. Le Medef lui se projette dans l’avenir. »

Daphnée Cataldo

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