L’Arabie Saoudite, nouvelle puissance de l’énergie solaire : le pays veut réserver le pétrole à l’exportation

Amr Nabil/AP/SIPA

L’Arabie Saoudite est en train de devenir l’un des pays qui déploie le plus rapidement l’énergie solaire au monde, c’est ce qu’on a découvert il y a quelques jours sur CNN. Il y a quelques années, le pays ne disposait de quasiment aucune capacité solaire. Aujourd’hui, il prévoit d’atteindre environ 12 GW de production solaire.

Cette montée en puissance fait partie de la stratégie nationale saoudienne baptisée Saudi Vision 2030, qui vise à transformer l’économie et à réduire la dépendance du pays au pétrole. L’objectif annoncé est de produire 50 % d’électricité à partir de sources renouvelables et de gaz d’ici 2030. Pour un pays longtemps considéré comme un frein aux négociations climatiques, cette bascule constitue un changement majeur.

L’intérêt économique est clair. En utilisant le solaire pour produire son électricité domestique, l’Arabie Saoudite n’a plus besoin de brûler son propre pétrole pour alimenter ses centrales. Cela libère davantage de barils pour l’exportation. Or, les prix du baril à l’exportation sont supérieurs à leur valeur de vente en interne. Autrement dit, le solaire devient un outil d’optimisation de la rente pétrolière.

La stratégie de Riyad, une évolution positive pour le climat ?

Par ailleurs, Riyad investit massivement dans la chaîne de valeur solaire, avec de grandes fermes photovoltaïques. Le pays investit également dans la modernisation du réseau et dans la production locale de panneaux. Ces investissements permettent au royaume de devenir un acteur de poids dans le marché du solaire au moment où la demande mondiale explose. Ce n’est donc pas une transition fondée sur la décroissance, mais au contraire une transition écologique stratégique, fondée sur la compétitivité et l’investissement.

Les défis restent importants : la dépendance de l’Arabie Saoudite aux hydrocarbures demeure très élevée, et les infrastructures de stockage ou d’équilibrage du réseau sont encore insuffisantes. Mais la dynamique est claire. Un pays emblématique du pétrole développe aujourd’hui l’un des programmes solaires les plus ambitieux au monde.

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Cela conforte une idée essentielle : les réductions d’émissions vraiment efficaces ne viennent pas de la décroissance, mais de l’investissement massif dans les technologies propres. Ce virage saoudien est un signal très positif. Même les économies fondées sur le pétrole commencent à pivoter, car l’économie bas carbone devient rationnelle, rentable et stratégique.

Nicolas Bouzou

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